Evangéliaire selon la récitation orale des Apôtres

Guigain_evangeliaire L’évangéliaire selon la récitation orale des Apôtres.

Texte des quatre évangiles selon la Peshitto,
présentation rythmique et analyse midrashique

Frédéric GUIGAIN

Ed. Cariscript, juillet 2008.

De la prédication des apôtres aux évangiles

Dans Jésus de Nazareth, Benoît XVI n’a pas hésité à dénoncer – avec charité mais précision – les impasses de l’exégèse actuelle, qui rejaillissent sur la théologie et la catéchèse (parmi d’autres, Pierre Grelot était expressément cité). Il indiquait des pistes nouvelles à suivre, que le synode pastoral sur « la Parole de Dieu » qui s’est tenu à Rome du 3 au 20 octobre 2008 a relevées également. Les évêques ont cité l’expression de Benoît XVI disant que la Parole ne doit pas être seulement « informative » mais « performative », c’est-à-dire qu’elle doit accomplir ce qu’elle énonce en celui qui l’écoute : ceci était précisément la force et la caractéristique majeure des « évangiles » des Apôtres et de Paul, qui étaient des prédications orales apprises par cœur par ceux qui les recevaient.

Et les travaux de Frédéric Guigain nous apportent une énorme surprise : des manuscrits araméens anciens des évangiles donnent des notations indiquant leurs structures orales ! Or, à 90%, ces structures correspondent à celles que les travaux antérieurs de Pierre Perrier avaient mis en lumière (et les 10% restant s’expliquent simplement par une analyse insuffisante, désormais corrigée).

Nous avons donc quasiment accès à une bonne partie de la prédication orale apostolique, qui est évidemment en araméen et non en grec : c’est la Réforme allemande qui a inventé la fable occidentale selon laquelle l’araméen a été traduit du grec au temps de Rabula (et cela pour valoriser le grec aux dépens du latin et de l’abominable Rome). Cet immense bluff a empêché de voir jusqu’à présent à quel point les meilleurs manuscrits orientaux (qui sont aussi vieux que ceux d’Occident !) sont proches des prédications mises au point par les Apôtres dans les années 30-35. Ceux qui, en France, avaient perçu l’erreur d’orientation de l’exégèse (l’Abbé Jean Carmignac, le Professeur Tresmontant, etc.), avaient été systématiquement écartés des débats par les exégètes à la mode de Pierre Grelot ou du théologien Geffré, qui avaient bâti tout un système impliquant que les évangiles devaient avoir été composés après l’an 70 ! Notons que les petites différences entre les évangiles synoptiques, que n’importe quel étudiant peut remarquer, s’expliquent très bien par la connaissance des traditions orales apostoliques (qui sont d’essence midrashique, c’est-à-dire à la mode des juifs du premier siècle)… à condition de comprendre les mécanismes oraux en jeu, et en araméen si possible !

C’est donc une révolution qu’apporte Frédéric Guigain, en complément des travaux de Pierre Perrier.

Aux deux points de vue de l’exégèse et de la pastorale à venir, l’ouvrage de Frédéric GUIGAIN constitue un apport que l’on peut dire révolutionnaire. En effet, l’analyse systématique des signes de découpage du texte, introduits au VIe siècle, montrent qu’ils renvoient à des récitatifs c’est-à-dire à des traditions orales qui s’étaient maintenues et qui correspondent à un état de la matière évangélique antérieur à l’état rédactionnel dernier dans lequel nous lisons aujourd’hui le texte.

Aux deux points de vue de l’exégèse et de la pastorale à venir, l’ouvrage de Frédéric GUIGAIN, Evangéliaire selon la récitation orale des Apôtres. Texte des quatre Evangiles selon la Peshitto constitue un apport que l’on peut dire révolutionnaire. En effet, l’analyse systématique des signes de découpage du texte, introduits au VIe siècle, montrent qu’ils renvoient à des récitatifs c’est-à-dire à des traditions orales qui s’étaient maintenues et qui correspondent à un état de la matière évangélique antérieur à l’état rédactionnel dernier dans lequel nous lisons aujourd’hui le texte.

Tous les spécialistes en anthropologie connaissent l’étonnante stabilité et précision des transmissions orales dans les civilisations où l’écriture est inconnue ou secondaire, parfois à travers des millénaires. On avait oublié que cette force de la transmission, mise en lumière par le Père Marcel Jousse sj dès les années 1930, concernait aussi les évangiles après leur mise par écrit. La difficulté d’apprendre le texte évangélique par cœur n’est pas à démontrer sur la base du grec : il en est tout autrement avec le texte oriental – Frédéric Guigain peut en témoigner. Aujourd’hui, le texte syriaque standard est encore imprimé avec ses signes de découpage, dont les sens, entretemps, étaient devenus flous à cause de la perte progressive de l’oralité dans le monde syriaque occidental au point d’être recouverts par la suite par le système synoptique intellectuel d’Eusèbe de Césarée. Ils sont enfin restitués aujourd’hui dans leur signification orale dans cet évangéliaire qui reproduit ce même texte selon son jeu complexe de structures (présenté en français), depuis le découpage rythmique de chaque phrase jusqu’aux grands ensembles d’oralité.

Cet outil scientifique doit prendre sa place dans toutes les bibliothèques et lieux où est étudiée la Parole de Dieu, ainsi que chez tous les chrétiens qui veulent avoir accès ou s’initier au syro-araméen des évangiles.

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Après un D.E.A. en philosophie à la Sorbonne, Frédéric Guigain a été ordonné prêtre dans le diocèse maronite de Jbeil-Byblos (Liban) en 2001. Il a servi depuis lors au Nigéria (Port-Harcourt), en Italie (Albano), au Liban (diocèse de Jbeil) et à Paris.

Parution du livre du père Frédéric Guigain : pour connaître les détails, cliquez ici. Vous pouvez aussi lire les commentaires lié à cet article.

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