Nouvelle alliance selon St Jean: traduction de l’araméen

evangile_Jean_2013 L’évangile de saint Jean est connu pour être le plus spirituel des quatre.

Cela tient d’abord à son contenu résolument mystérique. Il est principalement composé de longs discours de Notre-Seigneur, où s’y révèle le mystère de Sa divinité et de Son incarnation, alors que les évangiles synoptiques en faisaient mention de façon plus implicite. C’est que l’objectif et surtout l’auditoire auquel cet évangile s’adresse ne sont pas exactement les mêmes : faite pour être apprise par le cercle plus restreint des disciples, dans un contexte situé en marge des grandes foules et de l’assemblée synagogale, la prédication de Jean ne cherche plus à répondre au calendrier hebdomadaire des sabbats : son calendrier répond aux rendez-vous annuels des grandes fêtes du Temple. Cet évangile donne lieu ainsi à un pèlerinage sapientiel et initiatique vers le Lieu de la Présence. Ce cheminement est celui qu’attendent notamment les sages en Israël et les docteurs de la Loi qui réalisent que Jésus est leur Messie – telle est l’une des raisons de la relation faite au début de l’évangile de saint Jean (chapitre trois), d’une rencontre entre Jésus et Nicodème.

Mais cela tient encore à sa forme exceptionnelle. Avec l’évangile de saint Jean, en effet, la composition orale apostolique de la Bonne Nouvelle atteint son point d’apogée. Selon la tradition antique, l’Apôtre ne mit par écrit son évangile qu’au soir de sa vie, après l’avoir enseigné de mémoire tout au long de son existence missionnaire, dans un cadre contemplatif et solitaire visant à une transmission de personne à personne. Ainsi l’élaboration mnémotechnique du texte témoigne d’une sophistication supérieure : le tissage de la Parole autour de la chaîne et de la trame ne concerne plus seulement les récitatifs considérés individuellement, mais embrasse l’ensemble du discours didactique, de telle sorte à constituer un filet dont la récitation est à la fois horizontale et verticale, voire en spirale. En vertu du jeu des diverses harmoniques, l’évangile devient ainsi le support d’une méditation sans précédent du Verbe incarné, au point de constituer, dans son fond et jusque dans sa structure même, un véritable cœur à cœur avec lui.

Que cette nouvelle traduction, faite à partir de la Version Stricte (ou Peshitta) de l’Église de l’Orient et de sa nomenclature rythmique, serve ainsi à sa redécouverte par le public français !

Auteur : Frédéric Guigain, prêtre maronite, spécialiste des traditions orales syro-araméennes et des textes qui y sont liés. Il est l’auteur d’Exégèse d’oralité et traducteur des évangiles synoptiques à partir de l’araméen selon les structures orales, La récitation orale de la Nouvelle Alliance selon Saint Matthieu, Saint Marc et Saint Luc.

Editions Cariscript
Prix: 21 € (port compris), 201 pages
Parution en décembre 2013

7 thoughts on “Nouvelle alliance selon St Jean: traduction de l’araméen

  • 13 juin 2015 at 10 h 48 min
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    Bonjour,
    Cet évangile a t il été publié à Éphèse en grecque ou en araméen?
    Ou bien cet évangile est il la mise par écrit en grecque (à Ephèse)de l’ Evangile

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    • 20 juin 2015 at 21 h 06 min
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      L’évangile de saint Jean a sans doute été édité (comme mise par écrit cristallisant le centre de son enseignement récitatif) à la fois en araméen et en grec (ayant pour traducteur son disciple Proclus ?), au terme de la vie de saint Jean, soit à Éphèse soit à Patmos.

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    • 29 avril 2018 at 14 h 16 min
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      A ma connaissance, je ne connais pas de texte araméen des évangiles synoptiques de Jean ou de l’apocalypse, les plus anciens manuscrits sont en grec (ancien).
      Mais si vous possédez de tels manuscrits ou fragments, je suis preneur…

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      • 29 avril 2018 at 15 h 44 min
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        SVP ne confondez pas l’ancienneté d’un manuscrit, c’est-à-dire d’une copie (d’un texte évangélique ou biblique), et l’ancienneté et la valeur du texte que porte ledit manuscrit. L’occupant musulman a systématiquement détruit tous les textes anciens, chrétiens ou non, en araméen, qu’il trouvait en Mésopotamie. Les manuscrits grecs des évangiles que nous possédons dans nos bibliothèques sont plus anciens que nos manuscrits araméens, mais leur valeur est bien moindre. Il y a d’ailleurs 8 familles de manuscrits-copies en grec, contre une seule en araméen. Mais ceci est expliqué ailleurs sur le site d’EEChO. Utilisez le moteur de recherche.
        Par exemple voyez eecho.fr/outils-de-recherche-manuscrits-anciens/.

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  • 6 novembre 2016 at 14 h 05 min
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    Merci pour ces travaux passionnants qui ne sont pas assez connus. D’après de nombreux chercheurs, Jean l’évangéliste serait Jean le Presbytre et non Jean l’apôtre, fils de Zébédée. Il serait intéressant d’étudier, analyser (éventuellement réfuter) un par un leurs arguments dans le cadre de l’analyse du quatrième évangile, c’est un débat intéressant à creuser et qui peut être source de nouvelles découvertes. En voici quelques uns :

    1- Dans ses deuxième et troisième épîtres, l’auteur de l’évangile se présente comme l’« ancien » ou « presbytre », c’est-à-dire l’un des membres de la première génération apostolique ne faisant par partie des Douze. Le disciple bien aimé ne se qualifie pas d’apôtre.

    2- Aucun des premiers Pères de l’Église ne dit que l’évangéliste était le fils de Zébédée qui a accompagné Jésus dans ses déplacements en Galilée. La confusion initiale entre les personnes de Jean l’évangéliste et de Jean fils de Zébédée est tardive ; elle a été faite au IIIème siècle par Denys, évêque d’Alexandrie, et perdure depuis.

    3- Au contraire, la tradition la plus ancienne est différente : au début du IIe siècle, Papias d’Hiérapolis distingue deux Jean dans la génération apostolique : le fils de Zébédée, mort et le presbytre Jean, « disciple du Seigneur ». Polycrate, évêque d’Éphèse au IIe siècle, très au fait des traditions d’Ephèse, dont il fut évêque, comme cinq membres de sa famille avant lui, invoque dans une lettre adressée au pape Victor entre 190 et 198 les « grandes lumières » qui s’étaient éteintes en Asie, il cite Philippe, « l’un des Douze, qui s’est endormi à Hiérapolis » et « Jean, qui a reposé contre la poitrine du Seigneur, qui fut  »hiéreus »  »prêtre » et  »à ce titre » a porté le  »pétalon »,  »la lame d’or », témoin et  »didaskale » (enseignant). Ce serait donc un homme de Jérusalem, membre de la haute aristocratie juive de la ville. Le pétalon (le tsits, la fleur ou lame d’or) était l’insigne sacerdotal porté sur la poitrine par le grand prêtre au temps de l’Exode, mais dont l’usage, semble-t-il s’était étendu à certains membres des familles ayant donné des grands prêtres. Jean l’évangéliste aurait été un membre de l’aristocratie religieuse de Jérusalem, un prêtre de très haut rang, pétri de théologie sacerdotale. En se fondant sur Papias, Polycarpe de Smyrne et Denys, Eusèbe de Césarée attribue à son tour l’Apocalypse à Jean le Presbytre (Paulin Poucouta, « L’Apocalypse johannique », dans Michel Quesnel et Paul Gruson (dirs.),  »La Bible et sa culture », éd. Desclée de Brouwere, 2001, vol. II).

    4- Le fait que Jean dise que la Cène eut lieu la veille de la Pâque et non le jour de celle-ci indique qu’il avait un calendrier liturgique différent de celui des synoptiques qui eux disent que la Cène fut un repas pascal. On a découvert, en lisant les manuscrits de la mer mors, qu’il existait à l’époque de Jésus différents calendriers liturgiques coexistant. Ainsi, il y aurait eu un calendrier pharisien et galiléen plaçant le séder le jeudi et un autre calendrier sadducéen plaçant le séder le vendredi. Un décalage liturgique paraît crédible : vu le grand nombre de pèlerins à Jérusalem, il a pu exister des accommodations liturgiques. La seule façon de concilier l’apparente contradiction des Évangiles sur ce point crucial est de prendre acte du fait que le disciple bien aimé, judéen et proche à l’origine des grands prêtres (souvent sadducéens), avait un calendrier différent de celui commun aux apôtres galiléens et aux pharisiens ; voir ce lien : http://theopedie.com/La-cene-etait-elle-un-repas-pascal-un-seder.html ; c’est un sujet très important que cette discordance et on ne voit guère comment Matthieu et Jean fils de Zébédée auraient pu avoir des calendriers ou des souvenirs différents… Ce point doit être expliqué.

    5- Jean est un théologien et une forte personnalité littéraire, il ne se présente pas comme un compilateur de sources orales ou écrites, mais un témoin des faits et des paroles authentiques de Jésus. C’est un intellectuel qui écrit avec autorité et a longuement médité et a la conviction de ne pas trahir la pensée de son maître. Il serait étonnant qu’un texte si imprégné de liturgie sacerdotale, considéré comme le plus théologique de tous, ait pu sortir de la plume du modeste fils d’un patron pêcheur de Galilée, réparant les fils de son père.

    6- Beaucoup de chercheurs arrivent à la conclusion que Jean l’évangéliste n’était pas l’apôtre, qu’il habitait Jérusalem, et que c’est peut-être dans sa maison qu’eut lieu la Cène (d’ailleurs Claude Tresmontant remarquait que l’identité de l’hôte était volontairement cachée, Mattieu 26, 18) : Jean Colson, Oscar Cullmann, François Le Quéré, Joseph A. Grassi, James H. Charlesworth, Xavier Léon-Dufour, Martin Hengel…

    7- Dans l’évangile selon Jean, on ne trouve pas les épisodes auxquels Jean, fils de Zébédée, a été associé comme la résurrection de la fille de Jaïre ou la Transfiguration… Ceci est étonnant.

    8- La description du ministère galiléen par Jean l’évangéliste est sommaire : il semble mal connaître la géographie de cette contrée, ignore le nom des bourgades du pourtour du lac de Génésareth alors que l’analyse interne du quatrième évangile, largement centré sur Jérusalem et qui montre que son auteur en était un familier ; il est connaît la topographie de la Judée et de Jérusalem (il parle de la piscine de Béthsada, de celle de Siloé, du portique de Salomon, du pavement de pierre du prétoire romain…). Son évangile est centré sur la Ville sainte. Il connaît Malchus, le serviteur du grand prêtre et est connu de ce dernier, et la gardienne du Temple sur un simple mot le laisse entrer avec Pierre. On peut toujours imaginé que les fils de Zébédée étaient les fournisseurs officiels du Temple, cela ne suffit pas à expliquer cela et c’est une pure spéculation qui ne repose pas sur des textes anciens comme ceux mentionnant le pétalon.

    9- Marie-Émile Boismard a mis en avant différents documents d’origine diverses concordant dans l’affirmation de la mort rapide en martyr de Jean de Zébédée : une notice attribuée à Papias, un martyrologe syriaque relatant le martyre des deux frères à Jérusalem, un livre de la liturgie gallicane, un sacramentaire irlandais et un manuscrit conservé à la cathédrale de Trèves. En tout état de cause, Jean, fils de Zébédée, disparaît après la réunion de Jérusalem et la distance temporelle qui sépare le compagnon de Jésus et l’évangéliste mort tardivement semble difficilement franchissable.

    10- Les évangiles de Matthieu et Marc rapportent comment Jésus les a prévenus qu’ils seraient tous deux associés à sa Passion et martyrisés ; au moment où les évangiles furent diffusés, les fils de Zébédée étaient sans doute déjà morts et leur mort pourrait avoir incité les auteurs des évangiles à rappeler qu’elle avait été prophétisée.

    11- Certains affirment qu’au dernier repas, il n’y avait pas forcément que les douze ; le « un tel » cité par Matthieu et peut-être d’autre disciples auraient pu être présents ; s’il n’y avait qu’une dizaine de personnes, les paroles du Seigneur à Jean révélant l’identité du traître auraient pu être entendues et conduire les autres à réagir. Et si Jean a su et a laissé faire, c’est peut-être parce qu’il avait et lui-seul compris qu’il fallait que Juda agisse ainsi. S’il y avait du monde, on peut aussi comprendre que quand dans Matthieu 26, 25 Jésus dit à Judas qu’il va le trahir cela ne soit pas entendu par les autres. Car sinon, les autres apôtres auraient réagi.

    Éléments bibliographiques :
    – Jean Colson, L’Enigme du disciple que Jésus aimait, Paris, Beauchesne, 1969.
    – Oscar Cullmann, Le Milieu johannique, étude sur l’origine de l’évangile de Jean, Neuchâtel-Paris, Delachaux et Niestlé, 1976.
    – François Le Quéré, Recherches sur saint Jean, F.-X. de Guibert, 1994.
    – J.A. Grassi, The Secret Identity of the Beloved Disciple, New York, Paulist, 1992
    – J.H. Charlesworth, The Beloved Disciple, Valley Forge, Trinity, 1995.
    – Xavier Léon-Dufour, Lecture de l’Evangile selon Jean, Paris, Seuil.
    – Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 2.
    – Martin Hengel,  »Die johanneische Frage. Ein Lösungsversuch. Mit einem Beitrag zur Apokalypse von Jörg Frey » (WUNT 67), J.C.B. Möhr, Tübingen 1993, pp. 96-107.
    – R. Brown, La mort du Messie, p. 670.
    – Marie-Émile Boismard,  »Le Martyre de Jean l’apôtre », Paris, éd. Gabalda, coll. Cahiers de la Revue biblique, n° 35, 1996.
    – Matthieu, 20, 28 & Marc, 10, 35-45.

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  • 8 juin 2017 at 8 h 40 min
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    Dans la proclamation synagogale du saint Evangile, vous indiquez comme parallèle à Mt16,24-28, colonne de gauche:
    LES TENTES signation de soi par un taw.
    Avez-vous plus d’explication sur cette signation de soi, de quel taw s’agit-il? (lulav?) Comment ces prremiers chrétiens célébraient-ils la fête des tentes? Merci, Laetitia

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    • 9 juin 2017 at 12 h 03 min
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      Nous avons transmis votre question au P. Frédéric Guigain, qui en parle dans le tome I de Exégèse d’oralité. Comme il a proposé de mettre en ligne presque trois pages du livre (pp. 89-101), c’est trop long pour une note : nous en faisons un article !

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