Visage de Ste Marie-Madeleine ?

Le 3ème tombeau à la Une : interview de Stéphane Morin, archiviste du diocèse de Fréjus-Toulon (par la revue EFT, Eglise de Fréjus-Toulon, n° 236, p.6-7)

EFT : « L’apôtre des apôtres » sainte Marie-Madeleine a connu récemment un regain d’intérêt de la communauté scientifique. Monsieur l’Archiviste, pouvez-vous nous expliquer en quoi a consisté l’étude confiée par le diocèse au docteur Charlier ?

Abbé Morin : L’intervention de Philippe Charlier à Saint-Maximin s’inscrit dans une démarche plus large d’inventaire des reliques conservées dans le diocèse. Dans ce trésor
insigne, celles de Marie-Madeleine tiennent une place particulière, pour des raisons évidemment spirituelles mais aussi scientifiques. En effet la conservation du chef, de cheveux et même d’éléments de peau (le Noli me tangere) permettait une reconstitution
faciale. Sans ouvrir le reliquaire, le Dr Charlier et Philippe Froesch ont ainsi proposé un visage probable à partir de 400 clichés du crâne vénéré. Celui-ci modélisé en trois dimensions retrouva virtuellement ses tissus organiques jusqu’à offrir le face-à-face saisissant dévoilé le 8 décembre dernier.

EFT : Comment les résultats du docteur Charlier entrent-ils en résonance avec la tradition provençale ?

Abbé Morin : La reconstitution faciale et l’analyse des cheveux renforcent l’expertise du CNRS qui avait conclu en 1974 que ces ossements appartenaient à une femme d’une cinquantaine d’années, de type « méditerranéen gracile ». Ceci concorde avec la tradition selon laquelle Marie-Madeleine, chassée de Judée avec ses compagnons, aurait échoué sur les côtes de Provence avant d’être ensevelie trente ans plus tard à Saint-Maximin.

EFT : Ces reliques ont une histoire mouvementée. Pouvez- vous nous en dire un peu plus ?

Abbé Morin : Elles ont été retrouvées en décembre 1279 dans une crypte comblée de l’église. On découvrit dans le sarcophage un corps entier, moins la mâchoire inférieure et une jambe. Des cheveux entouraient le crâne. Le pape Boniface VIII qui disposait d’une mâchoire supposée de la sainte, l’offrit aux Provençaux lorsqu’il constata qu’elle s’ajustait parfaitement au crâne qu’on lui avait apporté de Saint-Maximin. Sous l’Ancien Régime, les reliques furent périodiquement reconnues. Suite à leur profanation en 1793, un procès-verbal d’authenticité des reliques sauvées de la Révolution fut dressé en 1803. Il mentionne notamment la tête, un os du bras, une partie des cheveux de Marie-Madeleine et le Noli me Tangere, partie de chair desséchée restée attachée au saint crâne jusqu’au XVIIIème. L’actuel reliquaire conservant le chef et le Noli me Tangere date de 1860.  Le troisième Sépulcre de la Chrétienté !

EFT : L’église de Saint-Maximin, qui abrite les principales reliques de Marie-Madeleine, a été érigée récemment au rang de basilique mineure. Pourquoi maintenant ?

Abbé Morin : Depuis bien longtemps, les Provençaux qualifient ce sanctuaire de basilique. La présence de Marie- Madeleine, qui en fait le « 3ème sépulcre de la Chrétienté » y est certainement pour quelque chose mais les démarches auprès de Rome pour une érection officielle n’avaient jamais été faites. L’autorité de la tradition suffisait : elle est aujourd’hui confortée.

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