Charles de Foucauld – au sujet des massacres des chrétiens 1895-1896

La canonisation de Charles de Foucauld ne cautionne en rien la pseudo-mystique de Louis Massignon – avec lequel il avait entretenu une correspondance dans l’espoir de le sortir de son occultisme, précisément.
Les disciples de Massignon se réclament de Foucauld pour dénigrer la nécessité de la Rencontre du Christ par les Musulmans et l’annonce de l’Evangile (cela au profit d’une pseudo-mystique qui placerait ceux qui s’y adonnent en quelque sorte au dessus des « fois » chrétienne et musulmane). Il faut le rappeler : il n’y a de salut que par la rencontre personnelle (et acceptée, il va sans dire) du Sauveur, soit sur cette terre, soit dans le mystère de la mort. Pour Foucauld, l’évangélisation était essentielle, et il se voyait comme un préparateur aux avant-postes. A ce sujet, nous renvoyons à sa fameuse lettre de 1916, écrite depuis l’Algérie quelques mois avant sa mort : www.eecho.fr/charles-de-foucault-une-vision-davenir .  On peut relire aussi cette étude de Denise Masson sur Ch. de Foucauld.

En même temps – et à la différence de Massignon –, Foucauld était horrifié de ce qu’il voyait des massacres contre les chrétiens alors qu’il séjournait à la Trappe d’Akbès, au nord d’Alep (de 1890 à 1896). Voici des extraits de ce qu’il écrivit :

Lettre de Charles de Foucauld depuis sa Trappe d’Akbès,
au sujet des massacres des chrétiens en 1895 et 1896 [1]

« Ce ne sont pas les Kurdes qui se remuent, ce sont les chrétiens d’Arménie, et les Turcs en profitent pour en faire des massacres épouvantables, et pour faire autant de mal qu’ils peuvent, non seulement aux Arméniens, mais à tous les chrétiens catholiques ou autres, qui sont encore si nombreux dans ces contrées… Autour de nous, il y a eu des horreurs, une foule de massacres, d’incendies, de pillages. Beaucoup de chrétiens ont été réellement martyrs, car ils sont morts volontairement, sans se défendre, plutôt que de renier leur Foi… Il reste, dans ce malheureux pays, une misère effroyable. L’hiver est très rigoureux, je ne sais comment ces malheureux, desquels on a brûlé les maisons et pris tous leurs biens, feront pour ne pas mourir de faim et de froid …

Je vous écris pour vous quêter ; non pour nous, à Dieu ne plaise, car je ne serai jamais assez pauvre, mais pour les victimes des persécutions.
Par ordre du sultan, on a massacré près de 140 000 chrétiens depuis quelques mois… Dans la ville la plus proche d’ici, à Marache, la garnison a tué 4 500 chrétiens en deux jours. Nous, Akbès, et tous les chrétiens à deux journées à la ronde, nous aurions dû périr. Je n’en ai pas été digne… priez pour que je me convertisse et que je ne sois plus repoussé, une autre fois, malgré ma misère, de la porte du Ciel qui s’était déjà entr’ouverte.
Les Européens sont protégés par le gouvernement turc, de sorte que nous sommes en sûreté ; on a même mis un poste de soldats à notre porte, pour empêcher qu’on nous fasse le moindre mal. C’est douloureux d’être si bien avec ceux qui égorgent nos frères, il vaudrait mieux souffrir avec eux que d’être protégés par les persécuteurs …

C’est honteux pour l’Europe ; d’un mot, elle aurait pu empêcher ces horreurs et elle ne l’a pas fait. Il est vrai que le monde a si peu connu ce qui se passait ici, le gouvernement turc ayant acheté la presse, ayant donné des sommes énormes à certains journaux, pour ne publier que les dépêches émanant de lui. Mais les gouvernements savent toute la vérité par les ambassades et les consulats.
Quels châtiments de Dieu ne se préparent-ils pas par de telles ignominies !…

Je viens vous appeler à notre secours, pour nous aider à soulager, à empêcher de mourir de faim plusieurs milliers de chrétiens réfugiés dans nos montagnes : ils n’osent sortir de leur retraite de peur d’être massacrés, ils n’ont aucune ressource. C’est notre impérieux devoir de nous priver de tout pour eux, mais quoi que nous fassions, nous ne pourrons suffire à de tels besoins. »

____________________________
[1] Extraits du livre « Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara » de René Bazin, au chapitre V « Le Trappiste » (Lettres des 20 novembre 1895, 21 février 1896 et 24 juin 1896).

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