Miséricorde : Vérité et dévoiement : exposés EEChO 03-2016

« Miséricorde : Vérité et dévoiement » : le colloque du 12 mars 2016

Le 12 mars 2016 se tenait à Paris le colloque de l’association Eleutheros, sur le thème « Miséricorde et Vérité ». EEChO y était présente par plusieurs contributions :

 

L’Évangile de la  Miséricorde  avec les chrétiens d’Orient

Par Pierre Perrier (spécialiste de l’Orient et de la transmission orale des Evangiles)

Pierre Perrier est aussi l’ancien directeur des études avancées de Dassault Aviation, membre correspondant de l’Académie des Sciences et ancien secrétaire de l’Académie des technologies.

 


La Miséricorde dans le christianisme

Par le P. Frédéric Guigain (prêtre exégète, philosophe linguistique)

Terme sur toutes  les lèvres en cette année 2016, la « miséricorde » désigne théologiquement autre chose que l’attention à la misère matérielle ou morale. La « misère » (selon l’étymologie latine) est avant tout celle de l’homme victime des conséquences du péché et lui-même pécheur (pour savoir ce que ce terme de « miséricorde » créé par les premiers chrétiens latins voulait rendre, voir cet article). Autrement, sur quoi porterait vraiment la « miséricorde divine »? Sur la souffrance du monde, que Dieu prendrait en pitié sans être capable d’y faire quoi que ce soit ? Notre foi serait-elle absurde dans un monde qui le serait d’abord ?

Frédéric Guigain remarque fort à propos que la pastorale du sacrement de la réconciliation est devenue globalement « indulgentielle » c’est-à-dire qu’elle compte sur d’autres que soi pour contribuer à réparer (ce qui est le sens des indigences si décriées !). Redécouvra-t-on ainsi le sens des choses ? _______________________________ Texte de ‘Miséricorde et christianisme’ P. Fr.Guigain (PDF)

 

La Miséricorde et compassion dans le bouddhisme

Par Marion Duvauchel (philosophe, spécialiste en anthropologie religieuse)

En voici le début : « La question de la Miséricorde dans le bouddhisme est un paradoxe et devrait nous plonger dans un abîme de perplexité si nous étions correctement informés. Par quel mystère une religion essentiellement fondée sur des techniques de salut est-elle devenue la grande rivale du christianisme ? Par quel prodigieux tour de passe-passe apparaît-elle aujourd’hui dans l’esprit de bien de nos contemporains comme la religion de la charité et de la compassion[1] ?L’orientaliste Emile Sénart analysait le formidable succès de cette religion de la manière suivante : “(…) ce qui fit le succès de cette religion, c’est qu’elle substitua l’idée simple et universellement accessible de la moralité à la domination du dogmatisme prétendu védique des brâhmanes, et qu’elle l’associa pour un temps du moins à l’efficacité supposée de l’ascétisme ou de la méditation”[2].
Ce paradoxe, je voudrais y apporter quelques éléments de réponse. Je ne prétend pas répondre à cette question, mais la poser de telle manière que les présupposés implicites qui organisent les savoirs sur la question puissent être examinés et par contre coup, que les « savoirs » sur le bouddhisme qui sont véhiculés par la culture commune soient aussi éclairés, et éviter ainsi la reconduction d’idée reçues, souvent erronées.C’est l’Europe qui a découvert le bouddhisme et qui ne s’est pas privée de le clamer : « Comment expliquer cette anomalie sans exemple dans le reste de l’humanité : c’est par les enseignements de l’étranger qu’elle (l’Inde) a commencé à connaître sa véritable grandeur »[3].
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[1] René Grousset évoquait déjà dans l’un de ses livres « l’immense charité bouddhique ».
[2] Emile Sénart, Essais sur la légende du Bouddha, Paris 1875.
[3] La phrase est de l’indianiste Sylvain Lévi, et la suite est édifiante : « Le plus grand de ses fils, le Bouddha, elle l’avait oublié. Tandis que le Tibet, la Chine, la Corée, le Japon, l’Indochine répétaient pieusement la biographie du maître, les yeux tournés vers son berceau, l’Inde qui lui avait donné le jour ne savait plus rien de lui. En vain le Népal gardait dans sa vallée les originaux sanscrits des textes sacrés ; en vain Ceylan préservait avec une fidélité plus que deux fois millénaire, malgré les révolutions, les invasions, les conquêtes, le trésor des Trois Corbeilles bouddhiques rédigé dans un dialecte indien, le pâli, le frère cadet du sanscrit. Le nom du Bouddha, voué d’abord à l’exécration par le brahmanisme triomphant, avait bientôt disparu dans l’universelle indifférence, sans provoquer une seule fois un effort de sympathie ou de curiosité. C’est l’Europe qui a rendu le Bouddha à l’Inde. Par ses voyageurs, par ses missionnaires, par ses savants, l’Europe avait retrouvé du plateau tibétain au littoral du Pacifique les traces éclatantes de l’activité bouddhique; elle voulut en savoir davantage » (L’Inde et le monde, Paris, Honoré Champion, 1928).
__________________________________ Ici, suite du Texte de ‘Miséricorde et bouddhisme’ (PDF).

Sont aussi intervenus l’Abbé Guy Pagès et l’Abbé Louis-Marie de Bilignières (sur les thèmes, respectivement, de la miséricorde dans l’islam, et de la vertu de miséricorde et de son dévoiement). On peut en trouver les enregistrements ici.