Parution : Un moine copte au 8e siècle

Frangué, moine d’Egypte,
Une correspondance de terre cuite au VIIIème siècle

Anne Boud’hors, Chantal Heurtel,
Editions Lis et parle – 2016

Pour avoir une petite idée du  christianisme égyptien, on peut évidemment aller lire l’Encyclopédia universalis – ou de gros traités académiques qui disent tout ce qu’il est bon de connaître sur la question. On peut aussi éplucher la collection d’articles spécialisés du site « Persée ».
Mais c’est long et fastidieux.

Il y a une autre approche, beaucoup plus sympathique, c’est d’aller lire un petit livre insolite et d’une érudition inhabituelle, totalement dénuée de prétention ou de cuistrerie  « Frangué, moine d’Egypte ».
Il s’agit de la correspondance sur ostraka d’un moine originaire de Pétémout, dans la région thébaine[1], (la région de Louxor qui correspond à la Thèbes antique)[2].

Là, il semble qu’un beau jour, suite à un drame personnel dont on ne sait pas grand-chose, mais qu’il évoque ici et là, un homme du nom de Frangas, stabilisé ensuite en Frangué, quitte son village de Pétémout, passe sur l’autre rive et se fait moine.
Cela se passait, il y a environ quinze siècles[3]. On est au VIIIème siècle.

Une campagne de fouilles menées entre 1999 et 2005 par des archéologues de l’université de Bruxelles déniche un jour d’anciennes sépultures abandonnées et découvre qu’elles avaient été « recyclées » en cellules de moines. Des moines qui entretenaient une correspondance abondante avec le monde extérieur. Parmi eux, Frangué, une sorte de Mme de Sévigné au fond de l’Egypte, toutes proportions gardées. Or, ce moine égyptien –trait pathologique de méfiance ou besoin de garder une trace ?– conservait une copie de sa correspondance. Correspondance qui a été traduite, ce qui constitue déjà un travail considérable.

Mais mieux encore, elle  nous est présentée  en trois petits chapitres successifs (les relations avec les habitants de son village d’origine, Pétémout ; la correspondance liée à ses besoins spécifiques ; et enfin la correspondance un peu élargie), elle est adroitement commentée, de telle sorte que tout un petit monde surgit dans ce petit livre : le monde de Frangué…
C’est-à-dire tous ceux qui gravitent autour de ce petit moine qui fabrique des ceintures, des scapulaires, réclame toutes sortes de choses nécessaires à son activité – des « poils », du lin, une aiguille, qu’on prie pour lui –, en envoie aussi – un talisman pour une jument –, et vérifie avec beaucoup de souci et parfois d’acrimonie que les denrées ont bien été reçues, se plaint aussi parfois, et n’omet jamais de demander qu’on prie pour le pécheur qu’il est.

On ne saurait trop recommander une lecture qui montre la vie monastique dans ses humbles servitudes quotidiennes, une vie qui témoigne dans l’acte d’écrire des nécessités de la vie courante, de ses multiples sollicitations, parfois de ses urgences, comme de la foi qui enveloppe et soutient la main du copiste.

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[1] Cela explique le sens de « lieu isolé et sauvage », servant de retraite, que le mot a pris en français dans la langue littéraire.

[2] A ne pas confondre avec la Thébaïde, (Θηβαΐδα Thēbaïda), région méridionale de l’Égypte antique qui tient son nom de sa capitale : Thèbes et dont la partie habitée était entourée à l’est et à l’ouest de déserts dans lesquels se retirèrent les premiers ermites et anachorètes chrétiens, comme saint Macairesaint Pacôme, saint Antoine.

[3] C’est-à-dire au Moyen âge, même si l’atmosphère de la vie de Frangué est encore celle de ce qu’on appelle l’ « antiquité ». C’est que le VIIIème siècle a vu la conquête musulmane et Alexandrie a perdu de sa splendeur d’autant, elle n’est plus qu’une ville « provinciale », un port certes, mais elle n’est plus la capitale culturelle et administrative, le creuset de la philosophie grecque et chrétienne. L’islam est passé par là.

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