Les chrétiens d’Ethiopie dans la tourmente ?

Les chrétiens d’Ethiopie dans la tourmente ?

Les chrétiens ont une place spéciale dans l’Eglise d’abord à cause de leur origine apostolique – à l’époque, il s’agissait de la Nubie, habitée par de nombreuses tribus juives et à qui les apôtres Matthieu et Matthias sont venus apporter la Bonne Nouvelle. Ensuite, l’Ethiopie fut le premier pays chrétien, et, par la suite, il a dû faire face à l’Islam et à son esclavagisme durant des siècles.

Son dernier « Roi des rois », Haïlé Sélassié, fut assassiné un an après la prise de pouvoir par le colonel Mengistu, qui instaura une dictature marxiste sanguinaire jusqu’en 1991. En fait, le pays connut une suite de conflits et de famines, et des Ethiopiens fuirent le pays – une communauté importante est installée au nord de Paris, dont des délégués de la chorale ont participé plusieurs fois au concert inter-Eglises d’EEChO.

En 2018, Abiy Ahmed accède au pouvoir à Addis-Abéba après la démission du très peu regretté Desalegn, d’ethnie tigréenne, qu’il avait servi dans les « services de renseignements ». En 2015-2016, une situation conflictuelle avait opposé l’ethnie Omoro, majoritairement musulmane, au gouvernement fédéral d’Adis Abeba, dirigé par des Tigréens. Abiy Ahmed est d’ethnie omoro mais est un chrétien évangélique. Avec l’Erythrée marxiste, il conclut la paix après une longue guerre et reçut pour ce fait le prix Nobel de la paix 2019.

Vint le terrorisme sanitaire décrété par l’OMS en février 2020 : les élections prévues le 29 août furent reportées mais maintenues dans l’Etat du Tigré au nord (le 9 septembre), qui élut son propre exécutif. Abiy Ahmed voulut alors emprisonner les dirigeants tigréens mais la machine semble lui avoir échappée et s’est transformée en épuration ethnique contre les Tigréens (très majoritairement chrétiens orthodoxes de l’Eglise autocéphale d’Ethiopie). Il y eut même un massacre à Axoum, la ville de l’Arche (notre article de janvier 2021).

En 2021, la situation s’est dégradée encore : électricité, routes et téléphone coupés, viols, assassinats massifs dont ceux de prêtres et de membres d’ONG, pillage et destruction de centaines d’écoles, de dispensaires, de fermes et d’unités de production. L’armée fédérale éthiopienne, appuyée par un contingent érythréen et des milices tribales amharas, est accusée de commettre la plupart des massacres et des exactions conduisant à la famine. Il semble que les services secrets étrangers, spécialement US, y soient impliqués selon la doctrine Cebrowski d’éclatement des Etats, doctrine que le nouvel ambassadeur Jeffrey Feltman nommé par Biden connaît bien : c’est lui qui a organisé pendant dix ans la guerre en Syrie. Face à cette guerre qui leur est faite, les Tigréens ont pris les armes au Nord.

En octobre et novembre, des milliers de Tigréens vivant dans la capitale sont arrêtés, y compris récemment des prêtres en plein office. Le 5 novembre, des Pères salésiens tigréens étaient arrêtés et conduits vers un lieu inconnu (agence Fides), ce à quoi le Pape François a fait allusion lors de l’Angélus du 7 novembre. Actuellement, l’Armée de libération oromo s’est alliée aux Tigréens du TPLF et menace de marcher sur Addis Abeba. Le pays se divise sur des critères ethniques.

Les chrétiens d’Ethiopie, qui sont présents dans toutes les ethnies, sont donc dans la tourmente. Comment éviter que leur pays devienne une nouvelle Somalie ou un nouveau (Sud-)Soudan ravagés par les guerres intestines et les intérêts étrangers ? La première chose, c’est qu’ils s’unissent, ce qui n’est pas le cas, les chrétiens évangéliques tendant à approuver les massacres commis au nom du gouvernement central. Le cours mortifère des événements pourrait changer si les chrétiens pouvaient prier ensemble pour la paix…

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One thought on “Les chrétiens d’Ethiopie dans la tourmente ?

  • 20 novembre 2021 at 9 h 55 min
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    Hélas, comme l’a démontré Bernard Lugan, la plupart des États nés de la décolonisation, ont des frontières artificielles car non fondées sur des unités ethniques et culturelles fortes… Il est donc logique et inévitable que des forces centrifuges puissantes les affaiblissent, en Afrique comme au Moyen Orient. Tout ne vient pas des erreurs de l’Occident, c’est la logique des choses.

    Seule une monarchie fédérative peut maintenir unie des communautés désunies, et encore, faut-il qu’elles aient un fond culturel et religieux commun.

    Si l’Occident avait été intelligent, il aurait protégé des États Chrétiens comme l’Éthiopie (pas comme Mussolini qui détruisit le vénérable empire éthiopien) ou en aurait créé d’autres, et il est clair qu’il aurait fallu créé des États-refuges pour les chrétiens d’Orient en Irak et Syrie, soit deux États chrétiens en Phénicie et en Assyrie… C’était parfaitement possible, il suffisait de le vouloir. Ne pas l’avoir fait, c’était remettre les chrétiens sous la protection du pouvoir et de son éventuelle bienveillance, soit espérer la protection de tyrans voués de toute façon à disparaître tôt ou tard.

    Les chrétiens ne doivent jamais s’illusionner : en position minoritaire en terre d’islam, la pression sociologique voire étatique induit une persécution qui ne peut conduire qu’à leur disparition plus ou moins lente. Cela vaut pour les chrétiens d’Orient mais aussi désormais pour les chrétiens d’Occident, cf. l’islamisation et le grand remplacement dont on parle tant.

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