La catéchèse au Moyen-Orient: 18-20 sept 2014

La catéchèse au Moyen-Orient, enjeux et défis :
Colloque tenu à Kaslik du 18 au 20 septembre 2014

Le P. Peter Madros a été le rapporteur de ce colloque, dont voici l’essentiel des deux comte-rendus qu’il a donnés :

 Introduction du colloque par le R.P.  Nadra O.L.M.

Le P. Claude Nadra, président du Conseil catéchétique catholique pour le Moyen-Orient, situe le Colloque dans son cadre ecclésial, pastoral et géopolitique. Celui-ci a été convoqué, inspiré par le Synode des Evêques pour le Moyen-Orient (octobre 2010), l’Exhortation apostolique de S.S. Benoît XVI , donnée d’ailleurs au Liban, et la Lettre de S.S. le pape François « La joie de l’Evangile », dans le contexte des défis et des dangers qui menacent parfois l’existence ou la survie même des chrétiens, par exemple en Irak, en Syrie, dans la Bande de Gaza, en Egypte (jusqu’à récemment)…

Il relève un phénomène inquiétant : dans les manuels scolaires et universitaires d’histoire, dans la plupart des pays arabes, sauf le Liban, toute l’histoire du Christ et du Christianisme des sept premiers siècles est carrément supprimée. Ses manuels sautent à pieds joints de « l’Antiquité » préchrétienne au septième siècle après Jésus-Christ. Il s’agit d’un  génocide idéologique que nous n’avons pas le droit de tolérer parce qu’il est contraire aussi à la vérité historique. Nous devons avoir le courage de souligner à nos compatriotes musulmans, dans les divers ministères de l’éducation nationale, que non seulement nous sommes les premiers citoyens de nos pays (n’en déplaisent à certains !), mais aussi et surtout que « l’histoire n’est pas religion » et que « la religion n’est pas l’histoire ». Partant, ils ne devraient avoir aucune peur, pour leur foi islamique, de l’histoire de notre passé et de nos cultures qui ont précédé l’Islam.

Les résultats néfastes de cette suppression systématique des racines chrétiennes historiques de nos pays ne se font pas attendre. Pour beaucoup de nos « chrétiens », qui ne lisent rien d’autre que les manuels académiques (un petit 85 pour cent !), le déracinement et le manque d’appartenance suivent logiquement : pour eux, « ces » pays étaient païens (cananéens, phéniciens, babyloniens, assyriens, égyptiens…) et sont devenus musulmans. Donc, aucune place pour nous.

Le programme académique palestinien se signale par une attitude encore plus « négationniste » : pour s’assurer de ne pas mentionner le Christ lui-même (pourtant reconnu et vénéré par le monde musulman), les manuels d’histoire scolaire ignorent souverainement l’empire romain auquel ils dédient magnanimement un seul paragraphe (p. 64 dans le manuel de la cinquième élémentaire). Ainsi, le total des périodes supprimées monte à sept siècles et demi avant le Christ (né probablement en l’an 747 a.U.C. de la fondation de Rome) jusqu’en l’an 570 A.D. : en somme, plus de treize siècles, ou, pour plus de précision, 1317 ans.

Dans l’Introduction de l’ « Instrumentum laboris » du Synode pour les chrétiens du Moyen-Orient, le Saint-Siège prônait l’étude approfondie de l’histoire de l’Eglise en général et celle de chacun de nos pays en particulier.

Le P. Nadra signale aussi que la plupart des manuels d’Histoire dans l’écrasante majorité des pays arabes sont antichrétiens et anticatholiques ne présentant que les aspects négatifs de l’histoire humaine de l’Eglise d’Occident surtout au Moyen Age. Pour nous, certes, il ne s’agit pas de défendre l’indéfendable ni de justifier l’injustifiable. Nous reconnaissons les torts. Mais nous avons aussi le droit et le devoir de relever les belles réalités, de charité et de sainteté, dans les différentes périodes de l’Eglise.

Les autres interventions : remarques et recommandations

L’évangélisation dans le contexte européen, surtout occidental : le sujet nous intéresse en Orient aussi à cause de la globalisation, de l’osmose des idées et l’infiltration de mentalités et de comportements occidentaux chez nous, dus au progrès technologique occidental et, avouons-le, à un petit complexe d’infériorité dont nous souffrons parfois. Deux proverbes populaires, du moins en Palestine, se contredisent à propos de l’Occident : l’un déclare « frandji brindji », « occidental, splendide », « occidental –« chouette » ! » et l’autre proclame laconiquement : « Rien ne vient de l’Occident qui nous réjouisse le cœur » ! Notre société islamique nous associe souvent, à tort, bien sûr, au « colonisateur occidental impérialiste et sioniste ». Une telle association constitue un prétexte supplémentaire pour des agressions parfois mortelles contre les chrétiens.

L’évangélisation dans le contexte du Moyen- Orient, surtout les défis : d’une façon aussi académique que réaliste, il s’est agi des défis que nous ne saurions ignorer, en particulier ceux du matérialisme (qui est un athéisme pratique), de nouvelles dénominations d’origine protestante qui font du prosélytisme , en exploitant la pauvreté, l’ignorance ou la cupidité de certains de nos chrétiens, et celui de l’Islam. La solution et la survie résident dans la prière, l’approfondissement des idées plutôt que dans des positions politiques et encore moins militaires ou militantes !

Concrètement, le catéchiste doit être capable, non de lancer apodictiquement des déclarations que personne n’a le droit de contester ou de discuter, mais plutôt d’échanger les points de vue afin de pouvoir « informer, enseigner, former, réfuter et rectifier » (selon 2 Tim 3, 16), en « défendant la raison de l’espérance qui est dans nos cœurs, avec douceur et dignité » ( 1 P 3, 15 s).

Ensuite le sujet du « dialogue christiano -islamique » a été brièvement traité. Il est très délicat et fort difficile d’exposer « les autres religions » à cause du double écueil : soit d’une excessive bienveillance et présentation idyllique lointaine de la vérité, soit celui de l’agression et de la critique. Les « religions comparées » constituent un terrain miné si nous ne donnons pas une connaissance profonde du Christianisme. Nous risquons indirectement, par excès d’ « ouverture » et de « bienveillance » peu objectives et pas assez nuancées ni équilibrées, d’inviter nos catéchisés à embrasser les autres religions !

P.S.: Récemment, un Religieux invitait unilatéralement et avec ardeur ses étudiants universitaires chrétiens à lire le Coran pour « en apprécier la sainteté », ignorant que ses étudiants musulmans ne savaient absolument rien, ou du moins rien de juste, sur l’Evangile (contrairement aux pauvres étudiants chrétiens qui pendant tout le curriculum jordanien et palestinien, même dans nos écoles, ont dû apprendre, voire par cœur, des textes coraniques, dans les classes de langue arabe).

Le dialogue entre un prêtre , un rabbin et un imam peuvent se passer très bien. Le dialogue, les « religions comparées » exposées avec plus ou moins de sympathie et de passion à de jeunes gens, sans les dues nuances et clarifications, peuvent comporter beaucoup de pièges et d’inconvénients, sans parler de la confusion et de la facilité des « mariages mixtes ». 

Défis et perspectives : la nécessité de tenir compte de la psychologie des catéchisés. L’expérience ouvre beaucoup d’horizons et l’imagination catéchétique dans la sollicitude pastorale crée toujours de nouvelles approches et méthodes.

Les contextes de la catéchèse

Catéchèse et action sociale : sans l’amour, la charité, la foi est vide ( 1 Cor 13). Eduquer à l’amour, au partage, car « il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ».

Il n’y a pas de justice sur cette terre ! Pour saint Thomas d’Aquin, ce fait, le manque de justice et d’égalité ici-bas, qui crève les yeux, constitue l’une des trois fondements « raisonnables » (avant d’ouvrir la Bible) pour prouver l’existence de l’au-delà, de la vie outre-tombe. Les deux autres sont : le désir naturel inné d’immortalité et l’unanimité de tous les peuples dans tous les temps et les lieux sur une vie après la mort.

L’icône dans la catéchèse : Jésus lui-même est l’Icône, « l’image » du Dieu invisible » (Col 1, 15 a). Dans un milieu judéo-musulman-protestant nous avons tout intérêt à – et tout droit de- démontrer à nos catéchisés que nos images sacrées et nos statues ne sont pas les idoles interdites par Ex 20, 4 mais des illustrations visuelles de l’objet de notre foi et de notre amour pieux.  

Notre catéchèse doit être trinitaire. Encore nous faut-il mieux expliquer ce dogme surtout dans notre milieu judéo-islamique. Elle doit être aussi mystagogique, i.e. mener aux Sacrements et y préparer les fidèles, comme le faisait devant le Saint Sépulcre   Cyrille de Jérusalem (+386).

La catéchèse œcuménique : le Patriarche grec orthodoxe précédent d’Antioche, Hazim, répétait que les chrétiens ne pouvaient pas être unis s’ils n’avaient pas la même foi. De leur côté, les Patriarches Catholiques du Moyen-Orient, dans la première de leurs lettres générales, avaient bien déclaré , à propos des Fidèles chrétiens , sans distinction, du Moyen-Orient : «  Ou bien nous serons ensemble ou bien nous ne serons plus » ! Plus que jamais, c’est une question de vie ou de mort.

Le « catéchisme œcuménique » présente beaucoup d’avantages mais aussi certains inconvénients, par exemple (en Palestine) l’absence absolue des dogmes et des caractéristiques catholiques. En principe, il faut que les catéchistes les ajoutent dans nos paroisses et nos écoles. Le font-ils (elles), surtout s’ils sont orthodoxes ou protestants ?

En Palestine et en Jordanie, approximativement le 80 pour cent de la catéchèse se fait dans nos écoles. Il serait fort téméraire et peu apostolique de les supprimer tout simplement. Le Patriarcat Latin, par exemple, voit l’avantage inestimable d’avoir chez nous non seulement nos enfants, cinq jours par semaine, pour les éduquer, les informer et les former, mais aussi des enfants non catholiques et non chrétiens qui préfèrent, à juste titre, nos écoles pour leurs qualités spirituelles, morales, culturelles et humaines. S.B. Mgr Jacques Beltritti le disait : « Même si nos écoles nous coûtent de grands sacrifices et nous procurent de gros soucis financiers, nous les maintenons comme une indispensable priorité ». Notre Patriarche actuel, S.B. Mgr Fouad Twal constate : « Nous sommes tous : patriarches, évêques, prêtres, religieuses et laïcs engagés, tous nous sommes les enfants de nos écoles ». L’école ne remplace ni la famille ni la paroisse, loin de là : elle est à leur service.

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