Mars 2011: espérer au delà de l’actualité

Avec l’Egypte, espérer au delà de l’actualité

____L’actualité du mois de mars n’est pas réjouissante et la catastrophe épouvantable qui a frappé le Japon l’illustre.

_____ À propos du Proche-Orient, on a parlé parfois d’un « printemps arabe » – entendez : la démocratie y serait irrésistiblement en marche, en vertu d’une de ces lois de l’histoire que les idéologies affectionnent. Il faut se méfier des illusions idéologiques et rester réaliste. Certes, il y a une aspiration démocratique confuse dans des couches importantes de la population, si l’on entend par démocratie la participation d’un plus grand nombre à la gestion de la société, la fin des maffias claniques qui étouffent la vie économique et la disparition du terrorisme d’Etat, que la police de Moubarak, de Kadhafi, de Ben Ali et sans doute d’autres ont pratiqué. On devrait pouvoir ajouter : la fin des discriminations et des violences dont les chrétiens (et les autres non musulmans) sont victimes impunément. Beaucoup y pensent mais n’osent pas formuler cette exigence qui irait trop directement contre l’Islam.

_____ Car il ne faut pas sous-estimer le poids du conditionnement religieux. Le rêve de démocratie pourrait tourner au cauchemar. Outre de l’aide extérieure, l’avenir dépend pour une bonne part de la confrontation qui s’instaure entre d’une part ce conditionnement qui imprègne massivement les musulmans depuis l’enseignement primaire jusqu’à l’université et dans tous les médias, et d’autre part un ras-le-bol aux motivations diverses mais qui témoigne d’un début de mise en cause du système islamique sur lesquels les régimes accapareurs et oppressifs se sont tous appuyés. Islam veut dire soumission (et pas autre chose), et les soumis (musulmans) ne se révoltent pas, si ce n’est à l’appel de chefs religieux influents. Les colonisateurs anglais et français l’ont bien compris dans le passé, eux qui ont favorisé au maximum l’islamisation des populations – non sans un grand cynisme de la part des Anglais et un anti-christianisme virulent dans l’administration coloniale française. Or, le mouvement de contestation actuel n’est pas émané des structures islamiques et ne s’est pas fait au nom de l’Islam, même si certains scandent « Allahu akbar » ou prient vers La Mecque : quand on risque sa vie, on pense à sa croyance religieuse, quelle qu’elle soit.

_____ Ce qui se passe en Egypte est emblématique. Des documents trouvés au siège de la police montre l’implication de l’ancien ministre de l’intérieur du régime de Moubarak dans l’attentat anti-chrétien d’Alexandrie au Nouvel An, lui qui a ouvert les prisons pour lancer des détenus islamistes et de droit commun contre la population qui manifestait – il a été arrêté par les militaires. Mais on ne sort pas aisément d’un régime islamique comme l’était celui de Moubarak, pire encore que celui de son prédécesseur, Sadate, que seule sa femme Jehane, anglo-égyptienne, empêchait de se durcir plus encore dans son fanatisme.

_____ Cette suite de faits, qui a été mal rapportée dans la presse, en dit plus qu’une analyse. À 30 kilomètres du Caire, il y a un an, des liens s’étaient créés entre un Copte et une musulmane ; les deux familles les avaient vite séparés. Mais récemment, un cousin du père de la fille a reproché à celui-ci de ne pas avoir tué sa fille, coupable de trahison envers sa famille et l’Islam, et il en vint à le tuer. En réaction, son fils a tué le cousin. Deux jours après, les islamistes fomentaient une émeute contre les sept mille chrétiens du village de Souf – après tout, cette histoire de vendetta islamique n’est-elle pas de leur faute, et ne sont-ils pas coupables d’être là ? Une foule de quatre mille musulmans attaqua et brûla l’église Sainte-Mina et Saint-Georges et molestèrent les chrétiens, détruisant les maisons. Des témoins ont rapporté que la foule a empêché les pompiers d’entrer dans le village. L’armée, qui était stationnée depuis trois jours dans le village de Bromil situé à 7 km, n’a pas bougé. Bientôt la moitié des quatorze mille chrétiens a été obligée de fuir. Certains d’entre eux eurent l’idée d’aller camper sur la place Maspéro, devant le siège de la télévision égyptienne. Entre-temps, les militaires, qui stationnaient tout près, avaient refusé d’intervenir, ce qui témoigne de l’état d’islamisation des institutions. Bientôt, place Maspéro, les chrétiens étaient cent vingt mille, ce dont les journaux n’ont guère parlé en France, et quelques musulmans sont venus les rejoindre.

_____ Devant cette manifestation, les militaires ont cédé aux revendications, à savoir qu’ils ont fait libéré un prêtre emprisonné et promis que l’église serait reconstruite, et à sa place. C’est là que se place l’épisode sanglant du Moqattam, le mercredi 9 mars. Partis pour se joindre aux manifestants de la place Maspéro, le groupe des chrétiens pauvres du Moqattam a été attaqué par des musulmans armés qui en tuèrent dix dont plusieurs par balle, et en blessèrent de nombreux autres. De leur côté, les manifestants de la place Tahrir avaient également été attaqués et purent résister. À la suite de cela et de nombreux autres vols, meurtres et même viols contre la population chrétienne, le nouveau premier ministre (provisoire), Essam Charaf, a demandé que l’incitation à la haine soit punissable de la peine capitale. Cet ingénieur musulman, qui fut présent dès les premiers jours sur la place Tahrir, a bien compris que seule la fermeté est payante face au fanatisme engendré par le système islamique. Pour se maintenir, ce système qui gangrène la société égyptienne va essayer de provoquer une guerre civile contre les chrétiens qui forment plus de 10 % de la population (probablement 12 % et non pas 6% comme on lit parfois).

_____ Si les militaires n’écoutent pas le fanatisme islamique, il y a des chances pour que l’Egypte entre dans un processus de libération, avec des désordres mais sans drame énorme comme chez le voisin libyen. L’espérance n’est pas un optimisme mais un réalisme (voir aussi la vidéo du professeur Sami Basha). En cela, la fermeté et la solidarité des Coptes, parfois jusqu’au martyre, a été et reste un facteur décisif. À ce titre, ils peuvent servir d’exemples en Occident, où on fait taire même des musulmans immigrés tels que Messaoud Bouras qui a dénoncé les dérives islamistes à Roubaix et la complicité de responsables politiques : il a été condamné pour racisme (pas anti-français : anti-musulman !) puis relaxé. La gangrène dont souffre l’Egypte et le monde arabo-musulman s’est invitée en France.

_____ C’est l’occasion de visionner trois témoignages, celui de Salim Mansur qui rappelle au monde que les premières victimes de la violence islamique sont les musulmans eux-mêmes, et celui de l’ancienne députée au Parlement des Pays-Bas, d’origine somalienne, menacée de mort aux Pays-Bas et aujourd’hui réfugiée politique aux USA, Ayaan Hirsi Ali qui, quoique athée, souhaite de tout son cœur que les musulmans découvrent la foi chrétienne. Ce qu’elle dit rappelle certaines phrases de Charles de Foucauld il y a un siècle.

_____Enfin, on trouvera ici la dernière interview de Shahbaz Bhatti, ministre pakistanais des Minorités religieuses, assassiné le 2 mars dernier, peu de temps après l’assassinat de Salman Taseer, un des gouverneurs du Pakistan qui avait défendu Asia Bibi, une chrétienne condamnée à être pendue pour insulte au « Prophète » de l’islam, et qui était opposé lui aussi à la « loi contre le blasphème » – une loi qui menace tout non musulman ou même tout musulman.

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