Le tombeau de Saint Pierre à Rome : le point

LE TOMBEAU DE SAINT PIERRE

Par Raphaël TRARIEUX, 13 octobre 2016
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           La ville éternelle. Voilà l’expression qui définit le mieux l’essence même de Rome, qui offre une continuité historique et architecturale unique au monde, en dépit des avatars de l’histoire et des inévitables destructions. L’un des monuments les plus célèbres est la basilique Saint Pierre (fig. 0). La première église fût construite au IV°s sous Constantin, et la seconde, l’actuelle, fut achevée en 1626. Cette basilique était censée avoir été édifiée sur la tombe d’un modeste pêcheur galiléen, appelé Pierre, appelé à devenir le premier pape.

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 LES TRADITIONS ANCIENNES

            En effet, selon une tradition très ancienne, rapportée notamment par Grégoire de Tours (VI°s), ou Eusèbe de Césarée (265-339), la tombe de Saint Pierre se trouvait sous la basilique du même nom. S’il n’existait pas de certitude à ce sujet, la disposition de la basilique laisserait à penser que des raisons impérieuses avaient commandé qu’elle soit implantée au Vatican plutôt qu’ailleurs, puisque la disposition des lieux ne s’y prêtait guère : l’église était située en dehors de l’enceinte d’Aurélien, sur un terrain en pente (il existe un dénivelé de 11 mètres), argileux, impropre à bâtir un édifice aussi important, pourvu de cinq nefs. Constantin avait dû réaliser des travaux de terrassement énormes, coûteux, pour araser le terrain au Nord et le surélever au Sud, à l’aide de pilotis qu’on peut encore voir aujourd’hui, et en outre installer un caniveau pour faciliter l’écoulement des eaux. Aucune structure de maçonnerie préexistante n’avait pu être réutilisée. De plus, la basilique avait dû être implantée à l’envers, c’est à dire tournée vers l’Occident. C’est pour cette raison qu’avant le concile Vatican II, le pape célébrait toujours la messe face à la foule, pour pouvoir être tourné vers l’Orient.

            Enfin il avait fallu, à l’encontre de tous les usages alors en vigueur, détruire ou mutiler des tombes et des mausolées lors des travaux. Les Romains avaient un respect immense pour les tombeaux et la loi reconnaissait à chacun le droit de rendre religieux, à sa volonté, le lieu où il lui plairait d’inhumer un mort. La parcelle où se trouvait la sépulture était, de fait, exempte des conditions qui régissaient les charges et la transmission de la propriété. Elle était inaliénable et cette règle ne recevait pas exception pour les chrétiens ou les martyrs. Au Vatican, des chapelles funéraires, des monuments souvent richement ornés avaient été démolis, ou surélevés, ou coupés en deux, ou même remplis de terre pour servir d’assise à l’édifice. Leur accès en avait ainsi été définitivement rendu impossible. En effet de nombreux monuments funéraires remontant essentiellement aux II° et III°s se trouvaient déjà sur le site, notamment 44 mausolées disposés sur deux rangées. Il s’agissait de monuments païens, mais aussi chrétiens, identifiés comme tels par les mots “deposita”, “depositus est”, pour indiquer la date des obsèques, le verbe deponere étant exclusivement utilisé pour des tombes chrétiennes. La présence de colombes avec un rameau d’olivier dans le bec démontre aussi l’origine chrétienne de certaines tombes. Nombre d’entre eux dépassent en beauté ceux qui ont été retrouvés à Ostie. Ces mausolées sont ornés de peintures murales, de figures de stuc, décorés de coupes de fruits, de fleurs, d’oiseaux, de gazelles, de scènes mythologiques (fig. 1).

fig-1_001Sur des mausolées chrétiens étaient représentés, notamment, l’arrestation de Pierre, celle de Jésus, le sacrifice d’Isaac, le jugement de Pilate. Des mosaïques d’origine païenne avaient été transformées pour figurer des symboles chrétiens. L’une des plus belles, bien qu’endommagée lors des fouilles, est celle d’Hélios sur son char, qui a été transformé en Christ (fig. 2).

fig-2Le saccage de tant de monuments funéraires lors de la construction de la basilique confirmait que l’emplacement de celle-ci n’avait pas été choisi au hasard.

            Gaius, prêtre vivant au III° s, avait dans une lettre adressée au montaniste Proclus, rapportée par Eusèbe de Césarée, évoqué la présence d’un trophée des fondateurs de l’Eglise au Vatican : “Mais moi, je peux te montrer le trophée des apôtres. Car que tu ailles au Vatican ou que tu suives la voie d’Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui fondèrent l’Eglise de Rome”. Le mot “tropaion” faisant référence à un monument funéraire.

            A l’époque de la basilique constantinienne, les pèlerins pouvaient s’approcher de la tombe par un escalier situé dans le choeur de l’église pour se recueillir ; il était possible aussi de jeter sur cette tombe un morceau d’étoffe (appelé brandeum) qu’ils emportaient ensuite (pratique de la relique de contact). Certains pèlerins jetaient aussi des pièces de monnaie (les fouilles ont permis d’en retrouver près de 2 000). Depuis la construction de l’actuelle basilique, achevée en 1626, le monument n’était plus visible. Plus tard, aucun pape n’avait pris la décision d’organiser des fouilles, la crainte de ne rien trouver n’y étant sans doute pas étrangère, tant il est vrai que des recherches archéologiques constituent, pour toute religion, une épreuve.

LES FOUILLES DU XXe SIECLE

            Pie XI décéda le 10 février 1939. En préparation de la cérémonie des obsèques, dirigée par le cardinal Pacelli, alors camerlingue durant la vacance du saint siège, l’espace prévu pour recevoir la tombe du pape fut agrandi, et un sondage fit apparaître une chambre remplie de gravats. Devenu pape quelques jours après sous le nom de Pie XII, le 2 mars 1939, l’intéressé décida aussitôt d’une campagne de fouilles, qui débutèrent le 28 juin 1939, le jour de la vigile de Saint Pierre et Saint Paul. Celles-ci eurent lieu dans des conditions très difficiles, en pleine guerre ; il fallait garder un secret absolu, tant par crainte des autorités Allemandes qui pourraient convoiter tout ce qui serait trouvé dans le sous-sol de la basilique, que des révélations intempestives dans la presse. Les fouilles furent dirigées par Mgr Ludwig Kaas (1881-1952), économe et secrétaire de la fabrique de la basilique Saint Pierre (institution créée sous Jules II et qui est chargée de la conservation et de l’entretien de la basilique), qui n’était pas archéologue, et furent exécutées par le personnel du Vatican qui n’avait pas non plus de qualifications en la matière. Sans doute d’irrémédiables dégradations aux tombes païennes qui se trouvaient sur le site en ont résulté, même si, à ce jour, subsistent un certain nombre d’entre elles, souvent admirables. Intervinrent toutefois deux fouilleurs de la Commission d’archéologie sacrée. Les fouilles avaient lieu la nuit, alors que la basilique était déserte. Il fallait en outre ne pas compromettre la solidité de l’énorme baldaquin en bronze du Bernin situé au-dessus de l’autel papal. Pie XII, qui était très intéressé par l’archéologie chrétienne et avait en son temps suivi les cours du P. Duchesne, au palais Farnèse, suivit de près tous ces travaux et demanda à être régulièrement informé de leur avancement.

            En premier lieu il fut décidé d’abaisser le pavement des grottes vaticanes, situées sous la basilique actuelle, ce qui permit de découvrir un espace vide ; en dessous on trouva la nécropole dont il a été fait état supra. Ensuite les ouvriers enlevèrent une tombe en mauvais état et ne tardèrent pas à retrouver des symboles chrétiens, des chrismes, et aussi des peintures représentant Jonas et la baleine, thème très fréquent dans les catacombes de la voie appienne. Tout cela ne faisait que confirmer la présence de nombreuses tombes chrétiennes ; même si on peut imaginer que certains chrétiens avaient préféré être inhumés près de leurs ancêtres païens, au Vatican, plutôt qu’aux catacombes, il apparaissait que l’idée d’être enterré à proximité d’un lieu sacré était prégnante. Les ouvriers creusèrent ensuite deux galeries dont l’une partait de la chapelle clémentine (ainsi nommée du fait du pape Clément VIII qui la fit construire), située juste derrière la niche des palliums, laquelle est décorée par une mosaïque du IX° s (fig. 3).

fig-3Lorsqu’ils parvinrent à proximité du monument situé sous l’autel, ils trouvèrent de nombreuses tombes d’époques diverses, dont certaines antérieures à la seconde moitié du II°s. Le tombeau en bronze, cité par le Liber Pontificalis, n’a pas été retrouvé.

            En 1952, une épigraphiste, Margherita Guarducci, fut chargée d’étudier les graffiti qui se trouvaient sur le site, et fut reçue à plusieurs reprises par Pie XII pour lui faire part de ses découvertes. Ce dernier annonça à Noël 1950 que la tombe pétrinienne avait été retrouvée.

            Les fouilles ont permis de reconstituer le processus complexe d’édification du monument. Saint Pierre est mort martyr, comme il l’est annoncé dans l’Evangile selon Saint Jean et aussi par Saint Clément, au cirque du Vatican, vraisemblablement en 64, au mois de juillet, époque des grandes persécutions contre les chrétiens rapportées par Tacite. Ce cirque, construit par Caligula et achevé sous Néron, se trouvait à quelques mètres à gauche de l’actuelle basilique, et non pas à l’emplacement de celle-ci (fig. 4 et 4bis).

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fig-4-detailBien que les fouilles de 1939-1949 n’aient pas permis d’en retrouver des vestiges, il est acquis qu’il était très proche : une plaque de marbre apposée sur une tombe avoisinante porte le texte du testament d’un certain Popilius Heracla qui fait obligation à ses héritiers de construire un tombeau in Vaticanum ad circum. Des fouilles ultérieures, en 1960, ont mis au jour certains éléments du cirque, d’une longueur de 300 m environ. Au centre de ce cirque, qu’il conviendrait mieux appeler hippodrome, au vu de sa forme en ellipse, se trouvait l’obélisque ramenée d’EGYPTE qui restera sur place jusqu’en 1586, date à laquelle elle sera transportée au centre de la Place Saint PIERRE où elle se trouve à ce jour.

LES DÉCOUVERTES ET L’AUTHENTIFICATION DE LA TOMBE

            Les chrétiens ont été autorisés à récupérer la dépouille de Saint Pierre, selon l’usage repris plus tard au Digeste (compilation de lois de droit romain antique) qui prévoyait la possibilité pour les proches de se voir restituer le corps du défunt, y compris lorsqu’il s’agissait d’un condamné. Cette règle n’a reçu exception qu’afin d’empêcher les survivants d’alimenter leurs croyances auprès de reliques. L’apôtre a été enseveli non loin de là, sur la colline, très simplement, quelques tuiles affrontées étant disposées pour marquer l’emplacement de sa sépulture et la protéger de la pluie. L’arête supérieure de la toiture ainsi créée ne devait être que légèrement cachée par la terre. Ces tuiles n’ont pas été retrouvées. Entre temps, le cirque avait été abandonné, et tant ce dernier que la zone avoisinante étaient devenus une immense nécropole, avec une prédominance de tombes païennes. Puis un monument plus complexe fut édifié sur la tombe de l’apôtre, le fameux trophée de Gaius dont il a été fait état plus haut, constitué de deux colonnettes en marbre surmontées d’une plaque en travertin, deux niches se trouvant disposées dans le sol et au fait du monument (fig. 5).

fig-5_001Il ne s’agit pas d’un autel, mais d’un monument funéraire surmontant une tombe, comme on peut en voir notamment sur la voie d’Ostie. L’une de ces colonnes, celle du côté Nord, s’est malheureusement brisée lors des fouilles ; l’autre est à ce jour parfaitement visible bien qu’incorporée dans la maçonnerie (fig. 6).

fig-6_001Un chemin en pente, un clivus, a été installé à proximité ; des briques estampillées sous Marc Aurèle ont permis de le dater de la seconde moitié du II°s. Un graffito chrétien a été retrouvé sur un mausolée, qui est de toute évidence antérieur au mur dont il sera parlé plus loin vu que celui-ci a barré l’accès. Un autre mausolée porte la mention Petrus roga pro sanctis hominibus chrestani ad corpus tuum sepultis (« Pierre, prie pour les saints hommes chrétiens ensevelis près de ton corps »). Un autre graffito, incomplet, indique : « Pierre là dedans ».

            Puis un mur de plus de deux mètres de hauteur fut édifié derrière le monument ; il a été appelé mur rouge à cause de la couleur de son badigeonnage (fig. 7).

fig-7La technique de construction de ce mur est très différente de celle de l’époque constantinienne ce qui démontre qu’il est nettement plus ancien que la première basilique. Il délimitait un passage en pente, un clivus, lequel était traversé de part en part par un égout destiné aux eaux pluviales, le site étant alors à ciel ouvert. Des travaux importants avaient été réalisés sous le pape Damase en vue d’assécher le terrain. Les fondations du mur rouge furent entaillées pour loger une niche souterraine, ce qui démontre une volonté de ne pas abîmer la tombe située au-dessous, alors même qu’en d’autres endroits, les bâtisseurs n’avaient pas craint d’endommager les tombes avoisinantes. Une niche était aménagée dans le sol, sous la plaque de travertin ; elle a été recouverte d’une plaque mobile, disposée de biais contre toute logique mais manifestement pour recouvrir un espace déterminé, bordée de rainures qui ont pu être retrouvées lors des fouilles, et délimitée par deux murets de faible hauteur. Au bout de quelques années, le mur rouge s’est fendu à son côté Nord (soit à droite du monument), et un mur en briques a été construit pour consolider le monument, perpendiculairement au mur rouge, sans lui être joint ; ledit mur a été appelé mur G à cause des nombreux graffiti qu’il porte (fig. 8).

fig-8Ceux-ci ont été nécessairement inscrits à une époque où les lieux étaient ouverts à tous les vents, soit antérieurement à la construction de la basilique constantinienne (IV° s). Margherita Guarducci a mis en évidence la nature chrétienne de ces graffiti, et surtout de nombreuses références à l’apôtre. ϖ α : dernière et première lettres de l’alphabet, qui symbolisent une fin qui est un commencement : la fin de la vie terrestre marque le début de la vie éternelle. P ou PE pour Pierre, dans certains cas ces deux lettres ont été superposées afin de figurer une clé qui est le symbole habituel de cet apôtre. Petros enim (« Pierre est ici ») ; Hoc vinces (référence à la vision de Constantin lors de la bataille du pont Milvius en 312).

            Plus tard, au III°s, des plaques de marbre blanc ont été disposées sur une partie du mur rouge et entre les colonnettes. Puis on a complété le revêtement par des plaques de marbre gris. Enfin, le champ d’espace sur lequel se trouvait le monument, appelé “champ P” (fig. 9), a été couvert de mosaïques (dont seuls quelques fragments ont subsisté).

fig-9_001            A l’époque de la basilique constantinienne, laquelle a été utilisée pendant plus de 1 000 ans, les pèlerins pouvaient approcher de la tombe de Saint Pierre, après avoir ouvert deux portes qui en défendaient l’accès. Lorsque la partie Ouest de l’ancienne basilique fut détruite au XVI°s, Bramante entoura la confession d’un petit temple, qui fut ensuite abattu bien plus tard. Ensuite plusieurs autels pontificaux furent disposés au dessus, un premier autel sous Saint Grégoire le Grand (590-604), puis celui de Léon IV au IX° s, celui de Calliste II au XIII° s, celui de Clément VIII au XVI°s, et l’actuel.

            Il a ainsi été démontré que cette tombe est bien celle de Saint Pierre, cette tombe étant située exactement là où elle était censée être, c’est à dire sous l’autel papal. Mais quid du corps de l’apôtre ?

LE CORPS DE SAINT PIERRE

            Après bien des controverses, il est désormais admis que la dépouille de Saint Pierre a été transférée aux catacombes de Saint Sébastien, sur la voie appienne, en 258, ainsi que celle de Saint Paul, par crainte des profanations. Cette époque est celle des persécutions de Valérien, sous les consulats de Lucianus Tuscus et de Licinius Bassus. L’empereur avait même à cette époque confisqué des cimetières aux chrétiens. La Passion de Saint Sébastien mentionne d’ailleurs que Saint Pierre a été inhumé ad catacombas, près des restes des apôtres. Un culte de Saint Pierre et Saint Paul en ce lieu est attesté. Dans ces catacombes, sur les murs d’une triclia (salle où se pratiquait le refrigerium, repas pris auprès des défunts) figurent d’ailleurs de nombreux graffiti, en diverses langues, notamment en araméen, attestant de la présence de la dépouille de l’apôtre : “Pierre est ici” “Pierre prie pour Victor” (fig. 10).

fig-10Le poème du pape Damase (305-384) le confirme : Hic habitasse prius cognoscere debes nomina quisque Petri pariter Paulique requiris…. Le P. Duchesne a démontré que le mot habitasse ne doit pas être entendu comme “ont habité” au sens propre, mais dans un sens dérivé qui désigne l’habitation des morts. C’est en 336, après la Pax romana, que la dépouille de Saint Pierre serait retournée au Vatican, et pas avant cette année vu que la Depositio martyrum (calendrier des fêtes de l’Eglise romaine) de 335 indique qu’elle se trouvait encore aux catacombes.

            Lors des fouilles, on n’a trouvé que quelques ossements épars sous le trophée de Gaius, qui appartenaient de toute évidence à plusieurs individus. Ont été retrouvés également des os de volailles, attestant de la pratique païenne que les chrétiens ont conservée quelque temps, qui consistait à donner de la nourriture aux défunts. Mais on ne trouva pas, dans cette tombe, un squelette entier. Le mur G comportait une cachette, dans une ouverture pratiquée au ciseau, tapissée de plaques de marbre, de 72 cm sur 29 cm pour une hauteur de 31,50 cm. Durant des années, une petite caisse en bois qui contenait tout ce qui avait été trouvée dans cette cachette, ainsi qu’une note manuscrite l’indiquait, fut entreposée dans les locaux de la fabrique de Saint Pierre. Personne n’y prit garde, jusqu’à ce Margherita Guarducci s’en inquiète, après le décès de Mgr Kaas. Elle contenait de la terre, divers détritus, une plaquette de plomb, des pièces de monnaie qui étaient tombées dans la cachette lorsque des pèlerins les avaient jetées sur le monument, des morceaux de crépi rouge, des éclats de marbre, des ossements de couleur blanche (qui pouvaient facilement se confondre avec des morceaux de mortier), ainsi que restes de fils d’or et de pourpre, ce qui démontrait que la dépouille était celle d’un personnage important. Les restes humains ont été analysés par une équipe médicale, et notamment par le professeur Venerando Correnti, en 1956 ; il s’agit des os d’un seul individu, un homme âgé de 60 ans environ, atteint d’arthrose, dont la tête et les pieds sont manquants (fig. 11).

fig-11_001Certains os portaient des traces de couleur ce qui démontre que ce sont eux – et non pas le cadavre – qui ont été enveloppés dans un tissu coloré. Le corps avait été probablement inhumé en pleine terre. Ces constatations plaident pour une authentification des os de Saint Pierre, vu qu’une tradition (v. notamment les Actes de Pierre, fin II°s, et Origène) précise qu’il avait été crucifié la tête en bas, ce qui laisse à penser que les pieds étaient restés cloués sur la croix (à moins que la tombe n’ait été coupée avant qu’on ne l’enlève ?), alors que le crâne de l’apôtre se trouve dans un ciborium gothique situé au-dessus de l’autel de la basilique Saint Jean de Latran, depuis le VII°s. Nous n’aurons pas la certitude qu’il s’agit bien des os de Saint Pierre mais il existe une forte probabilité. Actuellement ces ossements se trouvent dans une boîte en plexiglas disposée sur le mur G. Une partie a toutefois été prélevée et placée dans un reliquaire, sur ordre de Paul VI. Il revint à ce dernier d’annoncer publiquement que les reliques avaient été retrouvées, le 26 juin 1968.

Statue de Saint Pierre, par Arnolfo di Cambio, dans la basilique Saint Pierre (fig. 12)

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Bibliographie :

Esplorazioni sotto la confessione di san Pietro. Appolonj, GHETTI, Antonio FERRUA, Enrico JOSI et Engelbert KIRSCHBAUM (1951)
Une tombe sur colline vaticane. Colette BAVOILLOT-LAUSSADE (édition Fayard, 1995)
Les fouilles de Saint pierre et la tradition. Jérôme CARCOPINO (édition Albin Michel, 1953)
Saint Pierre retrouvé. Margherita GUARDUCCI (édition Saint Paul, 1974)
Les fouilles de Saint Pierre de Rome. Engelbert KIRSCHBAUM (édition Plon, 1957)
Liber pontificalis (traduction française par Michel AUBRUN, édition BREPOLS)
Les catacombes chrétiennes de Rome. Vincenzo FIOCCHI, Fabrizio BISCONTI, Danilo MAZZOLENI (édition Schnell & Steiner, 1999).
Manuel d’archéologie chrétienne depuis les origines jusqu’au VIII° s. Henri LECLERCQ (édition Letouzey & Ané, 1907).
Guide de la nécropole vaticane. Michele BASSO (Fabbrica di S. Pietro in VATICANO, 1986).
Vatican, la nécropole et le tombeau de Saint Pierre. Paolo LIVERANI, Giandomenico SPINOLA (Liberia editrice vaticane, 2010).

Pour visiter :

Il est possible de visiter le site, en réservant environ deux mois à l’avance sur le site Ufficio Scavi Fabbrica di San Pietro (http://www.vatican.va/various/basiliche/necropoli/scavi_english.html)

Le parcours débute à gauche de la basilique, non loin de l’arc des cloches ; après quelques explications et une vue d’une maquette, l’on descend dans la nécropole, en traversant de part en part les contreforts disposés par Constantin pour stabiliser le terrain. De magnifiques mausolées, chrétiens ou païens, peuvent être admirés. Enfin les visiteurs arrivent derrière le mur rouge, et peuvent apercevoir ce qui reste du trophée de Gaius, le mur G, et les os de Saint Pierre disposés dans une boîte.

4 thoughts on “Le tombeau de Saint Pierre à Rome : le point

  • 14 octobre 2016 at 10 h 02 min
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    Merci à Monsieur Raphael Trarieux pour ce magnifique article, précis et extrêmement instructif.

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  • 15 octobre 2016 at 2 h 48 min
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    Cet article fortifie l’historicité de notre Foi. Merci à son auteur et à eecho.

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  • 18 octobre 2016 at 20 h 52 min
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    j’y suis allée il y a de nombreuses années. `Nous avions à l’époque demandé aux gardes suisses l’Uffizio scavi, nous y sommes allés et devions mentionner les langues que l’on comprenait et quand ils avaient un groupe dans une des langues mentionnées, nous avons reçu l’invitation de nous y joindre, mon mari et moi, On arrive en effet près des reliques comme indiqué à la fin de l’article et on nous a expliqué aussi qu’elles étaient enveloppées de fils d’or. Ce fut une expérience vraiment inoubliable!!! on se trouve là vraiment tout près des reliques de St Pierre et en dessous de l’autel de la basilique St Pierre. J’en suis encore émue …!
    Régine

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  • 25 octobre 2016 at 15 h 30 min
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    Un article en tous points remarquable ! Avec une telle mine d’informations précises et incontestables, comment pourrait-on encore douter de l’importance et de la véracité de la tradition chrétienne ? Bravo Monsieur Trarieux !

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