Egypte: enlèvements de filles – un cas emblématique

Le cas de Sarah Ishaq Abdelmalek

Sarah Ishaq Abdelmalek Depuis la révolution égyptienne de 2011, des centaines de jeunes filles coptes ont été kidnappées puis contraintes de se convertir à l’islam et d’épouser un musulman. Le cas de la jeune Sarah, âgée de 14 ans seulement, est devenu symbolique : il a conduit à une confrontation entre des groupes musulmans impliqués dans l’affaire, l’église copte et des associations de défense des droits de l’homme.

Le 30 septembre 2012, la jeune Sarah Ishaq Abdelmalek, née le 1er août 1998 à El-Dabaa, une ville située entre mer et désert à 150 kilomètres à l’Ouest d’Alexandrie, se rendait comme tous les jours à l’école avec sa cousine Miriam. En chemin, elles sont entrées dans une librairie ; elles se sont quittées là, et personne ne l’a revue depuis. Son père a d’abord hésité à prévenir la police, de peur que cela ne crée des problèmes à sa famille de la part des salafistes, nombreux et influents dans la région : le libraire en fait partie. Le 20 octobre, il s’est décidé à déposer plainte contre lui, un certain Mahmoud Abu Zied Abdel Gawwad, marié et père de famille, l’accusant de l’avoir kidnappée et épousée contre son gré.

« Sarah a été emmenée en Lybie avec la complicité du ministère de l’Intérieur », affirme Ebram Louis, fondateur de l’organisation copte AVAED (Association de Victimes de Rapts et d’Enlèvements), qui s’occupe des jeunes coptes mineures kidnappées. Il accuse le ministère de complicité avec les musulmans dans toutes les disparitions de jeunes filles coptes dont il a eu connaissance.
Le pope orthodoxe Tawadros II, nouvellement élu, a proclamé que ce kidnapping est « une disgrâce pour l’Egypte tout entière ». Il a ajouté plus tard : « Quelle famille peut accepter le rapt de sa fille et sa conversion forcée ? », récusant les prétendus « liens affectifs » invoqués par les salafistes. Selon lui, et selon l’évêque du diocèse de Mersa Matrouh dont fait partie El Dabaa, nombre de familles coptes hésitent ou ²renoncent à envoyer leurs filles à l’école de peur des kidnappings.

En retour, les musulmans accusent l’église copte de fomenter des troubles, prétendant que Sarah a quitté sa famille volontairement pour se convertir à l’islam et se marier. Selon eux, elle n’est plus mineure puisqu’elle est réglée… L’église copte et plusieurs organisations dont le Conseil national égyptien pour les femmes rappellent quant à eux que Sarah est légalement mineure jusqu’à 18 ans et exigent l’application de la loi et de la convention des Nations-unies pour les droits de l’enfant, ratifiée par l’Egypte ; celle-ci comprend une partie déclarant clairement mineure toute personne âgée de moins de 18 ans.

M. Ahmed Rifaat, professeur de droit à l’Université Beni Suef, confirme qu’aux yeux de la loi égyptienne Sarah est mineure et qu’elle ne peut donc ni avoir des relations sexuelles ni se marier avant ses 18 ans ; son prétendu mariage et sa conversion sont nuls en droit, et l’officier d’état-civil musulman (mazoun) ainsi que le prétendu époux sont pleinement responsables, car ils savaient qu’elle est mineure. Même l’université Al-Azhar, l’autorité suprême en matière de droit islamique, demande un âge de 18 ans au minimum pour les conversions à l’islam.

Face aux accusations de sédition, l’évêque du diocèse répond que l’église copte ne se mêle de l’affaire que du fait de la carence de l’administration : « Si l’Etat faisait son travail, l’église n’aurait pas eu à s’ingérer dans ce problème. Nous avons alerté le directeur de la police locale, celui de la Sécurité nationale, celui de la Sécurité militaire, le ministre de l’Intérieur, les chefs des tribus bédouines locales et divers organismes gouvernementaux. Nous avons déposé une plainte auprès du président Morsi le 18 octobre, durant sa visite à Mersa Matrouh. Le procureur d’Alexandrie a ordonné l’arrestation du prétendu mari, mais la police n’a rien fait du tout ». Il accuse les responsables d’être complices des salafistes, ou d’avoir peur d’eux.

Le Front salafiste, de son côté, a déclaré qu’en aucun cas il ne rendrait Sarah, tout en prétendant « En ce qui concerne le problème de la jeune Sarah, notre réponse est purement en termes de droits de l’homme : une fois qu’une jeune fille a adopté l’islam, elle n’a plus de protecteur chrétien et peut donc être mariée sans son consentement ».

(source : AINA, Assyrian International News Agency)
note : en Europe aussi, des jeunes filles et des enfants garçons et filles sont enlevés,  hélas trop souvent avec une impunité qui fait penser à celle des salafistes en Egypte. Ici, on parle de pédocriminels et de leurs réseaux, dont certaines autorités vont jusqu’à nier l’existence : ce reportage sur l’affaire Zandvoort en dit long (https://www.youtube.com/watch?v=E-I85Z-Qb7Q) – voir aussi ce reportage de la télévision allemande N24 : https://www.youtube.com/watch?v=VK73HxBOT6Q

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