L’Apôtre Philippe fut enterré en Anatolie

tombe_de_lapotre_Philippe-2La tombe de l’apôtre Philippe se trouve en Turquie

________Comme nous l’annoncions dans notre Bulletin n°24 de septembre/octobre 2011, la tombe de Saint Philippe, l’un des douze apôtres du Christ, a été découverte au sud-ouest de la Turquie, à Pamukkale, anciennement Hiérapolis.

________La découverte a été faite par la mission archéologique italienne qui travaille depuis 1957 et qui est aujourd’hui composée d’une équipe internationale dirigée depuis 2000 par Francesco d’Andria, professeur à l’université de Salento.

________Le directeur de la mission explique la découverte : « Jusque récemment, nous pensions que la tombe de Saint Philippe était sur la Montagne des Martyrs, mais nous n’avions découvert aucune trace de lui dans la recherche géophysique conduite dans ce secteur. Il y a un mois, nous avons découvert les restes d’une église inconnue, à 40 mètres de distance de l’Église de saint Philippe sur la Montagne des Martyrs. Et dans cette basilique nous avons découvert la tombe de saint Philippe. Elle a été construite autour d’une tombe romaine du 1er siècle qui, de toute évidence, était tenue en grande considération. Saint Philippe étant considéré comme un martyr, c’est pourquoi l’église construite à son nom sur la Montagne des  Martyrs est aussi appelée Martyrion, même s’il n’y a aucune trace de sa tombe. »

________Cette tombe romaine n’était pas une simple fosse mais un ensemble (sacellum) avec chambre funéraire et fronton.

_____En reliant ces éléments et beaucoup d’autres, « nous sommes parvenus à la certitude d’avoir trouvé le tombeau de l’apôtre Philippe situé au centre de tout le système de pèlerinage qui lui était associé », a affirmé Francesco d’Andria.

_D’D‘Andria signale un graffito sur la  corniche de la tombe qui représente un mont sur lequel se trouve une croix (Hiérapolis ou le Golgotha), une mosaïque représentant des poissons, et des monnaies de bronze datant du 4e et du 5e siècle. Au 12e siècles, les Turcs avaient transformé la tombe en habitation. Voir ici le reportage de la télévision italienne.

tombe_de_lapotre_Philippe-3________Originaire de Galilée, Philippe partit évangéliser des régions d’Asie Mineure ; il fut lapidé puis crucifié par les Romains à Hiérapolis, en Phrygie.

________Une confusion a pu s’établir avec le disciple du même nom, qui était diacre et qui serait mort très âgé et de mort naturelle. Dans le Nouveau Testament, on parle de Philippe l’apôtre en : Mt 10:3 ; Mc 3:18 ; Lc 6:14 ; Jn 1:43-48 ; Jn 6:5-7 ; 12:.21-22 ; 14:8-9 ; Ac 1:13. Et on parle de Philippe le diacre en : Actes 6:5 ; 8:6 ; 8:9.12-13.26-35.38-40 ; 21:8-9.18. Le diacre Philippe  habitait Césarée et il avait 4 filles vierges et prophétesses :
« 8- Nous partîmes le lendemain, et nous arrivâmes à Césarée. Etant entrés dans la maison de Philippe l’évangéliste, qui était l’un des sept, nous logeâmes chez lui. 9- Il avait quatre filles vierges qui prophétisaient. » (Actes 21.8-9).
________Au 5e siècle, S. Jérôme évoque autre chose :

« Vous reconnaissez à ces mots l’apôtre Philippe, mort à Hiéropolis, et ses trois filles dont les deux premières vieillirent dans la virginité, et dont la troisième succomba à Ephèse,  remplie des faveurs du Saint-Esprit » (S. Jérôme, Vie des hommes illustres I, 45).

________C’est aussi ce qu’avait écrit Eusèbe de Césarée vers 330, à propos des deux étoiles qui brillent en Asie : Jean, enterré à Ephèse, et Philippe « qui repose à Hiérapolis ». Dans ce fameux passage de l’Histoire ecclésiastique (III, 31), il parlait aussi de l’Apôtre St Jean qui  « a porté le pétalon » – il s’agit du signe du Grand-Prêtre et on peut inférer de la représentation de St Thomas sur la frise de Kong Wang Shan, que tous les Apôtres portaient un tel signe, ainsi que les vêtements sacerdotaux, quand ils célébraient –:

_____ Polycrate (celui-ci était évêque de l’Eglise d’Ephèse) écrivit à Victor, évêque des Romains. Il mentionne également Philippe l’apôtre et ses filles en ces termes : « De grands astres se sont en effet couchés en Asie, qui se relèveront au dernier jour, à la parousie du Seigneur, lorsqu’Il viendra du ciel avec gloire et qu’Il cherchera tous les saints, Philippe un des douze apôtres qui repose à Hiérapolis, ainsi que deux de ses filles qui ont vieilli dans la virginité ; et son autre fille, après avoir vécu dans le Saint-Esprit, est ensevelie à Ephèse. Jean lui aussi, celui qui a reposé sur la poitrine du Seigneur, qui a été prêtre et a porté le pétalon, qui a été martyr [au sens de témoin de la résurrection, ou par allusion au fait qu’il a échappé à la mort à Rome] et enseignant, repose à Ephèse. »
_____Voilà ce qui se rapporte à la mort de ces personnages. Et dans le Dialogue de Caïus, que nous avons cité un peu auparavant, Proclus, contre qui il discute, est d’accord avec ce que nous venons d’exposer au sujet de la mort de Philippe et de ses filles, lorsqu’il dit : « Après celui-là, il y eut quatre prophétesses, les filles de Philippe, à Hiérapolis en Asie : leur tombeau est là, ainsi que celui de leur père. «  Voilà ce qu’il dit.
_____D’autre part, Luc, dans les Actes des Apôtres, rappelle les filles de
Philippe qui vivaient alors à Césarée de Judée en même temps que leur père et qui avaient été honorées du charisme prophétique. Il dit en propres termes : « Nous vînmes à Césarée et, étant entrés dans la maison de Philippe l’Evangéliste, qui était un des sept, nous demeurâmes chez lui. Il avait quatre filles vierges, qui prophétisaient. »”

________Il faut lire correctement ce passage. C’est par association des noms qu’Eusèbe cite les Actes des Apôtres, non pour dire que l’Apôtre Philippe est le diacre-porteur de l’Evangile du même nom, mais simplement parce que les deux avaient des filles. Celles du diacre Philippe, qui sont quatre, vécurent à Césarée comme leur père, explique-t-il – non à Hiérapolis comme celles de l’Apôtre, qui étaient trois.

________De même, il faut faire attention à ne pas se méprendre quant aux indications d’Eusèbe relatives à l’Apôtre Jean, dont il parle également au livre V, chap. XXIV : il note que cet Apôtre et évangéliste fut suivi par un autre Jean, enterré lui aussi à Ephèse – ainsi que l’indique Irénée de Lyon l’indique dans son traité « Contre les hérésies » (livre 3, chap. 1). Mais Jean ne serait pas l’auteur de l’Apocalypse – ce serait l’oeuvre du « presbytre Jean » d’Ephèse. En fait, comme tous ceux qui sont tentés par l’arianisme, Eusèbe voulait déconsidérer ainsi ce livre final du Nouveau Testament qui tourne les chrétiens vers ce que Dieu fera encore dans l’histoire et les détourne de vouloir établir le Royaume de Dieu dès ce temps ou « siècle », ce qui est précisément le dessein des ariens et de toutes les idéologies de type messianiste : en vue de sacraliser le pouvoir politique, les ariens ne veulent plus entendre parler de la venue royale du Christ qui relativise radicalement toute entreprise politique. Pour une autre raison, cette thèse des deux auteurs a encore quelques défenseurs aujourd’hui : le style de l’évangile de Jean en grec diffère de celui de l’Apocalypse en grec, ce qui trahirait le travail de deux auteurs respectifs ; en fait, on démontre ainsi simplement que le traducteur de l’évangile en grec n’est pas celui qui, plus tardivement, a traduit l’Apocalypse en grec. Mais si l’on compare le texte araméen de l’évangile de Jean à celui de l’Apocalypse, on constate que le style est le même, ce qui indique un auteur réel unique, l’Apôtre Jean, conformément aux traditions orientales unanimes. La question ne se pose donc plus.

3 réflexions sur “ L’Apôtre Philippe fut enterré en Anatolie ”

  1. Bonjour !
    Cette note sur la confusion entre les deux Philippe apporte du coup la confusion sur la découverte de ce tombeau …. Serait-il (à priori) celui de l’apôtre, ou bien de « l’un des sept » ?

    Merci

  2. Il ne faut pas s’attarder sur les historiens qui ont lu le passage d’Eusèbe avec les lunettes de Voltaire, et qui cherchent donc des contradictions là où il n’y en a pas : le principe est que, vu que les évangiles et les témoignages des Pères de l’Eglise sont faux, ils doivent être remplis d’incohérences.

    Il en est de même de la question du PETALON attribué par Eusèbe à saint Jean. Cela ne veut pas dire qu’il s’agirait d’un « Jean » autre que fils de Zébédée et frère de Jacques, par exemple quelqu’un qui aurait été membre de la famille des Grands-Prêtres de Jérusalem. Cette supposition absurde, défendue par certains exégètes, vient du fait qu’ils ne savent pas que les Apôtres célébraient en habit de Grand-Prêtre, donc portant le PETALON, la lame d’or rectangulaire sur le devant du bonnet.

    On voit bien ce PETALON sur la représentation de saint Thomas sur le frise de Kong Wang : voir http://eecho.fr/?page_id=42 !

    Il faut TOUJOURS supposer a priori que les traditions chrétiennes sont fiables, non le contraire.

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