la culture chrétienne, enjeu de charité

biblio-1 La culture chrétienne, enjeu de charité

 paru dans le Bulletin de l’AED-France, mars 2014, p.4

            De l’alliance avec Noé à l’alliance de Moïse, et des lois de sainteté mettant un peuple à part à la voix éclatante des Prophètes, une longue pédagogie divine s’est déployée au cours de dix-huit siècles pour que soit restitué le vrai sens de l’homme que Jésus est venu réconcilier avec son Créateur. On peut parler de « culture » biblique. Il se fait que cette culture rayonnait déjà, du fait de la présence de communautés hébreues un peu partout dans le monde ancien, et que la langue araméenne qui la portait était aussi celle de l’Empire du milieu du monde, celui des Parthes, et n’était pas inconnue ailleurs. Tout ceci a beaucoup facilité le travail de l’Evangile que les Apôtres ont porté dans le monde facilement accessible d’alors.

____La « culture », pourrait-on dire, c’est ce par quoi l’être humain exprime ce qu’il est, c’est-à-dire qu’il n’est pas un animal. Même si par notre corps et par notre vie pulsionnelle, nous ressemblons aux animaux supérieurs, toute la culture vient nous rappeler que nous ne nous y réduisons pas. L’acte premier de culture, outre les codes liés à la nutrition, est sans doute le fait de se vêtir, en deçà de toute nécessité climatique et de la diversité des modes et des significations du vêtement. Dans l’Antiquité romaine, la nudité d’un esclave revenait à nier son humanité. Dans les sociétés traditionnelles, les peintures ou scarifications contribuent à « habiller » le corps, pour signifier qu’il y a autre chose derrière ce qui se voit.

____Cependant, malgré les efforts de l’humanité vers le bien et le vrai, les cultures humaines s’extraient difficilement de l’animisme et des pratiques magiques, sans parler des oppressions sociales ou ethniques liées à de supposés degrés d’humanité. La culture biblique met tout cela en cause. Et depuis que l’Esprit de Pentecôte se répand avec l’Evangile, elle agit comme un ferment qui renouvelle et purifie toutes les cultures et nations qu’elle ensemence.

____L’histoire de beaucoup de nations a ainsi été marquée par un « printemps » – pour employer un concept très à la mode dans les médias –, souvent par d’admirables réalisations. Mais aucune culture inspirée par le christianisme ne peut se maintenir par elle-même. Elle a besoin de s’enraciner sans cesse dans la Révélation. Si tel est moins le cas ou qu’elle est détournée et rejetée, une terrible menace pèse sur les hommes et les sociétés : non pas un retour à « avant l’Evangile » – c’est illusoire et même impossible –, mais pire que cela. Car les fruits de la culture chrétienne qui pourrissent deviennent, par un monstrueux retournement, hautement toxiques. Et les atteintes à l’héritage judéo-chrétien ont pour corollaire de balayer toutes les traditions humaines positives que les générations antérieures ont léguées : elles ne font pas le poids face à ces attaques. La liberté chrétienne – celle que donne l’Esprit Saint – devient la liberté de faire le mal, le sens de la Vie devient la qualité de la vie, au nom de laquelle la société organise une élimination massive d’êtres humains au début ou à la fin de leur vie. Etc.

____On peut parler ainsi « d’anti-culture » – Jean-Paul II avait suggéré l’appellation de « culture de mort ». Les chrétiens se situent au cœur de ce combat, car ils sont les seuls à être en mesure de résister efficacement, à cause de la Révélation qu’ils portent en eux. Cette résistance offre même un aspect inattendu : celui de la natalité. Pour les courants de l’anti-culture, la natalité plus importante des familles croyantes représente une menace, et les gouvernements, prévoyait le professeur Eric Kaufmann, prendront des mesures contre ces familles[1]. Nous y sommes. En France, après avoir limité de plus en plus le droit de à dispenser des cours à des enfants autres que les leurs, on envisage d’interdire aux parents d’instruire leurs propres enfants[2]. En Allemagne où ce droit est puni comme un délit[3], on vient d’emprisonner des parents chrétiens pour n’avoir pas obligé leurs enfants à assister à des cours de l’école publique qui les dégoûtaient (non sans raisons). Etc. Parmi nos enfants, il y aura des martyrs de la foi.

____La culture de Vie et de Vérité que les Apôtres ont semée dans le monde est un enjeu plus actuel que jamais. Dans la mesure où notre parole sera enracinée dans ce que les Apôtres nous ont transmis plutôt que dans l’esprit du monde, nous serons écoutés par tous ceux qui prennent conscience des dérives désastreuses de notre monde. La culture chrétienne est sans doute l’enjeu majeur de la charité aujourd’hui.

P. Edouard-Marie Gallez


[1] Eric Kaufmann, Shall the Religious Inherit the Earth, Londres, Profile, 2010.
[2] Cette proposition de loi, présentée au Sénat fin janvier 2014, n’a heureusement pas reçu de suite.
[3] Depuis 1938. Chaque année, des familles émigrent pour cette raison.

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One thought on “la culture chrétienne, enjeu de charité

  • 4 mai 2014 at 8 h 11 min
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    La culture chrétienne, enjeu de la survie de l’humanité…

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