Parution : Saint Jean, l’évangile à méditer en filet

L’évangile à méditer en filet

 Françoise Breynaert, Jean, l’évangile en filet, Parole et Silence, 3 décembre 2020, 28€, 459 pages.

Une exégèse complète et révolutionnaire… si l’on considère comme révolutionnaire ce que les Chrétiens de l’Eglise araméenne de l’Orient ont toujours dit mais qui, de fait, n’est pas encore entendu les lieux ecclésiaux occidentaux !

Cette étude rend accessible à tous, pas à pas, l’oralité particulièrement riche de l’évangile composé par l’apôtre Jean en araméen à la manière d’un filet, un filet fait pour être médité selon la lecture horizontale habituelle, ou verticale, ou même autre encore : cest le secret encore trop méconnu de sa structure. Ces diverses lectures révèlent des aspects insoupçonnés ou seulement entrevus du mystère du Christ et de l’histoire.

Au début de ce livre d’exégèse, on trouvera une longue introduction présentant la question de l’oralité en général, puis relaltive les trois synoptiques, et enfin propre à l’évangile de Jean.
Les trois étapes de la formation de son évangile sont exposées ensuite : ♦ les récitatifs de témoignage de Jean (en alternance avec Pierre), ♦ une première structure de collier en «filet», ♦ et le «filet» définitif.
Le Prologue, un «shouraya» araméen, introduit aux diverses lectures de l’évangile, tandis que le fameux chapitre 17 dit en forme le
«houtama».

Cette étude s’enracine dans la lignée des recherches françaises du P. Marcel Jousse et de Pierre Perrier, comme le rappelle dans la préface Mgr Thomas Yousif Mirkis, archevêque catholique de Kirkouk et de Sulaimanyah (Irak) :

« Ce livre constitue un cadeau au bon moment. Il nous ramène à l’essentiel de ce qui a fait le fondement du Christianisme : c’est la parole – le récit – qui faisait foi. Ce récit est transmis par une communauté vivante. Et malgré tous les malheurs qui vont se succéder ultérieurement, cette parole va se maintenir. […]
L’analyse que fait Françoise Breynaert est en continuité avec la démarche importante mais balbutiante du début des années 1960 (P. Marcel Jousse), et qui prend force de nos jours, quoiqu’elle soit combattue par certains « spécialistes » académiques. Elle est un peu en dehors des sentiers battus ou même marginale, « sans fondements » aux yeux de certains. Mais pour ceux qui s’y penchent, sans aprioris idéologiques, c’est une découverte de nos traditions syro-chaldéennes, une révélation étonnante qui éveillera certainement toujours plus d’intérêt, encore et encore. »

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Note :

« Jean, l’évangile en filet » apporte une réponse implicite au livre qui est paru juste auparavant chez Albin Michel : Après Jésus, l’invention du christianisme, sous la direction de Roselyne Dupont-Roc et Antoine Guggenheim, 704 pages, 49 €.

Ce gros livre collationne des articles de près de 80 auteurs, dont aucun n’aborde le christianisme hors de l’Empire romain et spécialement dans le monde araméen ; il défend la thèse d’un christianisme se séparant progressivement du « judaïsme » (?) et s’intégrant lentement dans le monde gréco-romain, par l’invention progressive de son identité propre, de son contenu, et de son orthodoxie, « hormis un repas en mémoire de lui, et une prière, le Notre Père » hérités de Jésus, lit-on dans la présentation. Bref, la thèse de la fabrication progressive du christianisme qui ne doit pas grand-chose à Jésus.

Une thèse semblable serait certes valide quant à la fabrication de l’islam, aujourd’hui démontrée sur au moins deux siècles, à condition de garder à l’esprit un substrat hérité de ses initiateurs judéo-nazaréens.
Elle s’applique assurément aussi au « judaïsme » – concept anachronique supposant l’existence d’un « judaïsme » constitué au temps de Jésus, alors qu’il n’existait aucune unité doctrinale parmi les juifs à cette époque : ce qu’on appellera le « judaïsme » n’est que la continuation radicalisée et anti-judéochrétienne du seul mouvement pharisien, continuation qui ne prendra forme que peu à peu à Babylone et ne s’imposera à l’ensemble du monde « juif » que plus de mille ans plus tard.
Mais la thèse de la fabrication progressive s’applique-t-elle au christianisme ? Cette thèse ne fonctionne qu’en faisant de celui-ci un rejeton gréco-latin d’un « judaïsme » qui se serait maintenu jusqu’à nos jours, et qu’en faisant l’impasse sur les Eglises qui ont bien conservé les traditions hébréo-araméennes, étant constituées de descendants de juifs qui, de manière majoritaire au moins en Mésopotamie, ont suivi les Apôtres.

Il n’est sans doute pas fortuit que le co-directeur de l’ouvrage, le Père Antoine Guggenheim, entretienne depuis des années des liens étroits avec les instances judaïques officielles de France, étant même membre du comité éditorial de la revue des Etudes du Crif et participant à de nombreuses émission de la radio juive de Paris.

On fera attention aussi au cours qu’il a donné le 3 mai 2014 aux Bernardins, « Est-ce que la foi en la résurrection de la chair est importante ?« , spécialement à partir de 16’30 ». Il y explique que la résurrection, c’est croire en la résurrection, le miracle se passant dans le croyant qui croit. Pour sa part, Mgr Gaillot, de manière moins intellectuelle, expliqua un jour à la télévision que la Résurrection, c’est croire qu’après la pluie viendra le beau temps, il faut toujours garder l’espérance. Les récits de la résurrection ont été créés pour exprimer cette espérance sous forme de mythe. Il suffisait d’y penser. Les voltairiens y avaient déjà pensé au 18e siècle…

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