Le Royaume de Dieu : ses quatre analogies
Les quatre analogies du « Royaume de Dieu » et la signification propre de celui-ci
Les quatre analogies du Royaume de Dieu PDF.
Le thème ou expression de « Royaume de Dieu » est sujet à de nombreuses interprétations, voire à des méprises si l’on ne saisit pas l’aspect analogique des mots dans la bouche de Jésus tout comme dans l’esprit de ceux qui l’écoutaient. Le jeu des analogies ne pose pas de problème aux Hébreux de l’époque mais bien à nous qui limitons notre pensée soit à des réalités matérielles, soit à leurs images (au sens figuré ou symbolique). L’analogie est plus subtile : elle établit une relation entre deux réalités qui ont quelque chose de commun, de sorte que l’une au moins renvoie à l’autre (ou alors réciproquement).
« Royaume de Dieu » a un sens prioritaire
Tel est justement le cas ici : l’expression « Royaume de Dieu » (ou « des Cieux » comme l’écrit saint Matthieu par respect pour le nom de Dieu) apparaît avec cinq significations, on va le voir, mais seule l’une d’entre elles est rigoureusement appropriée : les quatre autres renvoient vers elle, étant analogiques (soit en tant que préfiguration, soit en tant que réalisation céleste). En effet, si les mots ont un sens (et ils en ont dans la bouche de Jésus), le mot « royaume » doit se rapporter d’abord à la réalité socio-politique (et culturelle) : en soi, l’expression « Royaume de Dieu » désigne donc notre monde humain qui devra être sanctifié… ce que nous demandons chaque fois que nous prions le Notre Père ! Cela a beaucoup de sens : puisque la sanctification de la personne humaine par le baptême et par ses suites dans la vie chrétienne est une réalité, il paraît certain que le monde humain sera sanctifié lui aussi un jour ; mais comment ?
Il n’existe pas de sacrement pour « baptiser » la société, quoiqu’on ait essayé de faire jouer ce rôle au sacre des rois avec l’huile de David … en copiant le rituel utilisé par les rois wisigoths qui étaient ariens (ils régnèrent en Espagne du 5e au début du 8e siècle). Ce rituel tendait à effacer la Royauté de Notre-Seigneur qui doit venir dans la gloire, au profit du roi humain qui se voit ainsi sacralisé pour réaliser, au moins partiellement, le « Royaume de Dieu » sur la terre. L’arianisme était une forme de messianisme assez fréquent chez les Goths, dans lequel Jésus n’est plus le Roi divin mais une sorte de surhomme, ses prérogatives royales étant alors transférées au souverain goth (arien).
Redécouvrir l’enjeu du Jugement
Pour dire les choses simplement, le « Royaume de Dieu » sur la terre n’a de sens et de possibilité qu’après la Venue glorieuse et le jugement qui lui est associé et qui induira l’effacement de ceux qui se sont vendus au Mal. Sans cette perspective, qui est parfaitement fondée dans les Écritures (et explicitée par St Irénée), la confusion s’installe entre les diverses significations de l’expression « Royaume de Dieu ».
En fin de compte, il est simple de s’y retrouver entre ces cinq significations que voici si l’on a saisi que le point commun de leur analogie tient au fait qu’il s’agit à chaque fois d’irruptions du divin dans l’histoire, et qu’une seule des cinq est « propre » (c’est-à-dire pas analogique), la quatrième :
1• L’analogie de la préfiguration personnelle : dans le baptisé, Dieu fait irruption. « Le Royaume de Dieu est au dedans de vous » (Lc 17,21 ‒ grec entos, araméen ləgaw menḵon, en dedans de). La traduction « est au milieu de (ou parmi) vous » pourrait faire penser à l’Esprit Saint à supposer qu’Il vienne par le simple fait de se trouver ensemble et que terme si concret de « royaume » puisse être spiritualisé au point de désigner une sorte de présence impalpable ; c’est plutôt la présence du divin dans la réalité de la personne baptisée qui fait de celle-ci un Royaume de Dieu en miniature, et cette présence préfigure quelque chose de grandiose à venir.
2• L’analogie de l’Église terrestre : l’Église préfigure et annonce une réalité à venir, mais cette réalité ne sera pas le développement d’elle-même, comme si l’Église allait englober et conduire le monde vers une grande fraternité universelle ; en fait, elle n’aboutira qu’à une irruption de Dieu dans l’histoire – précisément à la « seconde venue » du Christ, une venue glorieuse.
3• L’analogie des couples et des familles chrétiennes : la sacralité du mariage chrétien est une irruption de Dieu dans l’histoire ; éphémère (elle dure le temps de le vie terrestre), elle annonce une autre irruption de Dieu, bien plus grande (Mt 19,11-12).
4• La réalité proprement désignée : après la venue glorieuse et le jugement consécutif pourront se réaliser les promesses de Dieu pour cette terre ; ce sera le temps du « Royaume des Justes » selon l’expression de St Irénée, tous les pouvoirs humains collaborant alors avec l’Église sous le regard du Christ manifesté ‒ et le travail ne manquera pas, ce sera la gloire de l’humanité, de travailler pour et avec Dieu.
5• Enfin, l’analogie céleste : si l’on peut dire, Dieu « règne » sur les anges et les saints du Ciel. Ce sens, destiné à montrer l’accomplissement, est impropre (Dieu n’a pas besoin de « régner » politiquement au Ciel), à ceci près que, dans une ultime étape, l’humanité fidèle et le monde créé seront effectivement appelés à se joindre à la gloire du Ciel. Si l’on perd de vue cette finalité (on l’occulte même parfois par une traduction erronée de la 1ère aux Corinthiens), on tombe dans le piège de tout spiritualiser, de sorte que le « Royaume de Dieu » sera identifié au « Ciel », alors que le « Ciel » est ici simplement une analogie d’accomplissement dans l’Éternité.
“Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux savants et d’avoir révélé cela aux tout-petits” (Lc 10,21 || Mt 11,25).
P. Edouard-Marie
