Composer oralement : ste Maryam Baouardi et Marcel Jousse

Baouardi  Maryam Baouardi (1846-1878) , Soeur Marie de Jésus Crucifié de son nom de Carmélite,  a été canonisée le 17 mai 2015 par le pape François.
Sa vie, commencée dans les épreuves, sera marquée par un grand nombre de faits extraordinaires, ont la manifestation des stigmates.
De famille libanaise melkite, née à Abellin en 1846 et morte à Bethléem en 1878, elle entra au carmel de Pau et fait partie du groupe fondant l’ordre du Carmel en Inde, à Mangalore et plus tard à Bethléem.

 Dans son bulletin de MIMOPÉDAGOGIE de juin 2015, Yves Beauperin cite un cours donné par le P. Marcel Jousse aux Hautes Etudes, à propos du livre de F.M. Willam, docteur en théologie, intitulé La vie de Marie, mère de Jésus, (édité par Casterman en 1938). L’auteur s’y interroge sur la façon dont Marie, mère de Jésus, a composé son Magnificat, trouvant en Sœur Marie de Jésus Crucifié la démonstration de cette composition orale par improvisation :

« Est-ce qu’on pourrait trouver actuellement, dans le milieu palestinien quelqu’un qui soit absolument illettré et familier avec la Bible par la tradition orale, c’est-à-dire par l’audition de la Bible en arabe ? Puisqu’actuellement les Palestiniens parlent arabe, est-ce que nous pourrions avoir une jeune fille capable de composer un Magnificat ?
« Voilà les problèmes que j’ai posés dans tous mes travaux. Aller à la recherche, non pas de choses qui ont été composées par écrit mais qui ont été composées par des illettrés. Ces illettrés que j’ai toujours montrés comme n’étant pas nécessairement ignorants.
« J’ai été servi merveilleusement. C’est que ce Docteur Willam, qui est extraordinairement au courant des choses de Palestine, a poussé l’investigation rêvée et a trouvé un de ces sujets illettrés qui a résolu le problème. Vous avez cela à la page 87. C’est cela que nous appelons le laboratoire ethnique et que je demande à Mlle G. d’aller vérifier comme une expérience de laboratoire.

« Les circonstances qui entouraient la composition et la conservation du Magnificat ont été mises en lumière, de nos jours, par la vie d’une jeune fille nommée Mariam, du village d’Abellin, proche de Nazareth ». […]
« Cette jeune fille laissait son âme s’épancher aux heures d’enthousiasme religieux, en cantiques solennels. Elle ne savait ni lire, ni écrire et ne savait aucune langue étrangère… » […]

« … et ne possédait aucune langue étrangère de sorte qu’elle demeura toujours une simple enfant de son pays. Mais quand Miryam commençait ses cantiques, les phrases se succédaient sur ses lèvres avec une telle rapidité que l’on pouvait difficilement arriver à les reproduire par écrit ». […]
« Ses effusions du cœur prouvent, en tous cas, que, dans ce pays, des psaumes et des cantiques comme le Benedictus et le Magnificat peuvent aujourd’hui encore sortir des lèvres de femmes du peuple. Voici à l’appui de nos dires, un morceau emprunté à un cantique de ce genre. C’est la peinture du rafraichissement apporté à l’âme par la sainte Communion ».
« Vous allez voir les formules prises à travers toute cette littérature palestinienne traduite en arabe qui lui a été, si vous voulez, « serinée », qui lui a été mémorisée, suivant le procédé normal de la Mishnâ, de l’ancienne Mishnâ du milieu palestinien et vous allez voir que c’est un Magnificat nouveau et ancien. « Le Sôfer qui sait bien la Règle des Cieux à quoi sera-t-il
comparable ? A un homme, maître de maison, qui fait sortir de sa mémoire et du nouveau et de l’ancien ». Du nouveau dans la synthèse, de l’ancien dans les éléments.
« Ecoutez et vous allez -reconnaître les passages :
« Le Seigneur a visité sa terre
Jusqu’alors desséchée et stérile.
A sa venue, elle a reçu rosée et fécondité.
La rosée du Seigneur a descendu sur elle :
Fleurs et verdure ont poussé.
L’arbre auquel je m’appuyais
A maintenant la douceur d’un palmier.
Mes forces renaissent :
Mes mains et mes pieds peuvent désormais me soutenir.
Ma chair ressemble à celle d’une petite enfant ;
Mes muscles ont retrouvé leur souplesse,
Mes os se sont fortifiés.
Leur moelle est devenue tendre comme une pâte.
Mes cheveux ont retrouvé leur souplesse,
Et se rangent de nouveau sur ma tête.
Mes oreilles se sont ouvertes
Pour recevoir les douces paroles du Seigneur.
Ma langue s’est déliée pour chanter vos louanges ».

Et F. Willam, docteur en théologie continue :
« Si l’on rapproche ce court morceau des psaumes de la Bible on lui reconnaît avec eux la même parenté que le Magnificat ».
(Marcel JOUSSE, Hautes Etudes, 29 mars 1938, 18ème cours, Le mimodrame des sept sceaux, pp. 396-398) www.mimopedagogie.com

Carmel Bethleem

 

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