Evêques du Proche-Orient et guerre islamiste

En préambule, un texte qui reste d’actualité (écrit par l’éditorialiste Ahmed Saraf dans le journal qoweitien Qabas du 23 juillet 2014, et présenté en français dans le quotidien libanais L’Orient le jour)  :

« Dégagez ! Dégagez de Mossoul, chrétiens !
Dégagez de Damas, de Yabroud, de Maaloula, de Ninive, de Bagdad !
Dégagez, chrétiens du Liban, de nos montagnes et de nos vallées !
Dégagez, chrétiens de Palestine et de la péninsule, dégagez de nos rivages et de nos terres !
Dégagez de sous nos peaux, nous vous abhorrons, nous ne voulons pas de vous !
Dégagez, parce que nous en avons marre de la civilisation et du progrès et de l’ouverture à l’autre et de la miséricorde et de la fraternité et de la coexistence et du pardon !
Dégagez, pour que nous puissions en toute quiétude nous entretuer !
Dégagez, vous ne faites pas partie de nous ni nous de vous !
Dégagez pour que nous n’ayons pas honte lorsque nous vous regarderons dans les yeux !
Dégagez et laissez-nous avec nos catastrophes, nos fanatismes, nos haines loin de vos prétentions, loin de vos talents, loin de vos compétences, loin de votre savoir, loin de votre expérience !
Dégagez pour que nous puissions en finir avec tout ce que vos ancêtres ont réalisé et tout dynamiter !
Dégagez, parce que ni l’Irak, ni l’Égypte, ni la Syrie, ni le Koweït, ni la Palestine, ni la Jordanie, ni l’Afrique du Nord n’ont besoin de vous !
Dégagez, chrétiens, pour laisser le sang couler, la violence se généraliser, les cœurs se faire poignarder, les langues se faire couper et les foies se faire bouffer !
Dégagez et prenez avec vous Gibran Khalil Gibran, Anastase le carmélite, les fils Takla et Bustros et Yazigi et Boustany, le Petit Prince et Mikhaïl Neaïmé, dégagez et prenez avec vous vos universités et vos hôpitaux!
Oui ! Dégagez, parce que nous voulons retourner à nos déserts, nos épées nous manquent follement, et parce que votre culture, nous l’avons remplacée par l’art de creuser nos tombes. »

Le 5 mai dernier, le cardinal Bechara Boutros Rai, patriarche maronite, a exprimé son inquiétude sur la situation des chrétiens du Proche-Orient lors d’un entretien avec un envoyé de l’AED . Il rappelle que les musulmans du Proche-Orient ont besoin des valeurs de l’Évangile (extraits) :

« De quoi les musulmans du Proche-Orient entendent-ils parler aujourd’hui ? De la guerre, de la haine, de la persécution, des assassinats, des déplacements, du fondamentalisme. Mais il faudrait qu’ils entendent parler de sujets comme la paix, la justice, les droits de l’homme, le respect de la vie, la fraternité, la liberté et le respect d’autrui. Ils ont besoin du contrepoison de l’Évangile de Jésus-Christ. Il faut qu’ils puissent écouter un autre langage. Ici, on ne parle pas d’amour et de paix. On parle de guerre et de haine»
« Les responsables politiques doivent comprendre que la guerre en Syrie doit s’arrêter. La communauté internationale doit cesser de fomenter la guerre et de l’alimenter. Le trafic des armes doit cesser. Ils devraient faire fi de leur fierté et tous s’asseoir autour d’une table pour trouver une solution politique. Mais leur fierté le leur interdit. En effet, cette fierté dissimule des intérêts économiques qui visent le gaz naturel et le pétrole. »
Il explique encore que des groupes extrémistes islamiques tels que l’Etat Islamique, Al Qaïda et Al-Nusra ont été créés par des États occidentaux et arabes et soutenus par de l’argent et des armes pour être utilisés pour leurs intérêts économiques et politiques : « Ils ne sont tout de même pas tombés du ciel, non ? Mais maintenant, ils représentent une arme contre le monde entier. »

Dès 2011, le Cardinal avait vu clair et dénoncé l’entreprise de chaos qui se mettait en place en Syrie, et ce n’était pas par sympathie particulière pour le gouvernement syrien dont les Libanais avaient souffert par le passé. Tout récemment, au cours de sa tournée aux USA, l’Archevêque Grec Melkite Catholique d’Alep, Jean-Clément Jeanbart, a appelé les Américains à aider à mettre un terme à la guerre et à l’appui aux jihadistes.

Toutes ces voix, épiscopales ou même musulmanes, révèlent  combien les musulmans de cette région sont manipulés, contre leurs propres intérêts. La guerre, qui ravage l’Irak depuis 2003 et la Syrie depuis 2011, n’a été ni décidée ni organisée sur place. Et il ne s’agit pas d’une guerre « religieuse », même si les pires ressorts religieux de l’islam sont utilisés depuis le début. La question est : par qui et dans quel but le sont-ils ?
Autre aspect de la question : une guerre peut-elle exister sans milliards d’investis, sans un énorme système d’approvisionnement, sans troupes entraînées au maniement des armes modernes, sans moyens de communications, sans renseignements par satellite, etc.?  Qui paie et qui organise ? Pourquoi est-il interdit de le dire ?

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