Redécouvrir les Apôtres du Christ

Vie de l’Eglise et redécouverte des Apôtres

Le Paraklita[1], l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit” (Jean 14,26).

Éditorial du bulletin n° 8 d’ EEChO

À la fin du mois de juillet se sont tenues une réunion de chercheurs puis notre session de formation EEChO. L’effort que nous faisons de redécouvrir les Apôtres en ce qu’ils ont fait et enseigné répond à une attente profonde de tout chrétien, surtout aujourd’hui où l’on entend dire sans cesse que les évangiles ne donneraient que difficilement accès à la réalité historique, voire même pas du tout. Même si l’ignorance n’explique que partiellement ces contrevérités, la recherche a pour but d’y pallier. Et des résultats sont là, nombreux, hors de proportion avec les faibles moyens dont nous disposons, au point qu’on recherche des vulgarisateurs ! La promesse du Nouveau Testament n’est-elle pas claire (Jn 14,26) ? N’est-il pas question souvent du « travail de Dieu » (Jn 5,17 ; 6,29 ; Ph 1,6) ? C’est aussi le fruit d’un immense effort, d’autant plus qu’il s’agit d’avancer dans un sens radicalement autre que celui des présupposés dominants, qui sont réducteurs et qui sont contraires aussi bien à l’histoire connaissable scientifiquement, qu’à la foi.

Sortir des visions réductrices du christianisme

Cet effort de redécouverte nous a fait entrevoir un monde trop peu connu, celui de nos origines chrétiennes, dans leur profondeur comme dans leur étendue au-delà même des lieux où se trouvaient des communautés juives, ce qui n’est pas peu dire : elles étaient alors présentes dans toutes les villes importantes du monde connu de l’époque. C’est ce qui explique que, parti de Jérusalem, le christianisme a connu immédiatement un rayonnement universel, dont la connaissance doit maintenant se diffuser. Evidemment, c’est l’inverse que nous assène notre culture héritée du sectarisme des Lumières dont Voltaire fut le maître aux convictions profondément antisémites et anti-chrétiennes : elles présentent le christianisme comme une petite secte qui s’est fabriquée progressivement.

Redécouvrir le christianisme des origines – non pour le copier mais pour s’en inspirer – devrait être le souci de chaque génération chrétienne. Ainsi qu’on le voit tout au long de l’histoire, lorsque cette nécessité est oubliée ou qu’elle passe au deuxième plan, la vie ecclésiale commence bientôt à s’appauvrir et parfois même éclate en groupes ou sensibilités rivaux. Inversement, sous le souffle de l’Esprit Saint, des renouveaux apparaissent continuellement qui, comme par hasard, semblent reprendre tel ou tel aspect du christianisme des origines. Voyons quelques exemples.

• En France, depuis une cinquantaine d’années, sont apparus des groupes de chrétiens soucieux d’intérioriser la parole et d’en témoigner. Ce faisant, ils retrouvent un aspect essentiel de « l’Evangile » des Apôtres, qui était d’abord oral, était appris par cœur et formait le contenu même du témoignage et de l’enseignement qu’on appellerait aujourd’hui « catéchèse ».

• Au mois d’octobre, les groupes « Alpha » (d’origine anglicane) relancent leurs cycles de rencontres-repas au cours desquelles un enseignement et de nombreux échanges ont lieu autour des tables. Sans le savoir, ils ne font là que reprendre les aspects principaux des réunions systématiquement organisées les samedis soir dans toutes les Communautés apostoliques (ou Qoubala en araméen – traduit faute de mieux par agapè en grec).

• Beaucoup redécouvrent l’importance de la prière en famille dans des petites liturgies familiales. C’était ce qui se vivait dans toutes les maisons chrétiennes, spécialement le vendredi soir, autour de la mère de famille, avec la bénédiction transmise par le père.

• Les pèlerinages n’ont pas cessé, en particulier sur les lieux où Jésus a vécu. Spontanément, les pèlerins disent qu’ils ont l’impression de revivre ou de ressentir quelque chose de ce qui s’y est passé. En fait, ils refont simplement, et de manière plus frustre, un parcours de remémoration auquel invitent les quatre évangiles ; les Apôtres l’avaient fait eux-mêmes d’abord, selon un réflexe propre aux cultures et civilisations orales, durant les 3e et 4e semaines des quarante jours après Pâques, avant de revenir à Jérusalem (mais, pour le comprendre, il faut entrer dans les manières juives de penser et de faire à l’époque, que la redécouverte des évangiles par le texte araméen nous ouvre le mieux).

Sous bien d’autres aspects encore, on pourrait voir que les aspects les plus vivants dans nos Communautés sont ceux qui, en fonction des conditions présentes, reproduisent ce que les Apôtres ont dit et fait – qu’on le sache ou non. Et inversement : ce qui marche mal ou pas du tout est toujours ce qui s’en écarte. Les Apôtres eux-mêmes ont été confrontés aux problèmes de l’adaptation, à cause de ceux qui ne pouvaient pas entrer pleinement dans la tradition hébraïco-araméenne – les exemples les plus frappants étant les Gréco-latins, les Indiens du sud ou les Chinois. La vraie créativité, c’est d’adapter en conformité avec l’héritage, non en délaissant celui-ci ou même en le reniant. Sans cesse, il faut y retourner, ce que chaque génération doit faire en privilégiant ses questionnements du moment : c’est cela une tradition vivante.

L’aide de l’Esprit Saint qui « nous fera souvenir »

À Troussures et d’abord à Nueil, nous avons vu combien cette nécessité de retourner aux Apôtres vaut pour toutes les Communautés ecclésiales, chacune donnant une attention particulière à celui des Apôtres qui fut son fondateur ou initiateur. Les échanges entre Maxime Yévadian et Pierre Perrier ont mis en lumière l’histoire inouïe de la chrétienté arménienne, dont la première évangélisation remonte certainement aux Apôtres Thaddée et Barthélemy, et qui a joué un rôle de lien entre la Chine et l’Occident – spécialement entre le 4e et le 6e siècle et y compris au point de vue chrétien. Voilà pourquoi notre Credo définit l’Eglise comme apostolique : les Apôtres ont presque tous fondé ou initié plusieurs Eglises. Pour autant, leur vie ne fut pas une suite de succès ; St Jean échappa de peu au martyre tandis que tous sont morts ainsi. Mais leur rayonnement a été planétaire, et il reste déterminant aujourd’hui comme hier. Ceux qui se détournent d’eux ne sont tout simplement plus chrétiens ; ils prennent le chemin des dérives de la foi que les Apôtres eux-mêmes ont vu venir, spécialement ceux qui sont morts les derniers. Dès le départ, ils ont vu la perversité de ces dérives anti-judéochrétiennes qui se sont répandues ensuite dans le monde (Pierre, Jean et Paul en parlent, et Jésus lui-même avait prévenu). Quoique nous soyons conditionnés à penser en termes de perpétuelles nouveautés, on peut constater que, depuis ces temps apostoliques, rien de vraiment neuf n’est plus apparu jusqu’à nos jours.

De même, il n’y a rien de nouveau non plus dans la foi. Méfions-nous de ceux qui prétendent apporter des « développements » à la connaissance de la Révélation comme telle, hormis des réponses à des problèmes nouveaux ! Chacun des Apôtres en a reçu la plénitude ; le seul problème est toujours de la recevoir et de la transmettre. Eux-mêmes ont fait ce qu’ils ont pu, dans des cultures très diverses, parfois à deux et souvent seuls mais aidés par certains des 72 disciples qui leur étaient liés. En Inde, St Thomas a adapté très peu à la culture hindouiste, refusant toute mise à l’écart des intouchables et gardant les prières du canon en araméen – elles sont restées telles jusqu’en 1962, quand les théories de l’inculturation ont poussé les Syromalabars à célébrer plutôt en malayalam. Dans la suite des Apôtres, l’histoire chrétienne a souvent été marquée par des appauvrissements, mais heureusement ponctuée par des redécouvertes sous le souffle de l’Esprit Saint dont Jésus nous a promis qu’Il nous ferait souvenir de toute chose.

Le devoir est donc impérieux pour chaque Communauté ecclésiale de retourner sans cesse à la source apostolique. Dans ce nécessaire effort, des échanges entre traditions diverses sont importants car ils permettent de mieux saisir tel ou tel aspect du christianisme apostolique, qui fut à la fois très structuré et paré de plusieurs visages et nuances selon les régions du monde. Il faut bien dire que sans le pôle d’unité qu’est l’expérience catholique – aussi imparfaite soit-elle –, ces avancées seraient rendues infiniment difficiles. La communion interecclésiale est un enjeu capital face aux défis d’aujourd’hui qui visent plus que jamais le cœur de la foi.

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[1] Le mot araméen Paraklita décalqué sur le grec est plus intéressant que le terme grec lui-même, que l’on traduit par avocat, ou celui qui parle pour. Dans la jurisprudence de l’Orient, le plaignant parle toujours lui-même, mais il peut être assisté par quelqu’un qui lui souffle – ce qui est le sens de l’image employée par St Jean.

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