Les « Parcours de découverte »
Redécouvrir de quoi nourrir la foi
(11 parcours en commençant par la Parole de Dieu)
[en voie de complémentation]
Introduction :
Dans un Occident en crise spirituelle et humaine à tous points de vue (près de 21 % de la population de l’Union européenne vit sous le seuil de pauvreté, selon Eurostat), la foi se transmet difficilement. De grands obstacles ou oppositions entravent son rayonnement, mais ils ne sont pas seulement externes. Des obstacles existent de manière interne, et les principaux sont sans doute ces trois confusions (déjà anciennes) :
– 1° la difficulté à distinguer entre ce qui est pré-chrétien et ce qui est post-chrétien (présenté comme extérieur à la foi chrétienne, donc comme si c’était préchrétien) [voir note 1] ; ainsi, tous les phénomènes religieux se retrouvent placés abstraitement sur un même pied et tenus pour (à peu près) équivalents – et on conclut que tous doivent mener à « Dieu » ;
– 2° l’assimilation de la dimension collective du salut (et par là cosmique, Rm 8) au destin personnel ; dans un tel flou, toute parole sur l’au-delà du temps actuel devient alors incohérente, voire impossible ;
– 3° la causalité imaginée entre le mérite et le Salut (les non chrétiens seraient sauvés par les mérites de leur conscience) : certes, on ajoute immédiatement qu’en fait, on est sauvé par la Grâce, mais alors, il faut déduire que la Grâce est distribuée largement par Dieu aux non chrétiens (par exemple à travers le bouddhisme ou l’islam) ; lit-on cela dans le N-T ?
Ces difficultés doivent être regardées à la lumière de la Parole de Dieu, il faut toujours y revenir (parcours 1 et 2). Par-dessus tout, cette Parole, transmise par les douze apôtres du mieux qu’ils pouvaient (parcours 3), nous fait « rencontrer » Jésus, ce qui est bien plus qu’une simple découverte (parcours 4). En fait, l’humanité entière aura également à le rencontrer, lors de sa manifestation universelle (parcours 5).
On peut comprendre alors ce qui a conduit aux deux dérives fondamentales de la foi, qui sont respectivement des contrefaçons de la Rencontre personnelle qui sauve (les spiritualismes, parcours 7), ou de la Rencontre collective qui ouvre le Royaume au sens strict (les messianismes, parcours 6).
C’est au milieu de tous ces aléas que l’unité de l’Eglise doit se préserver (parcours 8), et, à ce point de vue, l’islam mérite une attention particulière (parcours 9), spécialement à cause de nos Frères d’Orient. Une tendance interne, une sorte de messianisme discret, mérite aussi notre attention : imaginer construire un monde de paix et de joie par le « dialogue des religions » (parcours 10).
Enfin, il convient de s’interroger sur ce que la Révélation nous enseigne sur le mystère même de l’homme (parcours 11).
En vingt ans, bien d’autres apports ont nourri la recherche de EEChO et son site. Mais le but des parcours est d’avancer progressivement vers la redécouverte de l’essentiel, d’une manière qui soit adaptée à des groupes plutôt locaux (famille, amis, paroisse, …), et les plus autonomes possibles. L’immense crise spirituelle que nous traversons nous oblige à prendre notre foi en main, en repartant de la Parole de Dieu.
1– « Apprendre » la Parole de Dieu
- Rencontre 1 : premiers pas
- Rencontre 2 : se nourrir de la Parole
- Rencontre 3 : transmettre
- Rencontre 4 : juger en vérité
- Rencontre 5 : entrer dans une histoire
- Rencontre 6 : au cœur du mystère
- Rencontre 7 : perles et manuscrits
- Rencontre 8 : Parole et récitatifs
- Rencontre 9 : intérioriser la Parole
- Rencontre 10 : la Parole guérit
- Rencontre 11 : devenir des témoins
- Rencontre 10 : Jn, un évangile à méditer
2– Comprendre la Parole ‒ l’enracinement araméen
- Rencontre 1 : l’araméen et le grec au temps du Christ
- Rencontre 2 : (re)découvertes et découvreurs
- Rencontre 3 : être serviteur de la Parole
- Rencontre 4 : des évangiles composés oralement
- Rencontre 5 : au terme de l’évangile de Jean
- Rencontre 6 : la formation des évangiles
- Rencontre 7 : Jn, composé en deux étapes
- Rencontre 8 : pour une juste exégèse du N-T
- Rencontre 9 : civilisation araméenne et damiers de mémoire
- Rencontre 10 : les événements du jour de la Résurrection
- Rencontre 11 : quand interviennent des a priori
- Rencontre 12 : gérer la richesse ? Une parabole
- Rencontre 13 : le Notre Père et le réductionnisme
- Rencontre 14 : deux études
3– Les douze apôtres, piliers de la foi et de l’Eglise
- Rencontre 1 :
- Rencontre 2 :
- Rencontre 3 :
- Rencontre 4 :
- Rencontre 5 :
- Rencontre 6 :
- Rencontre 7 :
4– La Rencontre personnelle du Christ : introduction ; ici-bas et Au-delà
- Rencontre 1 : la Rencontre avec le Christ a deux dimensions
- Rencontre 2 : ignorer la Rencontre – l’absurdité de la mort comme temps « t »
- Rencontre 3 : un vieux problème pourri, propre à la théologie latine
- Rencontre 4 : le tournant apporté par le Cardinal Ratzinger – Benoît XVI
- Rencontre 5 : l’héritage du moralisme augustiniste
- Rencontre 6 : répondre à ceux qui peinent à comprendre
- Rencontre 7 : le livre qui a ouvert un retour au Nouveau-Testament
5– La Rencontre collective du Christ Juge : au terme du temps actuel
- Rencontre 1 : « jugement général » et Concile de Florence
- Rencontre 2 : théologie de l’Histoire et Espérance pour le monde
- Rencontre 3 : les « derniers temps », c’est depuis à la Pentecôte
- Rencontre 4 : une évidence qu’on a voulu occulter
- Rencontre 5 : l’anti-christ préparera a contrario le Jugement
- Rencontre 6 : regard global avec Fr. Breynaert (audios, vidéos)
- Rencontre 7 : méconnaissances diverses (dont celle des Darbistes)
- Rencontre 8 : difficultés de se représenter ce qui est révélé
- Rencontre 9 : remplacer l’Espérance par le messianisme, 2 paraboles
- Rencontre 10 : l’humanité durant la Parousia – rédaction en cours –
6– Contrefaçons messianistes de la Révélation (et de l’Espérance)
- Rencontre 1 :
- Rencontre 2 :
- Rencontre 3 :
- Rencontre 4 :
- Rencontre 5 :
- Rencontre 6 :
- Rencontre 7 :
7– Contrefaçons dites « gnostiques » de la Révélation (et de l’Espérance)
- Rencontre 1 :
- Rencontre 3 :
- Rencontre 4 :
- Rencontre 5 :
- Rencontre 6 :
- Rencontre 7 :
8– Histoire de l’Église et unité des chrétiens
- Rencontre 1 :
- Rencontre 2 :
- Rencontre 3 :
- Rencontre 4 :
- Rencontre 5 :
- Rencontre 6 :
- Rencontre 7 :
9‒ Questions relatives à l’islam
- Rencontre 1 :
- Rencontre 2 :
- Rencontre 3 :
- Rencontre 4 :
- Rencontre 5 :
- Rencontre 6 :
- Rencontre 7 :
10– Dialogues interreligieux : vers une paix et une spiritualité universelles ?
- Rencontre 1 :
- Rencontre 2 :
- Rencontre 3 :
- Rencontre 4 :
- Rencontre 5 :
- Rencontre 6 :
- Rencontre 7 :
11– Anthropologie révélée et générale
- Rencontre 1 : P. Jean-Claude Hanus :
- Rencontre 2 :
- Rencontre 3 :
- Rencontre 4 : Préserver les enfants : réseaux sociaux, IA, etc.
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QUE SIGNIFIE « POST-CHRETIEN » ?
[i] L’adjectif « post-chrétien » a été employé d’abord par des sociologues pour qualifier le monde occidental de la « sortie de la religion » (formule de Marcel Gauchet). En fait, il doit s’appliquer à des réalités bien plus universelles : à tous les phénomènes religieux ou apparentés apparus après le temps des apôtres. Hans Urs von Balthasar l’expliquait en 1987, précédant ainsi un des points-clefs de l’analyse de EEChO, en soulignant que les post-christianismes ne peuvent que rejeter le christianisme en même temps qu’ils prétendent toujours le dépasser :
« Il y a lieu de constater combien radicalement des projets qui ont surgi avant la connaissance de la révélation chrétienne sont différents des projets qui, consciemment en post-chrétienté, refusent l’unification réalisée dans le Christ (comme centre et sommet de l’histoire biblique de l’alliance) et prétendent offrir au lieu de cela quelque chose de plus plausible. Ce qui est pré-chrétien et ce qui est consciemment post-chrétien peuvent bien se ressembler structurellement, mais dans l’intention profonde, il y a une distinction essentielle.
Il faut le dire, étant donné qu’aujourd’hui le levain du christianisme a pénétré toute l’humanité, il sera difficile et quelque peu naïf de retrouver encore quelque chose de pré-chrétien dans des idées qui se seraient apparemment maintenues depuis l’époque précédant le christianisme (comme ce pourrait être le cas par exemple en Asie) ; en fait, ces idées ont souvent assimilé des éléments chrétiens (ou bibliques) dans l’intention de montrer que l’on n’a pas besoin du christianisme pour légitimer leur propre prétention à la totalité »
(Urs von Balthasar Hans, Epilogue, trad. Camille Dumont, Bruxelles /Paris, Culture et Vérité / Brepols, [1987] 1997, p.11-12).
La distinction pré/post chrétien est évidente et fondamentale pour tout chrétien croyant ; elle s’impose également aux chercheurs sérieux en histoire : spirituellement, Jésus et les apôtres ont changé le monde, celui-ci n’est plus le même après eux. Un tel constat est cependant rejeté a priori par la pensée occidentale dominante, c’est-à-dire agnostique et laïciste, voire virulemment athée.
Par contamination ou pour ne pas heurter – Dieu seul le sait –, on ne trouve pas non un tel constat dans les textes conciliaires qui, maniant des concepts, ne veulent pas tenir compte de l’histoire et espéraient promouvoir ainsi des « dialogues » constructifs – donc en les concevant abstraitement. Dans l’abstrait en effet, tous les phénomènes religieux se valent, car ils sont pensés étrangers les uns aux autres ; ceux qui sont post-chrétiens sont présentés comme extérieurs au christianisme, c’est-à-dire comme s’ils étaient pré-chrétiens, alors qu’ils portent des dimensions dérivées et dénaturées du christianisme.
Cette confusion, bien vue (après coup) par Balthazar, préparait à la « théologie des religions ». Pour y aboutir, il suffit d’ajouter ici une bonne dose d’ignorance de l’universalité du christianisme apostolique : dès ses débuts, il s’est inculturé dans les diverses parties du monde d’alors, et pour une bonne part en Asie. Faute de le voir, les « théologiens des religions » imaginent que le christianisme (qu’ils connaissent) n’est qu’un phénomène européen, donc limité et incomplet au regard des autres phénomènes religieux qui doivent le compléter.
Voici une illustration de cette ignorance :
« L’Eglise doit être assez humble pour être baptisée dans la religiosité asiatique […] A l’exemple de son maître, cette Eglise en Asie doit s’asseoir aux pieds des gourous d’Asie, non comme Ecclesia Docens (Eglise enseignante) mais comme Ecclesia discens (Eglise enseignée). Mais le fait est que le Christ comme Fils de Dieu ou Seigneur n’est qu’un titre, une catégorisation humaine, à travers laquelle une culture particulière a essayé de saisir le mystère ineffable du salut qui nous est communiqué dans la personne et l’enseignement de Jésus » (Piéris Aloysius sj, Une théologie asiatique de la libération, trad. Joseph Festhauer, Centurion, 1990, p.89).
Clairement, le Jésus du jésuite Piéris n’est pas le Sauveur mais un spirituel qui, comme d’autres, a voulu montrer la voie du salut, et il est sans doute plus éminent que les autres. L’auteur ne dirait pas cela s’il connaissait les grandes communautés chrétiennes qui, en Asie, remontent aux apôtres : il est ébloui par des spiritualités orientales dont il ne perçoit pas les influences, voire les racines, chrétiennes (orientales – voir parcours 7). Dans le même genre d’esprits confus, on a eu des moines européens qui se mettaient à des méditations hindoues, ou au zen ou encore à des formes de néo-bouddhisme. Les confusions spirituelles de ce type ont fini par atteindre une partie importante du peuple chrétien et de ses responsables.
Pour en savoir plus : Le christianisme face aux autres religions, 2025.