Session 2021 : l’Hymne des Actes de Thomas, P. Perrier

Au cours de la session d’été 2021, par vidéoconférence, Pierre Perrier nous a partagé l’objet de ses dernières recherches. Elles étaient annoncées en quelque sorte dans les livres parus à la suite du Colloque de Kochi, présentés ici.

Elles se rapportent à ce que l’on a appelé en Occident « l’Hymne de la Perle » – un ensemble de six petits colliers-pendentifs de cinq perles (105 versets), présents seulement dans quatre des 9 manuscrits syriaques des Actes de [Judas] Thomas, et seulement dans un des 21 manuscrits grecs. Il s’agit donc d’un récit inséré. Dans The Acts of Judas Thomas in Context (dir. Joji Kallingal & Maxime K. Yevadian, LRC Publications, Kochi-India, juillet 2020, p.274s), à la suite de Nöldeke, Pierre Perrier fait remarquer de surcroît que cet « Hymne de la Perle » présente un vocabulaire et des tournures typiques de l’araméen de l’Empire parthe au 1er siècle, à la différence du reste du texte dénotant un dialecte syriaque postérieur. Puisque ce court texte est indépendant, il convient de le réétudier pour lui-même (en araméen).

Le contexte événementiel selon P. Perrier
Jusqu’à présent, cet « Hymne » était pris pour une histoire de fils de roi qui devait reprendre la plus merveilleuse des perles à un dragon, bref pour un conte oriental. Mais il comporte au moins 400 allusions bibliques (AT et NT), c’est donc vraiment un texte chrétien ! En retraduisant le texte à partir des versions en syro-araméennes, P. Perrier propose une autre compréhension et signale des interactions significatives entre « l’Hymne » et la 1ère épitre de Pierre : Pierre cite Thomas et Thomas mentionne le contenu de la réponse de Pierre. Et il semble alors que la signification du texte soit la suivante. Au port de Patala qui était la “Sodome de l’Inde”, Thomas est confronté à l’échec de sa mission, parce qu’il a voulu trop s’adapter ; il est découragé. Certains de ses disciples retournés à Jérusalem rapportent la situation aux apôtres qui lui envoient une lettre encourageante.
P. Perrier donne ainsi à ce petit texte plus conforme à un tel contenu : Le Madrasha d’Marganita [de l’apôtre Thomas 41-51, titre de la publication projetée] c’est-à-dire Midrash sur la rivière de perles, cette « rivière » étant l’enseignement déjà fixé, notamment l’évangile de Mt.

Un rappel du contexte chronologique (P.P.)

  • Pâques Ascension Pentecôte : année 30
  • Tentes 30 : Pierre enseigne au Temple sous la colonnade de Salomon ; les 12 ont le droit d’enseigner
  • Dédicace 31 : Les 72 doivent fuir après le martyre de l’un d’entre eux, Etienne
  • Année sabbatique 33-34 : Départ de Jacques frère de Jean vers l’Espagne
  • 37 : Pilate rappelé ; Tibère assassiné ; persécution.
    Départ de tous sauf Jacques le Juste dit « le mineur » et cousin de Jésus
  • 40-41 : Hérode Agrippa installé ; martyre de Jacques frère de Jean de retour d’Espagne
  • 41 : arrestation de Pierre sauvé par un ange ; fuite des apôtres sauf de Jacques le Juste et Marie
    – La mission de Thomas qui est racontée dans la première moitié des Actes de Thomas se situe donc entre 41 et 51 –
  • 48-49 Mise à plat et canonisation de la  Souartha en 4 Evangiles + Actes des Apôtres (Luc)
  • 51 Assomption

Quelques remarques pour finir.
Le texte araméen de ce Midrash fait apparaître une structure en « damier » de 6X5 perles, avec des mots clés-pivots. Une telle structure en damier ou « filet », si propice à la méditation (surtout quand on les connaît par cœur), apparaît clairement dans l’évangile de St Jean et dans l’Apocalypse. En fait, les compositions religieuses du monde araméen (à l’exception du monde syriaque) depuis les textes les plus anciens jusqu’à Isaac de Ninive (VIIe siècle) sont toujours élaborées de cette manière. Ce n’est évidemment pas le cas des trois évangiles synoptiques comme tels, puisque là, c’est le calendrier liturgique qui les structure – ils sont des lectionnaires (Mt sur 8 mois, Mc sur les 4 mois d’été, et Lc avec des traditions complémentaires à apprendre/réciter sur 12 mois) ; mais au niveau de leurs récitatifs sous-jacents, on retrouve cette habitude araméenne (et mésopotamienne).
Voir  eecho.fr/les-evangiles-de-loral-a-lecrit-entretien-avec-pierre-perrier#collier ou eecho.fr/perles-et-recitation-des-evangiles-les-index/.

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3 thoughts on “Session 2021 : l’Hymne des Actes de Thomas, P. Perrier

  • 26 octobre 2021 at 8 h 56 min
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    Bonjour, et merci pour cet article !
    Cet hymne retraduit par Pierre Perrier est-il accessible quelque part ou va-t-il faire l’objet d’une parution ? Merci.

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  • 27 octobre 2021 at 9 h 56 min
    Permalink

    Passionnant, merci, il faudrait la traduction. Par ailleurs, y a-t-il un livre qui démontre que « dans le cas des trois évangiles synoptiques, c’est le calendrier liturgique qui les structure – ils sont des lectionnaires (Mt sur 8 mois, Mc sur les 4 mois d’été, et Lc avec des traditions complémentaires à apprendre/réciter sur 12 mois) » ?

    Car cela est souvent affirmé et je le crois moi-même mais il faudrait une thèse universitaire pour établir ce résultat qui est extraordinaire et qui en outre n’est pas du tout connu du public. Cela apparaît dans des ouvrages de Pierre Perrier et du Père Guigain mais comme des incidentes parmi d’autres considérations et non comme l’objet unique des ouvrages qu’ils décrivent.

    Il existe certes un synopse des passages de l’AT mais cela n’est pas en soi une démonstration. Je crois personnellement à cette thèse qui semble la plus logique mais un travail scientifique, qui pourrait être confié à u jeune thésard ou à une équipe de bénédictins amateurs de travail acharné pourrait populariser utilement cette thèse. Ce n’est pas simplement pour la démontrer scientifiquement, mais c’est aussi pour la faire connaître car c’est très peu connu !

    De plus, sait-on quel calendrier utilisaient les premiers chrétiens ? Celui des juifs probablement mais quand cela a-t-il changé ? Quand les chrétiens ne sont plus référés aux parashas et aux haftaras ? Est-ce à partir de Constantin ? Le Coran est-il lui-même rattachable à ce calendrier de lecture ?

    Car en plus, les juifs avaient deux calendriers semble-t-il : un cycle de lecture liturgique d’un an et un cycle de lecture liturgique de trois ans (en Babylonie et en Palestine).

    Y avait-il des synagogues judéo-chrétiennes se basant sur Marc et Matthieu et à côté des églises pagano-chrétiennes se basant sur Luc ? Mais ces dernières utilisaient-elles aussi un calendrier synagogal ?

    Tout cela mériterait d’être clarifié car c’est très important pour comprendre les débuts du christianisme.

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    • 27 octobre 2021 at 10 h 16 min
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      Les 40 premières pages de Jean, introductives, L’évangile en filet présentent certaines de ces questions.

      Reply

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