Le christianisme et « les religions »

___Aux yeux des chrétiens d’Orient vivant en Europe, les chrétiens occidentaux ont une attitude globalement incompréhensible, comme s’ils étaient devenus incapables de juger les choses de ce monde (1 Corinthiens 6,3). En particulier à propos des « autres religions ». Il semblerait que, faute de pensée qui leur soit propre, ils tendent à s’aligner sur le « prêt-à-penser » dominant. Comment celui-ci fonctionne-t-il ?
___C’est ce que le premier tableau du diaporama ci-dessous veut montrer, en partant du concept « des religions » considérées dans leur diversité, un peu comme s’il s’agissait de produits disposés sur un rayon de supermarché, par exemple des lessives (en poudre ou liquides), chaque produit étant unique et ne devant rien aux autres. Cette manière de penser voudrait être une démarche garantissant la coexistence et la paix, sur le marché mondial des « religions », entre les divers produits laissés au choix du consommateur.
___Sauf que l’exemple des lessives nous rappelle qu’il ne s’agit pas de produits étrangers les uns aux autres : il n’existe que trois grands fabricants, et les quelques autres copient les premiers. En fait, il en va de même au rayon de l’offre religieuse. Remarques : sur ce rayon, l’article « bouddhisme » n’a pas une place bien définie (ses origines paraissent extrêmement floues aux yeux des spécialistes actuels), mais il s’agit là d’un détail ; et au bout du rayon, l’athéisme trouve logiquement sa place au titre de conviction. CLIQUER SUR L’IMAGE (il n’y a pas encore de son).

 

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Post-Scriptum à propos de la « théologie des religions »
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Le Nouveau Testament et la tradition mystique chrétienne affirment que le salut sera offert à tout homme : telle est la puissance du don fait par Jésus, une puissance qui, selon Lc 16,19-31 et Mt 22,1-14 etc., s’étend au-delà de la mort. En effet, la rencontre du Christ, sans laquelle le salut ne peut être effectivement ni donné ni reçu, ne peut pas se restreindre à l’ici-bas (c’est-à-dire advenir seulement avant un supposé « dernier soupir »). Or, une certaine tradition théologique occidentale est partie de cette conviction : le « dernier soupir » fermerait le temps durant lequel le salut doit être reçu (alors qu’il s’agit d’un concept dépourvu de valeur médicale, la mort étant au contraire un processus).

___Ce postulat place Dieu, si l’on peut dire,  dans une situation embarrassante (que la Révélation n’a pas prévue). Si rien ne se passe dans le mystère de la mort, comment Dieu va-t-Il fournir aux hommes qui le méritent leur ticket pour le Ciel (la « grâce sanctifiante ») ? En effet, on imagine que les baptisés reçoivent un tel ticket au baptême, mais ils ne constitueront jamais qu’une partie de ceux le méritent. Et les autres ? On va donc imaginer qu’Il se sert des autres religions pour distribuer des tickets d’entrée supplémentaires au Paradis – Il avait simplement oublié d’en parler dans Sa révélation. Toute « religion » a donc un caractère intrinsèquement positif et sacré. Le bouddhisme est un moyen de salut pour les bouddhistes, l’islam pour les musulmans, et, en fin de compte, la conscience pour tout le monde.

___Ce raisonnement est toujours présenté à l’envers. On fait semblant de partir de la constatation faussement naïve de la diversité des hommes et des convictions. Comment réconcilier cette conviction pluraliste avec l’idée que la grâce doit être à l’œuvre dans les hommes – au moins chez les méritants d’entre eux (et durant leur vie) –? La conclusion des milliers de pages écrites depuis soixante ans dans cette veine est toujours la même : la vie humaine doit receler les conditions nécessaires de la grâce. Pour le dire en images, la grâce doit être distribuée sur tous les hommes par le Christ-Logos  à la manière dont des avions pulvérisent des pesticides sur les champs – ce Logos étant d’ailleurs bien différent du « Jésus historique ». Eventuellement, le discours de la « théologie des religions » remplace les mots Christ-Logos  par l‘Esprit Saint (depuis l’an 2000 et la lettre Dominus Iesus § 10), ce qui ne change rien. Bref, le baptême n’aurait d’autre utilité que d’exprimer ce qui est de toute façon donné.

___En réalité, ces raisonnements fallacieux ne tiennent que parce que les étudiants en théologie (« des religions ») n’osent pas dire à leurs enseignants qu’ils cachent leur véritable point de départ, qui est un présupposé grotesque : il ne se passerait rien dans le mystère de la mort.  Dommage que le ridicule ne tue pas dans l’Eglise…

Pour en savoir plus : Le malentendu islamo-chrétien, Paris, éd. Salvator, 2012.

______________ Et aussi ce site de recherche islamologique, et son étude sur le Jugement (sous l’aspect de la date).

One thought on “Le christianisme et « les religions »

  • 17 mars 2014 at 5 h 45 min
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    Il apparaît que certains passages de l’Exhortation apostolique du Pape François publiée en novembre 2013 (mais dans les tiroirs depuis juin 2013), Evangelii Gaudium, posent des problèmes. Or ces passages qui ont choqué les chrétiens d’Orient et aussi les chrétiens issus de la culture ou de la foi islamique ne sont pas du Pape.
    L’analyse textuelle montre indubitablement que la série de 4 groupes de paragraphes où ils se situent est le fruit de la rédaction de divers Dicastère romains, et que ces paragraphes ont été intégrés tels quels dans le texte de l’Exhortation (une Exhortation est un texte qui a beaucoup moins d’autorité qu’une Encyclique).
    En effet, par l’analyse textuelle, on peut attribuer sans nul doute :
    • au Conseil pontifical pour la culture les n° 242-243 consacrés aux rapports foi-raison – ce n’est pas le Pape mais le Conseil qui y fait de la pub pour le concept de « Parvis des Gentils », supposé offrir aux non croyants un espace de discussion ainsi que des « événements culturels » ; en fait, ces « événements » ont surtout été des bides, notamment en 2011 à Paris –;
    • au Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens les n° 244 à 249 consacrés à l’œcuménisme et aux relations avec le judaïsme ;
    • au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux les n° 250 à 254 relatifs à l’Islam ;
    • au secrétariat du Synode des Évêques les n° 255 à 257, très généraux.
    Les intertitres délimitent très bien les 4 ajouts. De plus le n° 258 suit très bien le 241 – qui, eux, sont bien du Pape.
    L’enjeu est important. L’idée que la grâce sanctifiante soit donnée sans rapport avec le baptême au cours de la vie terrestre est une thèse capitale de la « théologie des religions », et elle est enseignée depuis des années. Il est évidemment grave de la trouver au n° 254, sous la signature de notre Pape François, alors qu’elle est si contraire au Nouveau Testament. De même, il est c’est se moquer du peuple chrétien (surtout oriental) que d’écrire au n° 253 que « le véritable Islam… s’oppose à toute violence », et que les chrétiens demandent « à être accueillis » « dans les pays de tradition musulmane », alors qu’il y sont chez avant l’imposition de l’Islam ! Etc.: les contre-vérités ne manquent pas. Par ces paragraphes, l’Exhortation devient même absurde : si l’Evangile ne sert à rien, quelle joie (gaudium) y aurait-il à s’en soucier et à se donner de la peine pour lui ?
    À vrai dire, ce n’est pas la première fois que le Pape François se fait piéger par l’écrit ; Sandro Magister en avait donné des exemples déjà : http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1350668?fr=y.
    Sans doute devrait-il prendre des distances vis-à-vis de certains collaborateurs en place depuis longtemps ; il n’a pas fini de remettre de l’ordre au Vatican.

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