Le « carré SATOR »: énigme élucidée?

repris et complété de : www.levangileaucoeur.fr

La lecture plausible du carré-rébus SATOR

On a beaucoup écrit sur un étrange « carré magique » retrouvé à Pompéi  et en de nombreux autres lieux, qui peut se lire dans tous les sens :
SATOR
AREPO
TENET
OPERA
ROTAS
SATOR, c’est le semeur
TENET, c’est le fait de tenir mais que l’on peut en particulier appliquer aux poignées de la charrue
OPERA, c’est l’oeuvre
ROTAS, c’est la rotation de la roue, mais c’est aussi le cycle des saisons
AREPO est intraduisible par les latinistes parce que ce n’est pas un mot latin. Une explication qui est souvent reprise est celle de Joseph Carcopino : ce serait l’ablatif d’un mot inconnu arepus ou arepum, latinisation d’un mot celte (gaulois) signifiant la charrue ou soc. Mais la forme d’un carré-rébus est-elle celtique ? Selon Pierre Perrier qui connaît les parlers araméens et la richesse de la langue vivante (que nous avons enfermée dans des dictionnaires – qui, en plus, sont généralement fondés sur le syriaque, et un syriaque appauvri), le mot évoque, en araméen, une faucille ou la moisson.

Au reste, la structure en carré est typique des rébus mésopotamiens ; il ne s’agit pas d’une phrase (certains ont imaginé que cela voudrait dire quelque chose comme : « Un semeur, Monsieur Arepo, tient etc. »). Tout est dans le rapport des mots et des lettres en vue d’un ou fr plusieurs sens à découvrir, ce qui a conduit certains à chercher des références dans l’Ancien Testament, notamment au début du livre d’Ezékiel :
« J’ai vu les Vivants : il y avait une roue à terre, à côté de chaque Vivant, pour leurs quatre visages. Ces roues et leurs éléments scintillaient comme de la chrysolithe ; toutes les quatre avaient même forme ; l’aspect de leurs éléments était tel que les roues paraissaient imbriquées l’une dans l’autre. Quand elles avançaient, elles allaient dans les quatre directions ; elles avançaient sans s’écarter » (Ez 1:15-17).
Effectivement, on peut lire « rotas » précisément dans les quatre directions. Mais en conclure, que le carré-rébus est juif et non chrétien relève de l’idéologie : les chrétiens étaient quoi au premier siècle, sinon des juifs (non pharisiens) parlant araméen chez eux, et marginalement d’autres ?

Contre le(s) sens chrétien(s) du carré SATOR, on a élevé encore deux autres objections, partant du postulat que le christianisme DEVANT être tardif, il ne PEUT donc pas remonter aux apôtres (selon une admirable logique en boucle) : ce carré-rébus serait la première utilisation connue de la référence à la croix et au couple « A-Ω/O », et il n’y aurait pas de rapport entre le signe de la croix (+) et le T, signe que le double mot TENET fait apparaître fortement. Mais les « chercheurs » idéologues qui pensent cela ne se sont même pas donné la peine de lire Tertullien par exemple, qui dit très explicitement ce rapport étroit (Adversus Marcionem, III, 22,6) ! Quant aux données archéologiques présentant « A-Ω » ou, ce qui est nettement plus significatif encore, « א-ﬨ » (alef-taw, à lire de droite à gauche), qui correspondent en araméen au « A-O » première et dernière lettres de l’alphabet grec, on en trouve de nombreuses attestations en Orient dès le premier siècle – de plus, le ﬨ s’écrivait souvent comme un +. Voir eecho.fr/du-signe-du-taw-au-signe-de-la-croix. Mais voilà, ce n’est pas expliqué dans les dictionnaires, c’est lié à la vie…

Ce carré magique devient ainsi très clair : le sens qui fournit la seule explication plausible est chrétien et nous renvoie au seul passage que les chercheurs-idéologues ne veulent pas, par principe, pas regarder, la perle (péricope) de la Semence. Le semeur qui laboure et moissonne au cycle des saisons, c’est l’œuvre (de Dieu).
Ce carré a été retrouvé en 7 endroits en France et en d’autres lieux de l’ancien empire romain.
F. Grosser interpréta le carré comme un signe de reconnaissance utilisé par les premiers chrétiens afin de se reconnaître entre eux sans pour autant se montrer à la vue de tous par crainte de la répression. Il en a trouvé la lecture suivante : les lettres de ce carré constituent une anagramme, qui, disposé en croix, donne deux fois : Pater noster, auquel on ajoute deux fois les lettres « A » et « O ». Ces dernières pouvant représenter « l’Alpha et l’Oméga » cité dans l’apocalypse de saint Jean : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin » (“Ein neuer Vorschlag zur Deutung der Satorformel” un ArchRTW 24 (1926) 165-169. cf. S. Agrell, Runornas talmystik och dess antika fdöebild (Lund 1927) 32. ).

L’épigraphiste italienne Marguerite Guarducci a montré elle aussi dans ses travaux l’importance en épigraphie paléochrétienne de la lettre T (ou taw) d’une part, et d’autre part des lettres A O et O A (alpha oméga/ oméga alpha).
La lettre T, représentant la croix dans le carré Sator, est utilisé quatre fois, aux quatre extrémités d’une croix formée par les mots TENET se croisant. Les 4 croix forment ainsi une grande croix.

D’autre part, Marguerite Guarducci a montré qu’à cette époque de coexistence des alphabets latin et grec, les lettres A et O sont souvent utilisées juxtaposées, pour signifier Alpha et Omega, le Commencement et la fin, suggérant le Seigneur. Dans le carré Sator, de part et d’autre de chaque T de la croix, se trouvent tantôt A et O, tantôt O et A.
Ainsi si A O signifie Commencement / Fin, alors les occurrences O A pourraient signifier Fin / Commencement, ce qui symboliserait la résurrection.

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