Edito du bulletin 7 – la souffrance des chrétiens persécutés…

À propos de parutions récentes :

La souffrance des chrétiens persécutés mérite-elle une place particulière dans la conscience humaine ?

En de très nombreux lieux de par le monde, les chrétiens sont pris à parti et attaqués pour le seul fait qu’ils sont chrétiens. Ces faits massifs ne sont pas reflétés dans les médias nationaux. Nos médias d’Eglise ne les ignorent pas aussi systématiquement mais les diluent quelquefois dans une rhétorique « droits-de-l’hommiste », du genre : il y a dans le monde des gens qui souffrent à cause de ce qu’ils disent, et parmi eux des chrétiens. Ou alors, on invoque le hasard : dans tous les grands bouleversements et catastrophes, il y a des victimes, on n’y peut rien, c’est la mondialisation etc. Ou encore : s’il y a des « tensions religieuses », c’est à cause des évangéliques qui annoncent l’Evangile et entravent donc la marche vers la grande concorde mondiale « des religions ». On sait qui développe de telles idées.

Or, ce que subissent les chrétiens en divers lieux ou milieux, ils le subissent même s’ils ne disent rien et hors de toute question culturelle, nationale ou ethnique. Et, bien sûr, non parce qu’ils font le mal ou parce qu’ils promouvraient des idéologies de guerre, de domination ou de haine. Ceux dont on parle vivent cette recommandation de Jésus à Pierre : « Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée » (Mt 26,52). C’est pour le bien qu’ils font qu’ils sont persécutés – ce qui est le cas également d’autres hommes qui s’inscrivent dans la même ligne –; et surtout parce qu’ils ont la foi chrétienne. Et ceci leur est spécifique. Dans la volonté de les éliminer parce que chrétiens, c’est la foi qui est visée. Cette situation n’est réellement comparable à aucune autre. Ainsi, les souffrances des chrétiens persécutés à cause de leur foi ont une signification unique.

Sauf dans l’imaginaire musulman où cela est dit de Mahomet et de ses compagnons avant qu’ils aient quitté La Mecque, il n’y a jamais eu de musulmans qui aient été « persécutés » parce qu’ils avaient de pieuses pensées : quand ils ont été combattus, ce fut toujours dans le cadre des oppositions suscitées par l’imposition de leur Coran, même si eux-mêmes n’en étaient pas responsables personnellement. Il n’en reste pas moins vrai qu’être membre de « l’Umma » musulmane, c’est partager une vision de « foi » qui, dans son contenu et par l’histoire, peut conditionner à tuer ou à s’entretuer. Une telle intention est trop contraire au sens humain pour ne pas être marginale, mais la « Parole de Dieu » coranique est là : “Dieu aime ceux qui vont jusqu’à tuer pour Lui” (sourate 61,4 – littéralement : sur Son chemin) et : “Ce n’est pas vous qui les avez tués [les infidèles], c’est Dieu qui les a tués” (sourate 8,17). Le Dieu de l’islam assume en effet les meurtres commis en Son nom (voir aussi sourate 9,30 – ce sont les juifs qui sont visés là – ainsi que 5,33 ; 2,244 ; 9,14.74.111 ; 49,29 ; 60,7).

Aujourd’hui, le Pakistan s’enlise dans des carnages entre musulmans qui endeuillent la vallée de la Swat et le nord-ouest du pays. De telles guerres internes n’ont rien de très nouveau : il n’a pas fallu vingt-cinq ans après la mort de Mahomet pour que les adeptes de l’islam commencent à s’entretuer à grande échelle (et il y avait déjà eu pas mal d’assassinats auparavant, dont ceux des Califes ?Umar et ?Uthmân). Comment cela est-il possible ? L’islâm, qui signifie soumission, fait appel aux ressorts religieux les plus profonds, en particulier à l’amour de Dieu. C’est de cette « vertu de religion », présente au fond de tout homme, que parlait Benoît XVI dans son discours du 9 mai à la mosquée Al-Hussein d’Amman, en évoquant « l’adhésion authentique à la religion », dont « la manipulation idéologique… est le véritable catalyseur des tensions et des divisions » ; l’allusion à l’islam n’est pas dans le mot de religion mais bien dans celui de manipulation. Son discours, très clair, se situe dans la suite de celui de Ratisbonne, et c’est un contresens que de conclure que le Pape a « reconnu l’islam comme une religion de paix » (La Croix, 11 mai, p.5). La manipulation est dans la transformation de la religion en soumission : peut-on faire mieux en effet pour mettre la psychologie religieuse au service de projets de domination ? « L’Islam » n’a pas inventé cette manipulation – elle s’était structurée des siècles auparavant déjà –; mais il en est un héritier majeur. Dans l’histoire, si certains petits groupes de chrétiens ont pu être contaminés par de tels procédés, il s’est toujours agi de déviations marginales qu’on ne peut utiliser honnêtement pour justifier la persécution, à supposer qu’elle ait besoin de prétextes. Car les thèmes suscitant le plus efficacement la haine sont généralement ceux qui sont intégralement inventés, présentant les chrétiens comme des menaces dont « on » serait victime. Dans ce savoir-faire, la propagande islamique et Dan Brown se rejoignent. La raison de fond de ces persécutions (qui vont jusqu’aux génocides) est toujours la foi spirituelle des chrétiens ; c’est bien cette foi-là qu’on cherche à détruire.

Aussi, les persécutions des chrétiens et les souffrances qui en découlent ne sont pas réellement comparables à d’autres (hormis à celles des juifs qui témoignent de la première Alliance sans qu’il s’y mêle autre chose). L’existence même de la foi et des chrétiens est en danger : il faut que ce soit quelquun qui se présente comme un athée, Raphaël Delpard, cinéaste de renom, qui le mette en lumière à la face du monde et des responsables d’Eglises ! Nos communautés manquent de prophètes aujourd’hui ; mais, dit Jésus, « si les disciples se taisent, les pierres crieront» (Luc 19,40).

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7 thoughts on “Edito du bulletin 7 – la souffrance des chrétiens persécutés…

  • 15 mai 2009 at 12 h 53 min
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    Merci pour cet article qui m’a forcé à me renseigner sur le livre de M. Delpard. Un point reste obscur pour moi :
    « Ou encore : s’il y a des « tensions religieuses », c’est à cause des évangéliques qui annoncent l’Evangile et entravent donc la marche vers la concorde mondiale « des religions ». On sait qui développe de telles idées. »
    J’avoue que je ne sais pas « qui » développe ces idées…
    quelqu’un aurait-il l’amabilité de détailler?

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  • 17 mai 2009 at 19 h 43 min
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    Il est assez fréquent d’entendre critiquer l’évangélisation sous le mot (d’ailleurs faussement caricatural) de prosélytisme, sans qu’il soit nécessaire de préciser davantage.
    Dans un monde où la manipulation par la publicité commence dès l’enfance, cette critique paraît particulièrement absurde. L’Evangile libère-t-il ou non ?

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  • 31 mai 2009 at 9 h 20 min
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    N’oublions pas toutefois que l’islam est également prosélyte , cela s’appelle la da3wa, c’est peut-être un peu court de critiquer l’enthousiasme des évangéliques dont je ne partage pas les options.
    L’idée de concorde entre les religions, notamment en ce qui concerne l’islam orthodoxe dans sa perception des autres me laisse sceptique, où vais je trouver la concorde avec quelqu’un qui considère que mes propres références sont « falsifiées », que je suis un « associateur », autrement dit un « polythéiste », et je ne parle même pas de sa perception du judaïsme .
    Témoignons des Evangiles et sans crainte, lo tedhal.

    Témoigner sans crainte vaut mille dialogues faussés.

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  • 1 juin 2009 at 21 h 00 min
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    Le nazisme cherchait d’une manière ou d’une autre à atteindre et effacer le Christianisme à travers la solution finale et la Shoah, de la même manière quand on entend l’expression en cours de l’islam extrêmiste « aujourd’hui samedi (les juifs) demain dimanche(les chrétiens) » c’est quelque chose d’assez semblable que l’on entend, l’annihilation du Christianisme.
    Il y une volonté renouvelée de s’en prendre au socle de l’Alliance qui établit le royaume de la justice (l’Ancien Testament) pour atteindre celle de l’Esprit qui libère en Jésus Christ(le Nouveau Testament).

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  • 24 juillet 2009 at 10 h 06 min
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    On ne peut tout de même pas mettre sur le même plan nazisme et islam!

    Le nazisme, en tant qu’idéologie strictement athée, comporte un degré de nihilisme inconnu de l’islam ou de n’importe quelle autre culture. Avec le nazisme (ou le communisme, et même le matérialisme mercantile), nous atteignons le degré zéro de la morale, qui se dissout dans la subjectivité de « valeurs » insaisissables, irrémédiablement coupées de toute vérité. La loi du plus fort devient la règle absolue.

    Ce n’est pas le cas de l’islam, pour qui Dieu est le plus grand, pour qui il existe (à défaut de loi naturelle) une loi permanente, objective qui les domine et sur laquelle ils n’ont pas de prise : le Coran.

    Bien sûr, des chrétiens ne peuvent qu’être choqués par la présence de la violence politique dès les origines de l’islam. Mais la vertu de religion dont parlait le pape n’appartient en propre qu’à la vraie religion, l’Eglise du Christ. Il ne faut donc pas s’étonner outre mesure.

    Et reconnaissons que, malgré les persécutions parfois considérables, l’islam a su au cours de l’histoire conserver un semblant de modération (fut-ce pour des raisons intéressées). – ce qui n’est pas le cas des athéismes contemporains, qui ne reconnaissent que la logique de la fuite en avant et d’une rationalité confinant à l’absurde.

    D’ailleurs, le terrorisme tel qu’il est pratiqué aujourd’hui a pour origine l’Occident dit sécularisé : nationalistes, anarchistes et nihilistes russes s’en sont donnés à coeur joie!

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  • 18 août 2009 at 13 h 00 min
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    « La vertu de religion dont parlait le pape n’appartient en propre qu’à la vraie religion, l’Eglise du Christ » …
    Non,car il s’agit du désir naturel de voir Dieu .Le Verbe est la Lumière véritable qui éclaire tout homme venant dans le monde…C’est la doctrine catholique, universelle, de Saint Thomas d’Aquin, normative, qui l’enseigne. Le Pape parle de l’homme tout court , non de l’homme aristotélicien qui aurait une soi-disant finalité naturelle ( thèse de Maritain ). Le Pape, en noétique platonicienne et à la suite des Pères ne connaît qu’une division, celle de la Grâce et du péché. Tout les hommes ont cherché Dieu et ce contre les articles du synode de Pistoie qui affirmait que l’homme avait été laissé sans lumière surnaturelle après la chute. Mais sa grâce était inchoativement Christique.

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  • 18 août 2009 at 21 h 07 min
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    Je doute que le pape Benoît XVI ait utilisé le terme « religion » au sens où l’entendait saint Thomas d’Aquin. Pour ce dernier, la « religion » prise dans son sens propre doit être réservée au culte de Dieu. Et pas n’importe quel culte, puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu. Thomas accepte néanmoins un second sens concernant certains actes de charité, dans la mesure où ces actes sont commandés par le culte. (« La vertu qui regarde la fin commande en effet aux vertus qui gouvernent les choses ordonnées à cette fin. » explique-t-il.) Bref, la vertu de religion (puisqu’il s’agit d’une vertu) ordonne l’homme à Dieu dans et par l’exercice du culte.

    Evidemment, je sais bien que saint Thomas d’Aquin a enseigné le « désir naturel de voir Dieu ». Henri de Lubac en a suffisamment parlé. Mais ce désir commun à l’ensemble des hommes n’est pas interchangeable avec la « religion », en tout cas dans le langage patristique et médiéval qui était celui de Thomas.

    J’ai peut-être été maladroit dans ma formulation. Ce que j’ai voulu dire c’est que l’homme qui ne connaît pas la Révélation ou qui la refuse est conduit inévitablement à se méconnaître lui-même, à ignorer la nature de son désir du surnaturel et ce vers quoi il le porte. D’où de graves aberrations, induites par l’ignorance d’un homme travaillé par le péché. L’islam en donne un bel exemple par sa vision erronée de Dieu, et sa conception non moins erronée du devoir des hommes envers Dieu.

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