Antichrist et monde après la Venue Glorieuse : discussions

Penser l’Antichrist, le millenium, etc.

Le livre de F. Breynaert, postfacé par le P. Daniel-Ange, est le premier exposé sur la Venue glorieuse du Christ depuis des années (pour ce qui est de la pensée catholique, sans doute faudrait-il plutôt parler de siècles, les écrits mystiques à part).
La surprise passée, il commence à y avoir beaucoup de réactions de lecteurs sur divers sites, notamment autour de passages difficiles — parce qu’ils abordent des points précisément difficiles, par exemple :
• L’Antichrist sera-t-il nécessairement une personne précise ?
• Comment se représenter un monde humain libéré de l’emprise du Mal ? Comment fonctionnera-t-il ?
• Par quels moyens le Jugement éliminera-t-il les partisans de l’Antichrist ou leur influence (ou les deux) ? Quel pourrait être ce mécanisme neuro-psychologique ?
• Etc.

L’auteur fait des vidéos pour aborder peu à peu ces questions, mais elle nous a déjà communiqué ici deux éclairages sur certains passages du livre. Nous vous faisons part très volontiers de l’essentiel.

Une des difficultés rencontrées par certains lecteurs concerne les rapports entre le monde des saints (et des anges) et le monde humain. St Irénée en parle évidemment, parfois à travers des images (du N-T) ; mais on n’est plus habitué du tout ni aux images, ni à penser ces rapports eux-mêmes.

1- Penser le millenium, loin de toute dérive

« (autour de la p. 178) Le millenium de saint Irénée est le temps du « relèvement des justes » qui auront été « laissés » (AH, V, 30, 4) et vivifiés. Ce millenium fait réellement passer « à travers le jugement eschatologique », il ne prétend pas accomplir l’espérance messianique avant le jugement, c’est pourquoi il ne tombe pas dans la condamnation du magistère.
[…]
Il est possible de penser le mystère de la Royauté du Christ manifesté dans la gloire comme une évidence de lumière qui apparaîtra dans les conditions de la vie culturelle et politique, et qui unira les hommes dans un même dessein.

Joachim de Flore (1135-1202) avait rêvé de ce temps où la volonté de Dieu sera désormais « faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6, 10) et où les doux « posséderont la terre » (Mt 5, 4), mais pour son époque, avant la venue glorieuse et sans le passage par le Jugement. Il était tombé dans l’idéologie, en imaginant faire advenir le royaume de Dieu sur terre, et ses partisans se crurent supérieurs aux autres hommes. L’idéologie commence dès que l’on imagine la réalisation du royaume de Dieu avant la venue glorieuse du Christ.

Des précautions préviennent ce genre de dérives : gardons le sens de l’adoration et du Jugement à venir, et ne nous imaginons jamais supérieurs aux autres. C’est devant tous que le Fils de l’homme apparaîtra dans la gloire –« comme l’éclair qui part de l’orient brille jusqu’à l’occident, ainsi se produira la venue du Fils de l’homme » (Mt 24, 27)–, et tous ceux qui l’accueilleront pourront participer à sa puissance.

Il existe d’autres tentations encore.
[…]
La tentation de nos sociétés sécularisées est de ne rien attendre de Dieu. Or, ne pas attendre que le Christ chasse l’Antichrist et instaure son royaume, c’est risquer de vouloir, tôt ou tard, arracher soi-même l’ivraie ; notre monde est plein de ces dérives totalitaires pleines de belles intentions.

[…]

Savoir que la Venue glorieuse sera précédée de l’Antichrist, c’est savoir que l’on peut certes dès maintenant juger et combattre ceux qui font le mal mais se souvenir aussi que, lorsqu’elle évoque les deux témoins investis du pouvoir temporel et spirituel, l’Apocalypse nous révèle aussitôt qu’ils sont aussi martyrs (Ap 11)…

Comprendre la Venue glorieuse, c’est vivre dans une ferme espérance, car la Royauté du Christ sera spirituelle en même temps qu’efficace, s’exerçant par l’attrait (ou finalité) et non par le pouvoir. C’est ainsi que règne l’amour.

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2ds extraits : Le Seigneur viendra avec les saints

« (autour de la p. 102) « Qu’il fortifie vos cœurs pour que vous soyez dans une sainteté irréprochable devant Dieu notre Père, lors de la venue de notre Seigneur avec ses saints » (1Th 3, 13).

Ce passage de saint Paul est important pour comprendre ensuite ce que veut dire l’Apocalypse en parlant de la première résurrection, celle des saints. Il s’agit d’apparitions, celles des saints qui accompagneront le Christ dans sa manifestation glorieuse. Ceux qui meurent actuellement en état de sainteté participeront donc aussi au Royaume des justes, ils y règneront à la manière du Christ ressuscité apparaissant à ses amis.
[…]

Quant aux « justes » – ceux qui avaient refusé d’adhérer en leur âme à l’Antichrist et qui voient avec joie celui-ci être balayé ainsi que ses partisans –, ils sont « vivifiés » (selon le terme araméen traduit par « sauvés » de manière réductrice). Ils continuent de vivre selon les lois de la vie, donc d’avoir des enfants et de mourir, mais ils s’organisent désormais dans la lumière de Jésus, des saints et des anges (qui leur apparaissent comme des évidences). Ce qui change la condition humaine !
[…]

Ne parvenant pas à « penser » la place spirituelle des saints du ciel (c’est-à-dire leur rôle) dans le royaume des justes, saint Augustin, dans la seconde partie de son épiscopat, les imagine venir matériellement sur la planète – ce qui ferait pas mal de monde – et en conclut que cela est ridicule et qu’il s’agit seulement d’une façon de parler de la fin du monde (qui sera détruit). En gros, le magistère de l’Église latine l’a suivi – mais aucune des Eglises d’Orient qui, elles, n’ont jamais oublié l’ancienne perspective enseignée par les apôtres. C’est ainsi que la venue du Christ avec ses saints fut réduite à un vague rôle à jouer dans un Jugement final (destructeur) – ce qui ouvrait la porte à tous les fantasmes que le cinéma hollywoodien n’a pas manqué de porter à l’écran à notre époque.
[…]

Saint Paul réunit d’ailleurs les deux perspectives dans ce passage : « Ceux-là subiront comme châtiment la ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force, quand il viendra en ce jour-là pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui ont cru ; or vous, vous avez cru à notre témoignage » (1 Th 9,10). »

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QUELQUES  AUTRES PISTES

  La question de l’Antichrist est certes éclairée par celle des conditions de sa « manifestation », c’est-à-dire par le sens (au sens de « direction ») de ce qu’on voit aujourd’hui, la déstructuration de la société et des personnes au profit de quelques quelques intérêts. Parmi les analystes qui en parlent depuis des années, une place doit être faite à Pierre Jovanovic, journaliste économique qui a bien compris les ressorts financiers de ce désastre mondial – et qui en parle depuis des années.

voir aussi eecho.fr/venue-glorieuse-difficulte-factice-et-comparaisons-eventuelles,
eecho.fr/retour-du-christ-quelques-reflexions-de-fond,
eecho.fr/parution-le-christ-viendra-en-roi-et-juge,
et la playlist : https://www.youtube.com/watch?v=l8_koPIMyBM&list=PLsIIgGqUVov8PYD08Z43PBqzwRWCEddkJ .

 

 

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