Parcours 4 : rencontrer personnellement le Christ
4. Rencontrer personnellement le Christ ici-bas ou …
Introduction
Croiser une personne dans la rue et la « rencontrer », c’est différent. Quand on croise une personne, il ne se passe rien, même si on la remarque vaguement. Mais si l’on s’arrête et qu’on échange avec elle, il se passe quelque chose : un échange. En d’autres mots, quelque chose est changé en moi et aussi en elle.
Bien sûr, les choses peuvent se passer mal et finir en bagarre : dans le verbe « rencontrer » (begegnen en allemand, συναντώ en grec moderne), il y a l’adverbe « contre » (gegen, αντί). Inversement, tout peut se passer si bien qu’en ancien français, on parlait de « se marier contre un(e) tel(le) ». Le verbe « rencontrer » a été inventé dans les langues européennes à partir de là, au cours des 17e-18e siècles ; il permettait enfin d’exprimer ce vécu bien particulier, ce que le grec ancien et le latin ne permettaient pas.
Qu’est-ce qui a changé en moi et en l’autre ? Précisément, c’est indéfinissable et imprévisible. Le substantif rencontre, apparu en même temps que le verbe, est trop flou pour constituer un concept ; il dit seulement que quelque chose a influencé ma « personne » en même temps que celle de l’autre ‒ le terme de « personne » (persona en latin) est lui-même une création, mais bien plus ancienne : les chrétiens au 4e siècle l’empruntèrent au masque des acteurs romains pour exprimer la dignité de l’être humain doué des capacités de comprendre et d’aimer, être de raison et de relations (au début du 6e siècle, Boèce définira le mieux possible ce concept de « persona »). La personne humaine est perfectible, et elle est marquée par une « personnalité » particulière et descriptible. *
Le mot « rencontre » permet donc de dire un quelque chose d’imprévisible qui advient dans notre vie et a des répercussions dans notre personne. Et Il permet de dire ce que Jésus lui-même change en nous lorsqu’on le « rencontre » ‒ tel est exactement ce que tous les convertis expriment spontanément en employant ce terme. En araméen, celui-ci existait déjà, pour ainsi dire : ܩܘܪܒܢܐ, qurbana c’est-à-dire le fait d’aller jusqu’à toucher ou à être touché (donc également être mis à part comme offrande) ; ce mot a même été retenu pour désigner ce qu’en Occident on a appelé « Messe », ce mot ne voulant rien dire en soi. A la place de ce mot, on aurait sans doute gagné à utiliser le terme de « Rencontre » qui se définit par lui-même (toucher / être touché par Dieu), mais … il n’existait pas encore.
Rencontrer (ou être rencontré-s par) le Christ : ce verbe dit donc davantage et mieux un vécu particulier que les seuls verbes « trouver » ou « connaître » peinent à dire. Et un tel verbe renvoie toujours à des circonstances concrètes (à la différence d’un concept) : où, quand, comment ? Rencontrer le Christ durant notre vie est une expérience « personnelle », souvent bouleversante mais qui sera toujours assez subjective et … relative : sa particularité est d’être l’avant-goût d’une de quelque chose qui doit être bien plus grand et décisif, aussi bien pour chacun que pour toute l’humanité.
Ce présent parcours 4 et le suivant doivent aider à découvrir la Rencontre avec le Christ en ses deux dimensions bien distinctes : personnelle et collective-mondiale.
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* Le mot de « persona-personne » a été choisi également pour dire les trois « pôles » qui constituent la Vie même de Dieu, Vie parfaite de connaissance et d’amour en Lui-même (ce qu’Aristote avait perçu), ce Dieu qui (selon la Révélation biblique) a voulu se répandre par la Création du monde des anges puis celle du nôtre.
Concernant Jésus, on parle de la nature humaine qu’il avait vraiment (en tant qu’homme), mais on ne parle pas de sa « personne humaine » qui serait alors caractérisable par une « personnalité » psychologique. Depuis deux mille ans, tous ceux qui ont voulu dresser un portrait psychologique de Jésus ont abouti à des impasses. On parle de lui comme d’une « Personne divine », un homme pleinement habité par le divin, et davantage même : à plusieurs reprises, les apôtres en ont été éblouis, ils ne s’y sont pas trompés – et, devant lui ressuscité et devant tous, l’apôtre Thomas l’a osé le dire : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Les mots sont importants, ils ne sont pas un jeu pour manipulateurs.
Rencontre 1 : la Rencontre avec le Christ a deux dimensions (analogiques)
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- L’exposé de cette analogie : eecho.fr/rencontrer-le-christ-les-deux-dimensions-plenieres/.
- “Et le jugement le voici : la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré l’obscurité à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises. En effet celui qui commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de crainte que ses œuvres ne soient réprouvées. Par contre, celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu” (Jean 3,19-21).
Rencontre 2 : ignorer la Rencontre, l’absurdité de la mort comme temps « t »
- Lire ce résumé de quelques lignes:
Selon les moralistes, il ne se passe rien dans l’Au-delà car on ne peut pas y « changer d’avis » ni y « faire son salut » : cette position confond ce qui advient à ceux qui ont déjà rencontré le Christ et qui soit l’ont accepté, soit l’ont rejeté, avec ce qui advient aux autres, c’est-à-dire à la majorité : à ceux qui n’ont pas eu l’occasion encore de se positionner pour ou contre Jésus durant leur vie terrestre. Ces moralistes, qui réduisent la vie à gagner des mérites (« faire son salut »), ne prennent pas en compte ce qu’est rencontrer le Christ ; par conséquent, en vertu de leur logique, ils ont même inventé la théorie des limbes des enfants morts sans le baptême avant l’âge de 7 ans.
● Voir eecho.fr/eclaircir-un-peu-ce-qui-concerne-lau-dela/.
Rencontre 3 : un vieux problème pourri, propre à la théologie latine
- Résumé en une page: Salut_et_Descente_aux_enfers-PDF.
● Résumé de quelques lignes:
Le pré-rationalisme occidental, apparu bien avant la Renaissance dans nos universités ainsi que le moralisme, ne veut rien savoir du comment de la mort et du passage dans l’Au-delà : il ne s’y passerait rien, et, au temps « t+1 », on se retrouverait, bien malgré soi, au Ciel (pour les Saints), au Purgatoire, ou en Enfer.
Dans cette logique, avant l’instant « t » présumé de la mort, il faudrait avoir déjà la « grâce » décisive pour aller vers le Ciel (ou au Purgatoire), et ceux qui n’ont pas cette sorte de laisser-passer vont en Enfer – à moins que, à cause de leurs mérites présumés, Dieu le leur ait donné quand même à un certain moment de leur vie. Ces raisonnements abstraits en cascade confinent à la prédestination. Il ne serait donc pas nécessaire d’avoir rencontré et accepté le Christ pour être sauvé (au contraire de ce qu’il dit lui-même, par exemple en Mc 16,16).
Problème : qui peut posséder le mérite d’être sauvé « grâce à la Grâce » ? Les chrétiens plus que d’autres ? Et certains parmi ces autres plus que les autres ? La conviction de beaucoup a fini par être que « on ira tous au paradis », comme chantait Michel Polnareff dans les années ’60, et comme l’enseigne la « théologie des religions » actuelle : tous les chemins mèneraient à Dieu. Plus besoin de Jésus. Voilà où le moralisme a conduit par contrecoup.
Pour plus de précisions : eecho.fr/wp-content/uploads/2026/08/Objection-rationaliste-a-la-Descente-aux-enfers.pdf.
● Cet article eecho.fr/samedi-saint-victoire-du-christ-aux-enfers/ aborde également la question des Expériences aux Frontières de la Mort (EFM ou NDE en anglais), question très importante aujourd’hui car celles-ci nous disent quelque chose de ce qui se passe dans l’au-delà ; un discernement s’impose en même temps. .
Pour plus de précisions : eecho.fr/wp-content/uploads/2026/08/Objection-rationaliste-a-la-Descente-aux-enfers.pdf.
● Cet article eecho.fr/samedi-saint-victoire-du-christ-aux-enfers/ aborde également la question des Expériences aux Frontières de la Mort (EFM ou NDE en anglais).
Rencontre 4 : le tournant apporté par le Cardinal Ratzinger – Benoît XVI
- Ce que dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique à propos du « mystère de la mort » (Fr. Breynaert) : foi-vivifiante.fr/pages/parcours-christologique/les-limbes-et-la-bonne-nouvelle-aux-defunts-1p-4-6-.html.
Ces n° 634-635 du CEC citent de nombreux passages du NT mais ont oublié Jn 3,19-21 qui est éclairant (voir plus haut, Rencontre 1). Les autres passages du N-T sont souvent trop peu connus également. - Le texte préparatoire de CEC était plus simple à comprendre, rédigé par Joseph Ratzinger lui-même : eecho.fr/wp-content/uploads/2026/09/CEC_n°632-639ed-prim_Descente-enfers.pdf.
Rencontre 5 : l’héritage du moralisme augustiniste
- Une autre approche encore : eecho.fr/lame-du-christ-rencontre-t-elle-chaque-defunt/.
- Le CEC ne contredit pas les n° 634-635 (notons que les Conciles de Lyon II puis de Florence indiquent que le sort des défunts suit leur mort « mox », bientôt, plutôt que « statim», immédiatement après, tout de suite) : eecho.fr/lau-dela-concilier-les-positions-du-cec/.
- Influence de l’augustinisme sur l’histoire occidentale : voir eecho.fr/redecouvrir-le-sens-revele-de-lhistoire/ et son schéma téléchargeable :
(téléchargeable : eecho.fr/wp-content/uploads/2022/09/double_basculement-augustinien-eschatologique.jpg).
Rencontre 6 : éclairer les vieilles conceptions
- Comparer la position moraliste-relativiste à celle de Benoît XVI : eecho.fr/wp-content/uploads/2026/09/Salut-Sheol-descente-enfers-positions.pdf.
- Les précisions de Fr. Breynaert : eecho.fr/mystere-de-la-mort-et-rencontre-du-christ-objection/.
Rencontre 7 : le livre qui a ouvert un retour au N-T
- Ce livre eecho.fr/lau-dela-dans-le-christ-et-le-salut-une-etude/ (2014) répondait à l’appel de la déclaration « Dominus Iesus» (2000) citée dans cet article déjà lu (rencontre 2) : soucieux de sortir des ornières, le futur Pape Benoît XVI y invitait les théologiens à
“parcourir de nouvelles pistes d’investigation… La présente Déclaration intervient dans cette recherche pour rappeler… certains contenus doctrinaux essentiels, qui puissent aider la réflexion théologique à découvrir peu à peu des solutions conformes aux données de la foi et aptes à répondre aux défis de la culture contemporaine” (§3).
- Vidéo de Fr. Breynaert (2015, 31 mn) : youtube.com/watch?v=XGHdTH-UaN0.