2 paraboles : l’Esprit de la Miséricorde [Lc 9,51-56 ; 18,1-8]

Pentecote8La veuve importune et les Samaritains inhospitaliers
ou l’Esprit de la Miséricorde

(Luc 9, 51-56 ; 18, 1-8)

L’école de l’oralité

texte complet en PDF – / – Diagramme linéaire du Collier de la Miséricorde

INTRODUCTION

______Le Collier de la miséricorde est un complexe système didactique ? même dans l’état final de sa mise par écrit ? fondé sur la rumination comparative, d’une part, de chacune des perles les unes avec les autres à l’intérieur du collier et, d’autre part, de toute la tradition scripturaire et liturgique de l’Ancienne Alliance, comme étant la référence extérieure fondamentale de leur composition théologique. Ainsi l’analyse d’oralité interne du Collier permet de mettre en évidence au moins quatre niveaux de récitation, qui s’échelonnent de fait le long d’une pratique concrète d’assimilation de la Parole jusqu’à sa pleine Incarnation dans le disciple-récitant : d’abord des chiasmes mimétiques, ensuite un parcours pénitentiel, enfin des quinquennaires thématiques, finalement une symétrie architectonique, autour d’un leitmotiv central, qui définit le sommet de son élaboration mystagogique. Pour tirer profit d’une telle richesse, il faudrait pouvoir embrasser synthétiquement ces quatre niveaux à chaque proclamation ecclésiale d’un des récitatifs, en tenant présent en même temps à l’esprit tout le patrimoine vétéro-testamentaire de l’époque apostolique, dont ils constituent précisément le commentaire vivant à la lumière du nouvel événement de Salut. C’est justement le devoir de chaque apôtre de ne pas réduire la récitation de la Parole de Dieu à la lecture linéaire et close d’un texte écrit, et d’en étouffer ainsi toutes les potentialités de catharsis et de culture, mais bien d’en faire proprement la proclamation salvifique, c’est-à-dire l’explication solennelle et dynamique de toutes les correspondances mimétiques et théologiques qui y sont implicitement contenues.

______Cela requiert de la part de l’assemblée qu’elle soit suffisamment éduquée à la méditation comparative (midrashique) de la Parole de Dieu, au moins qu’elle ait parfaitement intégré le ketib (l’écrit) de l’Ancienne Alliance (l’Ancien Testament), sans quoi la nouveauté de la Nouvelle Alliance ne saurait être perçue ni dans sa différence ni dans sa continuité. Il revenait en propre aux diacres, dans l’Eglise apostolique, d’assurer au sein du peuple de Dieu la réception réciproque des deux Alliances, moyennant des célébrations catéchétiques de la Parole de Dieu où la mémorisation personnelle et communautaire jouait un rôle primordial ; mais, lors de la célébration eucharistique, chaque apôtre ne proclamait que le Nouveau Testament – dont l’arrière-plan vétéro-testamentaire était déjà nécessairement mémorisé – rendant alors évident à l’assemblée sur ce fondement affermi et en vertu de son charisme personnel toutes les potentialités salvifiques de la Nouvelle Alliance.

______La symétrie architectonique du Collier de la miséricorde autour du leitmotiv central appartient sans doute à la phase finale de l’élaboration du collier, et résulte d’une profonde méditation sur chacun des récitatifs considérés tant en eux-mêmes que dans leurs relations réciproques. Un exemple particulièrement intéressant de cette réflexion comparative nous est donnée par la symétrie établie entre les perles n° 4 et 17 : l’intérêt procède de ce que justement le fonds vétéro-testamentaire constitue la clef  d’interprétation théologique des récitatifs pris en eux-mêmes comme aussi de leur ordrage en vis-à-vis au sein du collier. Comme de droit, chacun des récitatifs est susceptible d’une interprétation isolée, en vertu même de leur composition indépendante. Toutefois, comme l’Ancien Testament forme la référence commune à tous les récitatifs, chacun de ceux-ci contient aussi en puissance un réseau de correspondances implicites que le compositeur du collier se plaît à dégager par des symétries étudiées, et que le disciple est ainsi appelé à découvrir au long de sa rumination.

______Du point de vue rédactionnel, le texte se charge de multiples signes linguistiques comme autant d’invitations à la méditation midrashique, signes qui disparaissent presque inévitablement avec la traduction en une autre langue. Les jeux de mots, fondés sur la polysémie ou l’idiomatisme de la langue araméenne d’origine, sont les instruments habituels de la polyphonie théologique de l’âge apostolique.

______Ainsi, dans une lecture linéaire du texte écrit, rien ne semble devoir mettre en correspondance étroite le récit de La mission réfusée par un village de Samaritains (9, 51-56) et la parabole intitulée La veuve importune et le juge malhonnête (18, 1-8).  Pourtant, l’ordrage du Collier de la miséricorde nous oblige à en découvrir une, et cela de telle sorte que se révèle un profond enseignement théologique sur le mystère de la Nouvelle Alliance. C’est ici qu’apparaît avec évidence la fertilité de l’analyse orale de l’Évangile : une simple invitation mystagogique se transforme en heureuses découvertes, ne serait-ce qu’avec une culture biblique somme toute ordinaire. C’est que la pédagogie de l’oralité est fondée sur une manducation savoureuse de la Parole : la foi se nourrit de l’investigation continue et jamais déçue de la richesse de cette Parole qui lui est présentée comme aliment essentiel.

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