Le film « l’apôtre »: trois avis de spectateurs

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Voici la réaction de
l’un des spectateurs qui assisté à une projection à Paris avec salle comble :

« L’apôtre est un film dérangeant. Et cela à plus d’un titre. Il m’a tout d’abord donné une impression de fraîcheur en raison du thème abordé, celui du parcours d’un converti de l’islam au catholicisme. Akim vient d’une famille très pratiquante. Aîné de trois enfants, son oncle Rachid compte sur lui pour devenir iman, et compte bien lui transmettre la tradition sunnite. Cependant, le grain de sable dans l’histoire de cette famille sera la rencontre d’Akim avec Fabien, un catholique tiède. Celui-ci lui rend service à l’occasion d’un accident. Ils deviennent amis. Vient le baptême de Rose, la fille de Fabien, Akim découvre le Christ à travers la liturgie et la parole de Dieu. Il ressort changé.

À jamais. Je pense aussi avoir été dérangé dans mes certitudes. J’ai cette question : doit-on réserver le Christ aux personnes issues de milieux chrétiens ? L’élection du Pape François m’a interpellé. À cette occasion, il nous a invités à sortir des sacristies pour apporter le Christ aux périphéries. Pour moi, c’est assez abstrait comme invitation. Qu’est-ce que la périphérie ? Peut-être sont-ce ces populations immigrées arrivées en France depuis 50 ans, notamment celles du Maghreb ? Finalement, je pense que ce film nous invite à revoir l’actualité de l’Evangile dans notre société. Je me sens invité à ne plus avoir peur car le gain attendu est supérieur à toutes les sécurités et barrières mentales qui nous retiennent prisonniers. »

L’Apôtre est diffusé à Paris au Cinéma Sept Parnassiens 98, bd du Montparnasse, 75014,Paris, Métro Vavain et à l’Elysées Lincoln, 14 rue Lincoln, 75008, Paris, métro Georges V

L’analyse fouillée de François Sweydan :

L’Apôtre est le cinquième long métrage de la réalisatrice Cheyenne Carron qui en est également la scénariste et la productrice.

Une situation exceptionnelle, de l’ordre du vœu pieux

Ce film raconte le récit d’un jeune musulman de Montreuil, en région parisienne, appelé à devenir imam, mais qui voit son identité bouleversée alors qu’il est touché par l’amour du Christ. Dans un chaos familial qui l’oppose à son frère ainé Youssef (Brahim Tekfa), Akim (« Dieu est promesse », en hébreu), ou tantôt Abdel Hakim (« Sagesse », en arabe) tentera de se faire accepter par les siens. Tandis que la sœur d’un prêtre catholique de son quartier est assassinée par le fils des voisins, ce religieux décide de continuer à vivre dans sa paroisse et auprès de la famille de l’assassin, des musulmans d’origine marocaine, car il sent que « cela va les aider à vivre » ; la vengeance et la haine semblent étrangères à cet homme de Dieu. Ce drame véridique dont Cheyenne Carron fut témoin dans sa jeunesse introduit le film en hommage à ce religieux et vient se greffer à la trame de l’histoire. Interpellé par cet acte de charité et de miséricorde vis-à-vis de la famille de l’assassin, Akim s’engage alors dans un chemin de conversion au christianisme, qui va l’opposer à son frère assez intolérant et à l’ensemble de sa communauté. Le film met en évidence d’une part la déstabilisation de la famille d’Akim, désarmée suite à sa conversion et, d’autre part, les liens familiaux très forts qu’ils veulent malgré tout conserver avec lui. Dans la réalité des faits le film dépeint une situation bien exceptionnelle et quasi impossible de l’ordre du vœu pieu. Cheyenne Caron dépeint en effet une famille algérienne aisée, tolérante et ouverte, idéale en somme. Les parents pieux appartiennent à une génération sans doute marquée par le terrorisme en Algérie des années 1990 mais la religion n’occupe pas toute leur existence. Alors que les enfants ont un vrai désir de retour au sacré et parfois avec une certaine radicalité de l’islam binaire et dans l’intransigeance rigoriste qu’incarne Youssef.

Une dualité binaire sans concession vis-à-vis de l’Islam, et le Christianisme sort grandi de la comparaison

La démarche de la réalisatrice du film est louable : faire passer un message de paix entre chrétiens et musulmans. Un film sur le pardon et la charité chrétienne. Le prêtre en « accueillant », d’une certaine manière, la famille de celui qui avait tué sa propre sœur a été un apôtre. Akim, sérieusement agressé après sa conversion par des musulmans fanatiques, devient à son tour un apôtre. Sur son lit d’hôpital il fait entendre à son frère ainé que « la vengeance ça ne guérit pas ». Celui-ci en effet voulait en découdre avec ses coreligionnaires de prière à la mosquée, agresseurs de son frère cadet. Certes, Cheyenne Carron tente d’évite tout manichéisme et veille à ce qu’une idée soit toujours confrontée à son antithèse, mais dépeint la religion chrétienne plus ouverte et généreuse que l’Islam et un Dieu des chrétiens qui pardonne alors qu’un autre, Allah, « punit et châtie ». Elle nous entraine tout de même dans une dualité binaire sans concession vis-à-vis de l’Islam, et le Christianisme sort grandi de la comparaison (sur le pardon, la charité, l’apostasie, etc.).

Aussi, des raccourcis et des précipitations viennent interpeler et dérouter le spectateur. La conversion du héros, son cheminement intérieur et ses nouveaux choix de vies sont si rapides qu’ils risquent d’être obscurs pour beaucoup, car le parcours d’Akim ne donne pas de contrepoint nécessaire à ses croyances religieuses passées. « L’absence de crédibilité qu’inspire la conversion aussi rapide d’un homme qui était pourtant prêt à devenir imam est au mieux d’une grande maladresse, au pire du prosélytisme inconséquent qui opposerait l’islam et le christianisme comme l’ombre et la lumière » (Clément Graminiès, critikat.com, 30-09-2014). Le sujet est néanmoins un message d’espoir et de tolérance un peu trop idylliques, coupé du réel de la conversion souvent dramatique pour un ex musulman presque systématiquement rejeté par sa communauté voire violenté ou même pire.

Difficile d’obtenir le soutien des institutions nationales pour un cinéma chrétien

Notons tout de même que ce film n’a pas été vraiment distribué dans les salles, ou plutôt d’une manière très limitée dès le 1er octobre 2014. Car, raconter l’histoire de la conversion d’un jeune musulman au christianisme n’est pas vraiment ce qui séduirait les distributeurs en France… De plus, la réalisatrice a eu effectivement beaucoup de mal à financer son film à cause du thème, et notamment essuyé le refus du CNC, le Centre national du cinéma (il est difficile d’obtenir le soutien des institutions nationales pour un cinéma chrétien). Elle avoue avoir rencontré bien des résistances pour obtenir les autorisations de tournages, les craintes venant surtout des Chrétiens : « La peur d’être taxés d’islamophobes », explique-t-elle… Elle a décidé de faire appel à un mécène.

Disponible en DVD, il a été exceptionnellement et discrètement visionné dans deux salles à Paris et seulement pour une soirée de projection à Lyon. On a essayé de donner comme prétexte le peu de moyens et les distributeurs rétifs pour des raisons de rentabilité, etc. Mais la vérité est ailleurs… et dérange, car le film est engagé et militant.

De la censure qui ne dit pas son nom ? Une volonté de ménager les musulmans et les islamistes de France ? Maintenir les Français dans la désinformation sur cette question délicate de la conversion et ce que dit vraiment le Coran à ce sujet ?

La peur des réactions violentes que pourrait susciter la projection de ce film qui raconte la conversion d’un musulman au Christ ? Éviter la critique frontale et publique en laissant la distribution du film à charge d’auteur et donc son contenu maintenu autant que possible cantonné dans l’espace privé ?

Le mélange de tout cela – et plus – semble à l’ordre du jour, d’autant plus que la réalisatrice avait déclaré : « Je n’ai pas trouvé de distributeur pour ce film car le sujet faisait peur ». Et cela démontre par ailleurs que les musulmans de France dictent de plus en plus leur volonté de censure et d’autocensure à la multitude des citoyens qui se plient du coup au dictat de la classe politique complice ou instigatrice de cette autocensure ; la culture comme outil de manipulation de l’opinion publique ? On veut à tout prix infléchir cette courbe des 74 % de Français convaincus que l’islam est incompatible avec la démocratie et la liberté, que c’est une religion fanatique et intolérante.

Répétons-le, la réalisatrice a tout de même du mérite et qu’il ne s’agit pas ici de critiquer gratuitement un film au reste bien attachant et traité d’une manière singulière et originale. Elle s’est documentée autant que possible et a fait lire le scénario à des musulmans pratiquants. Selon ses déclarations, les comédiens l’ont beaucoup aidée à être la plus juste possible : « On a travaillé ensemble la scène où les fidèles posent des questions sur les règles à suivre, notamment sur la possibilité de se marier avec une non-musulmane, et sur la polygamie. Pour autant, tout n’a pas été facile, j’ai eu lors du casting des oppositions de comédiens, qui soit avaient extrêmement peur, soit étaient en colère. Je n’ai retenu que des gens prêts à me suivre » (lavie.fr, 30-09-2014). Soit.

Le texte coranique n’est pas clair, dit une chose et son contraire, ajoutant la contradiction du Prophète

Mais pour ce qui est de la polygamie, par exemple, l’on peut rétorquer que face à la monogamie conseillée par le texte coranique, si l’on ne peut être totalement équitable envers deux ou plusieurs épouses (Sourate 4, versets 3 et 129), le Prophète lui-même a dérogé à cette règle que suivent cependant les musulmans. Première contradiction dans le film dont le dialogue des fidèles avec l’imam dans la salle de prière tente de nous convaincre que la monogamie est de rigueur ; le texte coranique n’est pas clair et dit une chose et son contraire en même temps, ajoutant la contradiction du Prophète lui-même.

Nous sommes en pleine seconde contradiction avec cette injonction coranique interdisant d’épouser une non-musulmane juive ou une « polythéiste », une chrétienne, tantôt qualifiée de « mushrika », « associatrice » (S. 2, v. 221 ; et non v. 231 dans le film) et tantôt a contrario licite puisque des « gens du Livre » (S. 5, v. 5).

Et nous sommes à une troisième contradiction avec cette coutume maghrébine d’imposer à l’épouse non-musulmane la conversion à l’Islam lorsque le Prophète lui-même avait épousé une chrétienne (Marie la Copte) et n’avait pas exigé sa conversion ; conversion pourtant largement conseillée, voire exigée par la plupart des imans de France pour des raisons que l’on devine.

Reste que le film est émaillé ça et là d’un certain nombre de versets coraniques graves et inquiétants autour de la Sourate 2, Al-Baqarah (« La Vache » ; Post-Hégire), parmi les plus intolérantes qui soient, mais aussi des approximations contradictoires comme les précédentes dans la bouche de l’imam Rachid (Le comédien Touffik Kerwaz) et de ses fidèles.

Est-ce du fait de la méconnaissance des conseillers musulmans de Cheyenne Carron, ou est-ce de l’ordre de la taqiyya de ces derniers ?

En tous les cas, Fayçal Safi, l’acteur interprète du rôle de Akim répond à la question du choix par une curieuse ambiguïté : « Je suis musulman. La réalisatrice, une chrétienne convaincue. Elle aurait pu choisir un chrétien pour ce rôle, mais elle m’a choisi, moi le musulman. Le message est fort. C’est ma pierre à l’édifice. À ma petite échelle, je parle des chrétiens martyrisés. Certains vont protester ou crier « Not in my name » [« Pas en mon nom »], moi je joue. LApôtre fait écho aux persécutions au Moyen Orient. Avec ce film engagé, je dénonce le caractère déviant de certains extrémistes qui jouent de l’Islam à des fins perfides ».

Une sorte de propagande islamophile ?

Quoi qu’il en soit de cette déclaration engagée disculpant en définitive – et d’une manière réductrice et par une inversion – les injonctions pourtant claires du Coran, le film reste pour tout non-musulman originaire d’Orient et pratiquant la langue arabe une sorte de propagande islamophile mensongère qui s’insinue dans l’espace privé français. Sans doute un peu à son insu et de bonne foi, Cheyenne Carron fait dire à ses comédiens plusieurs inexactitudes coraniques voire des contre-vérités que l’on prend encore comme argent comptant et qu’on répète sans vérification, et même des versets inquiétants, en contradiction interne avec le message de tolérance du film. Cheyenne Carron refuse de voir la violence du texte coranique et se cantonne aux interprétations erronées qui suscitent cette violence. Il faudra bien qu’elle se rende à l’évidence du Coran lui-même et de dé-relativiser ce relativisme réducteur.

Néanmoins, le film nous ramène immanquablement à la distorsion du sens d’un verset de cette inquiétante Sourate 2 verset 256, abondamment citée par les dignitaires religieux musulmans de France : « Nulle contrainte en religion » que l’on tronque systématiquement de sa suite « Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement [autre traduction : « la Vérité s’est séparée de l’erreur »]. Donc, quiconque mécroit au Rebelle (Tâghoût = inclut aussi juifs et chrétiens) tandis qu’il croit en Allah, saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Et Allah est Audient et Omniscient.

« Nulle contrainte en religion » ne signifie pas du tout la liberté religieuse pour le non-musulman

Contrairement à ce que laisse souvent entendre le clergé islamique pratiquant la taqiyya (ou Taqiya) face aux occidentaux « Nulle contrainte en religion » ne signifie pas du tout la liberté religieuse ou de conscience pour le non-musulman mais qu’il ne doit y avoir aucune contrainte pour l’individu à rentrer en islam excepté par conviction.
Par contre, il faut soumettre les gens à être gouvernés par les lois de l’islam ou êtres combattus, et cela fait partie de la contrainte.
Donc, soit le mécréant (
kafîr) et/ou l’associateur (Trinitaire) se convertit à l’islam et ceci est l’objectif, soit il paie la jizya (ou Djizîa, impôt de capitation sur les Dhimmi) et dans ce cas s’appliquera sur lui les lois de l’islam, tout en étant soumis à l’autorité des musulmans. Mais s’il s’y refuse, il n’y a pas de doute qu’il est obligatoire de le combattre. Raison de plus, lorsque dans le film, l’imam Rachid fait appel au verset « l’association est plus grave que le meurtre » (S. 2, v. 217) à l’intention de son neveu Akim ayant quitté l’islam. Mise à mort ou dhimmitude du nouveau mécréant ? Là aussi une contradiction sujette à la subjectivité des interprétations contradictoires.

Est-ce dans le but propagandiste sous-jacent des acteurs de confession musulmane d’émailler le discours de versets coraniques dissuasifs ou détournés de leur sens ? Avec le temps, les citoyens infantilisés pris pour des incultes sans aucun sens de la critique par les imams de France seront dans leur droit de ne plus croire les musulmans dans ce pays… ou a contrario intégrer ces contre-vérités ? Vu les mêmes mensonges réitérés et martelés au fil des années depuis que nos islamistes de France et une faction zélée islamophile de chrétiens – ou laïques – dhimmis et franchement ignorants de l’Islam nous réinventent un « Islam de France », c’est la stratégie du matraquage propagandiste dans le but sous-jacent de manipuler l’opinion publique. « Plus le mensonge est gros, mieux il passe », aurait dit un nazi notoire, maitre en propagande.

Car il faut encore le répéter, « Islam de France », cette sorte de grossier oxymore ne veut rien dire (comme « islamophobie » d’ailleurs) puisque le Coran lui-même, la sunna et la charia ne reconnaissent qu’un seul Islam, celui de la umma, la « communauté-nation islamique », sans frontières et au-delà des États. C’est là l’erreur et le très grand danger que perdent allègrement de vue nos politiques français d’une culture très approximative sur l’Islam (ou induits en erreur par leurs conseillers) et souvent n’ayant pas eu à lire attentivement le Coran, ou la curiosité de vérifier le vrai contenu des verstes que les dignitaires religieux musulmans, ceux de l’ « islam de France », leur débitent régulièrement détournés de leur vrai sens avec les sourires politiques et les salamalecs diplomatiques.

Enfin, comment interpréter ce dénouement heureux d’un converti au Christ, Français d’origine maghrébine priant en chrétien à côté de son frère musulman puis se réconcilier tous les deux en tombant l’un dans les bras de l’autre ? Le premier récite le Notre Père, le second la fatihâ, la première sourate du Coran, le Crédo que les musulmans récitent en prélude à toutes les occasions tristes ou heureuses de la vie. L’idéalisme et l’humanisme bien français s’emballent dans un lyrisme surfait de l’image d’une réconciliation utopique pourtant impossible dans les faits et, plus tragique, dans toute l’histoire de l’Islam.

Car, comment la réalisatrice n’a pas pris conscience de cette réalité contradictoire ? Au nom d’une fraternité rêvée et utopique l’on perd de vue que les deux derniers versets 6 et 7 de cette fatihâ, condamnent cruellement et sans appel les juifs et les chrétiens : « Guide-nous dans le droit chemin, Le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère [les juifs], ni des égarés [les chrétiens] ». Tabari (839-923) ou Fakhr ad-Dîn ar-Râzî (1150-1210), et dans le Tafsîr d’Ibn Khatîr, le commentaire du Coran d’Ibn Khatîr (1301-1373), faisant en effet consensus auprès de tous les exégètes musulmans, distinguent la supériorité des musulmans sur les juifs et des chrétiens maudits.

Tandis qu’on entend le nouveau chrétien réciter « et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé… » puis faire le signe de croix, son frère à ses côtés en prière musulmane psalmodie la finale de la fatihâ qui jette le tragique anathème définitif avec le « Amen » de concert à deux voix. Impensable dans presque tous les pays musulmans sauf en France, bien sûr, où l’on peut se permettre de traiter le fait interreligieux d’une manière la plus farfelue et la plus ridicule qui soit ; cela n’existe pas du tout dans la réalité pragmatique du terrain. Le film débute avec la scène de la jeune fille étranglée à mort et finit au fond par une réconciliation interreligieuse de façade, « pacifiste » selon le terme dans les commentaires de la réalisatrice. Il faudra qu’elle puisse distinguer entre « pacifiste » et « pacifique ». Car, si elle est vraiment chrétienne, elle devrait savoir que Jésus a dit « bienheureux les pacifiques » (Matthieu V, 9), il n’a pas dit « bienheureux les pacifistes » (p. Henri Boulad, s.j.).

Néanmoins, face au pardon et la charité chrétienne nous avons dès la première sourate du Coran l’anathème jeté, condamnation radical et définitive de l’altérité. Inquiétante perspective, problématique pour les Français non-musulmans aussi bien pour ceux qui nous crient sur les toits et nous répètent la rengaine du « vivre ensemble ». Vivre sous la « tolérance » islamique inégalitaire convaincue de sa supériorité face aux juifs et aux chrétiens méprisables et à soumettre ? En effet, « le symbolisme démagogique avec lequel la réalisatrice conclut son propos n’y fait rien : il ne suffit pas de filmer deux frères de confession différente s’adonner à la prière pour les mettre sur un pied d’égalité et célébrer la réconciliation des peuples » (Clément Graminiès, critikat.com, 30-09-2014).

Il est clair, pour les non-musulmans d’origine orientale assez agacés et irrités, voire excédés par cette naïveté cinématographique de circonstance, que nous sommes là face au paradoxe français – et occidental – celui du déni entêté et/ou à la méconnaissance dramatique du Coran. On veut à tout prix, au nom du zèle islamophile, l’exotisme béat ou, la charité chrétienne, pour les croyants, une sorte de dhimmitude gagnant les esprits de plus en plus soumis, faire dire au texte coranique ce que l’on veut à tout prix lui faire dire ou alors le disculper de certaines réalités tragiques et douloureuses. Le flou artistique ou alors le bricolage amateuriste, voire au pire des cas ce que j’appelle le déni circonstancié du menteur qui cherche à (se) justifier.

La mauvaise foi est bien là, intentionnelle ou non de nos amis musulmans, de déplacer la problématique et de vouloir nous convaincre, en fin de compte, que l’islamisme et le jihadisme (rebaptisé « terrorisme », afin de disculper le message coranique) ne procèdent pas de l’intolérance radicale du Coran ni de l’Islam. Du point de vue historique et séculaire, c’est là un malentendu supplémentaire qui perd de vue le fait qu’en Orient, par exemple durant les XIXe et les débuts du XXe siècles tout proches, de très bons musulmans, « tolérants » vis-à-vis des non-musulmans, ont basculé collectivement dans la barbarie de la terreur jihadiste sans que l’on sache comment, exactement comme aujourd’hui et comme aux origines. Et que l’on nous fasse pas la comparaison ridicule et irraisonnée avec les guerres de religions en Europe car celles-ci on cessé depuis des siècles tandis qu’en islam cela ne risque pas de s’arrêter pour des raisons doctrinales, idéologiques ET religieuses à l’opposé du Christianisme et qui perdurent depuis le VIIIe siècle et repartent de plus belle.

Mais surtout, c’est un vœux pieux qui veut nous faire abusivement croire que l’apostat en islam converti au christianisme ne risque qu’une souffrance et une solitude passagères et non le rejet total et radical ou, pire encore, le châtiment suprême de la loi coranique claire. Celle-ci est appliquée par l’EI (dit « État Islamique » ou « Daesh ») et pilier de la charia dissuasive en Arabie Saoudite et presque TOUS le pays musulmans (par exemple les Somaliens égorgés et décapités pour apostasie).

Abdallah Ibn ‘Abbas (v. 618/619 – 687), cousin paternel du Prophète, rapporte qu’il a dit : « Celui qui quitte sa religion alors tuez-le » (hadith authentique rapporté par al-Boukhârî, Al-Nassa’î, Al-Tirmidhî et l’imam Ahmed Ibn Hanbal). Un autre hadith du Prophète, rapporté par ‘Abdullah ibn Mas’oud soutient le hadith précédent : « Il n’est pas permis de verser le sang d’un musulman, sauf dans trois cas : celui de l’homme marié qui commet l’adultère, celui de l’assassin qui légalement mérite la mort, et celui de l’homme qui renie sa religion et se sépare de la communauté » (rapporté par al-Boukhârî et Muslim ibn al-Hajjaj). Ibn Taymiyya, aujourd’hui largement enseigné à l’université d’Al-Azhar, comme ces précédents d’ailleurs, dit exactement la même chose, appliqué à la lettre par « Daesh ». Sayyid Qutb (1906-1966), théoricien des Frères musulmans, dans son ouvrage testament, Jalons sur la route [de l’islam] (Ma’alim fil tarîq, 1964), condamne sans appel juifs et chrétiens.

« Il faut persévérer, il faut persévérer, mes frères. Il ne faut pas se laisser faire », comme le dit si bien l’imam Rachid (min. 42:14 à 44:15 dans le film). S’il faut « persévérer » ce n’est pas dans la forme et la multiplication frénétique hautement prosélyte des mosquées en France dans l’esprit de conquête, ou le jour chômé du vendredi souhaité pour les musulmans. À ce sujet, les prières de rues n’étant pas aujourd’hui à cause du manque de mosquées mais bien un acte politique et idéologique militant d’occuper l’espace public, tentatives plus qu’ « ostentatoires » aux fins de tordre le cou à la laïcité, cette volonté de visibilité et d’imposer l’islam à la sphère publique. S’il faut persévérer c’est au fond problématique et dangereux, car contradictoire, du texte coranique qu’il faut s’y atteler. Comme précédemment, l’imam Rachid cite le verset 8 de la Sourate 60 (à partir de 1:16:52) : « Allah vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes », en contradiction flagrante avec le verset 13 de la même Sourate 60 : « ô vous qui avez cru! Ne prenez pas pour alliés des gens contre lesquels Allah est courroucé [les juifs] et qui désespèrent de l’au-delà, tout comme les mécréants [les kuffâr, pl. de kafîr ; les « chrétiens », comme les juifs] désespèrent des gens des tombeaux ». Hors contexte le néophyte occidental se laisse séduire par la bonne parole de tolérance, mais en contexte de la sourate l’on rejoint l’anathème de la fatihâ.

Enfin, prendre les désirs pour des réalités finit toujours par un réveil bien douloureux. Et c’est ce que risque de connaître la France à force de relativisme politiquement correct en travestissant le réel qu’on refuse de regarder en face. Car, à force d’être répété, un mensonge devient vérité, et ce relativisme, sorte de soumission progressive à l’autorité de l’ « Islam de France », risque de nous mener un jour à la banalisation et à la « banalité du mal » dans le sens de Hanna Arendt.

En attendant, c’est le message de foi de L’Apôtre qui est bafoué par la distorsion de ce réel. Car, historiquement parlant, répétons-le encore, le pardon et la charité (dans le sens judéo-chrétien) n’ont jamais été réciproques de la part de l’Islam vis-à-vis du Christianisme, encore moins vis-à-vis du Judaïsme.

dreuz-info
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Un troisième avis

 Ce qui est dit plus haut n’est pas incorrect sinon qu’il est difficile d’être juste face à une situation douloureuse et complexe. La cinéaste l’aborde à sa manière, toute féminine, axée non sur les arguments mais sur le ressenti et le vécu, au risque de rendre le personnage central du film incompréhensible : le spectateur est invité à le suivre dans son cheminement intérieur, sinon il n’est pas vraisemblable.

 Pour les hommes qui regarderont ce film, la démarche sera ardue : ils attendraient des arguments, qui manquent fortement du point de vue chrétien. Mais sans doute la cinéaste n’en a-t-elle pas trouvé beaucoup auprès des conseillers auxquels elle s’est adressée.

 Le film se termine sur un texte qui rappelle les nombreuses persécutions des chrétiens dans les pays musulmans ; mais on ne sait toujours pas pour quelle raison, au début du film, la soeur du prêtre, compagne d’un musulman, est assassinée par celui-ci. Faut-il le deviner ? La dernière scène voit les deux frères réciter ensemble l’un le Notre Père et l’autre la Fâtihah, dans une convivialité très affective ; mais aucun chrétien d’Orient n’accepterait de mélanger sa prière avec la Fâtihah, car le dernier verset de celle-ci n’est rien d’autre qu’une imprécation contre les juifs et les chrétiens.

 La démarche du film est courageuse en même temps qu’à l’image de cette ambiguïté. Elle montre affectivement la supériorité de la foi chrétienne sur le fanatisme islamique ; la raison, cependant, n’y trouve pas son compte. On cherchera en vain à comprendre les raisons de cette situation.

One thought on “Le film « l’apôtre »: trois avis de spectateurs

  • 17 décembre 2014 at 20 h 46 min
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    Que de naïveté chez certains adeptes du rapprochement inter-religieux…Je leur conseille, en toute objectivé, de lire et relire et surtout de COMPRENDRE la Torah, la bible et le coran…
    Ce dernier n’étant qu’une forme d’absolutisme lobotomisant chez certains.

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